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Turquie

Turquie: l’accident de Soma attise la tension sociale

Dès le mardi 14 mai, des manifestations ont débuté (ici dans le centre d'Istabul) pour protester contre la déresponsabilisation des autorités dans le drame de Soma, en Turquie.
Dès le mardi 14 mai, des manifestations ont débuté (ici dans le centre d'Istabul) pour protester contre la déresponsabilisation des autorités dans le drame de Soma, en Turquie. REUTERS/Cevahir Bugu

Combien sont-ils encore bloqués sous terre ? Combien de mineurs sont encore en vie dans la mine de charbon de Soma ? Quarante-huit heures après le terrible accident, les recherches se poursuivent, mais les espoirs de retrouver des survivants sont de plus en plus minces. En Turquie, l’incendie de la mine de Soma a en tout cas ravivé les braises de la contestation.

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Avec nos correspondants en Turquie, Jérôme Bastion et Alexandre Billette

article régulièrement mis à jour,

Le bilan des victimes a de nouveau augmenté ce jeudi matin. Il est à présent de 282 morts, et les secouristes sont redescendus dans la mine. Un dispositif a été mis en place ce matin pour que les secouristes reprennent leurs recherches après un important travail de ventilation. Toute la nuit, ils se sont battus contre des fumées épaisses et irrespirables qui montaient de ces galeries et des deux puits de la mine de Soma.

Ils sont des dizaines de secouristes, avec leurs uniformes de toutes les couleurs, leurs casques, leurs lampes frontales et puis beaucoup de forces de sécurité, qui ont établi des cordons entre la sortie du puits et des ambulances prêtes à recevoir les victimes.

A Soma, c’est encore le calme qui prévaut, parce que les familles attendent toujours un miracle. Mais il est probable que cela changera quand les derniers corps auront été sortis de la mine car il y a peu d’espoir de retrouver des personnes vivantes.

Abdullah Gül sur le carreau de la mine

Le président Abdullah Gül est arrivé à la mi-journée ce jeudi sur le site minier de Soma, après avoir visité l’hôpital au centre-ville à une trentaine de kilomètres d’ici.

Hier, c'est le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan s’est rendu sur place. Une visite mouvementée, le chef du gouvernement ayant été vivement pris à partie. C’est probablement pour cette raison d’ailleurs, que d’importantes forces de police ont été déployées, forces de police, les forces antiémeutes, gendarmerie et même l’armée.

Montée de la contestation

Pour la première fois depuis le début de son mandat probablement, le Premier ministre Erdogan a eu à affronter des incidents le visant personnellement physiquement dans le centre de la ville de Soma hier. Il a été pris à partie et quasiment molesté et il y a eu des bagarres entre ses assistants et les habitants de la ville.

Cette photo montrant un conseiller du Premier ministre Erdogan, Yusuf Yerkel, frappant un manifestant à Soma le 14 mai 2014 a fortement choqué le pays.
Cette photo montrant un conseiller du Premier ministre Erdogan, Yusuf Yerkel, frappant un manifestant à Soma le 14 mai 2014 a fortement choqué le pays. REUTERS/Mehmet Emin Al/Depo Photo

La ville de mineurs, des militants de gauche aussi, lui reprochent une politique ultralibérale, de privatisations inacceptable pour les forces de gauche et les syndicats, qui ont décidé de prendre la contestation à bras le corps.

La contestation a d’ailleurs repris aujourd'hui, avec un appel à la grève lancé par quatre syndicats, dont l'un des grands syndicats de la fonction publique. Des manifestations ont eu lieu devant les buraux locaux du ministère du travail à Istanbul et Ankara, la capitale, les participants ayant été appelés à se vêtir en noir. A 9 heures du matin, les syndicats avaient également appelé à respecter trois minutes de silence sur les lieux de travail.

Ce jour de grève ne s'est pas déroulé partout dans le calme. Certains rassemblements ont été dispersés par les policiers, notamment à Izmir, située à une centaine de km de la mine de Soma. Et dans certains quartiers d'Istanbul également, des manifestants sont face à face, avec les canons à eau et les forces antiémeutes.

Et la contestation risque bien de se poursuivre. Des rassemblements informels sont prévus ce soir à Istanbul, tandis que certains syndicats appellent, eux, à la poursuite de la grève pour les deux prochains jours.

Zone de turbulence

C'est que le monde du travail est en colère après la tragédie de Soma. De fait, la Turquie a un très mauvais bilan en matière de sécurité professionnelle. La contestation est en outre nourrie par les déclarations de Recep Tayyip Erdogan qui a voulu déresponsabiliser son gouvernement en évoquant un accident de travail. Elle est amplifiée par ailleurs par les informations qui circulent, sur la proximité des propriétaires de la mine avec le pouvoir politique, les méthodes de travail douteuses, sous terre, depuis la privatisation des mines, et sur le refus du gouvernement de se pencher sur les conditions de travail des mineurs, ce qui avait été demandé par l'opposition il y a à peine deux semaines.

La Turquie entre donc dans une zone de turbulence. Début juin ce sera le premier anniversaire de la répression des grandes manifestations de Gezi, et en août s’ouvrira une période électorale, avec le scrutin présidentiel auquel devrait se présenter, sauf énorme surprise, le Premier ministre Erdogan. La catastrophe de la mine de Soma pourrait bien polariser davantage la société turque, déjà divisée entre partisans et adversaires du Premier ministre.

→ A (RE)LIRE : Malgré la répression, «l'esprit de Gezi» s'exprime toujours en Turquie

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