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Pays-Bas / Allemagne

Une partie de l'armée néerlandaise passe sous tutelle allemande

Une patrouille de militaires néerlandais en Afghanistan en juin 2007.
Une patrouille de militaires néerlandais en Afghanistan en juin 2007. ISAF

Les Pays-Bas viennent de signer un accord historique avec l'Allemagne : toute une partie de leur armée va être directement intégrée aux forces de Berlin. Une perte de souveraineté qui pourrait progresser et qui bouleverse les équilibres européens et atlantistes.

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Au cours d’un discours à Berlin, le 28 mai dernier, la ministre néerlandaise à la Défense s’est montrée parfaitement claire : « la coopération militaire n’est plus un choix, c’est une nécessité ! ». Jeanine Hennis-Plasschaert annonçait alors un événement historique pour son pays : toute une partie de son armée va être directement fusionnée avec celle de l’Allemagne.

Ce partenariat, parfaitement inédit en Europe, va mixer au sein d’unités communes plusieurs pans de la défense des deux pays. La 21e brigade aéromobile néerlandaise, soit quelque 4 500 hommes, vont ainsi rejoindre à partir de 2014 une division binationale aux côtés de la Division de réaction rapide allemande (DSK). Les Pays-Bas fournissent ainsi leur contingent le plus opérationnel, accompagné de ses hélicoptères, tandis que les Allemands gardent d’autres unités capables de se déployer en toute autonomie.

Militaires allemands et néerlandais doivent de plus collectiviser leurs formations et certains choix d’équipements. Des experts militaires seront échangés entre Berlin et Amsterdam. Enfin, par la suite, d’autres unités devraient être mixées, comme la défense anti-aérienne ou la défense anti-missile ainsi que les forces sous-marines néerlandaises.

Rupture stratégique et perte de souveraineté

« C’est une vraie rupture, analyse Etienne de Durand, directeur de recherche à l’Institut français des relations internationales (IFRI). Les Néerlandais ont toujours été très atlantistes et donc interventionnistes, alors que les Allemands sont politiquement plus réservés à l'égard des interventions. » C’est effectivement une « mauvaise nouvelle pour les Américains », confirme Joseph Henrotin, rédacteur en chef du magazine Défense et Sécurité internationale.

Les instances de commandement de cette nouvelle division seront en effet basées en Allemagne. Les Néerlandais risquent de voir leurs choix politiques dans les domaines stratégiques soumis à la nécessité d’un aval allemand. « Il est facile de bien s’entendre tant qu’on ne va pas sur le terrain », remarque Joseph Henrotin. Ce fin observateur des armées à travers le monde remarque ainsi que les forces néerlandaises ont souvent été un vrai appui pour les Américains, au cours de leurs différentes interventions de l’Irak à l’Afghanistan. A l’inverse, les Allemands ont toujours fait en sorte de ne pas exposer leurs propres forces.

Cette division, dont l’objectif annoncé est de pouvoir secourir des ressortissants néerlandais et allemands n’importe où dans le monde, sera donc soumise à la décision politique des deux pays. Ce sont les fondements de la puissance néerlandaise qui risquent, à terme, d’être fondus dans la stratégie allemande. Dans le cas des sous-marins, « ces bâtiments ont par exemple été très utiles pour recueillir du renseignement au large de l’Iran ou pour lutter contre la piraterie en surveillant les ports du Golfe d’Aden », explique Joseph Henrotin. Autant de missions pour lesquelles les forces néerlandaises perdent leur autonomie de décision.

Pas forcément positif pour l’Europe de la Défense

Pour Jeanine Hennis-Plasschaert, ces inquiétudes sont sans fondement. « Devons-nous vraiment craindre une perte de souveraineté ? », interroge-elle dans son discours de Berlin. « Ou ne devrions-nous pas plutôt redéfinir ce concept ? » Si la ministre néerlandaise voit dans cette réforme une manière différente de défendre l’Europe, beaucoup s’inquiètent surtout de voir ici un effet pervers des réductions budgétaires.

« Cela ne traduit aucun plan, remarque ainsi Etienne de Durand. Personne n’est d’accord sur l'emploi de la force dans la gestion des crises internationales ou même sur les priorités stratégiques communes. » « C’est dans l’ère du temps, tout le monde réduit ses budgets de défense », constate également Joseph Henrotin. Pour ce dernier, d’autres pays pourraient suivre le mouvement. Reste à savoir à quelle logique stratégique et culturelle ils pourraient vouloir se rattacher. Tandis que les pays les plus à l’est s’inquiètent du réarmement russe, les Allemands défendent l’idée d’une sanctuarisation et d’un repli sur soi stratégique. Là-dedans, Français et Britanniques pourraient se retrouver bien seuls à tâcher tant bien que mal de défendre des capacités de projection.

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