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UE

Commission européenne: Moscovici sous tutelle?

A la tête des Affaires économiques et financières, Pierre Moscovici devra «travailler étroitement» avec le vice-président Katainen.
A la tête des Affaires économiques et financières, Pierre Moscovici devra «travailler étroitement» avec le vice-président Katainen. REUTERS/Ruben Sprich

Les critiques fusent en France et au Parlement européen quant au périmètre d’action du futur commissaire européen français Pierre Moscovici. Si certains se félicitent de ce que le Français hérite du portefeuille des Affaires économiques et financières que le gouvernement espérait, avec en plus la Fiscalité et les Douanes, d’autres craignent une sorte de mise sous tutelle des vice-présidents de la future Commission.

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C’est une des grandes nouveautés de cette future Commission et elle est présentée par Jean-Claude Juncker comme une façon de dynamiser et de concentrer le travail du collège des 28 commissaires. Ceux-ci devront rendre des comptes aux vice-présidents ou vice-présidentes dont le rôle est « d’animer, d’orienter, de coordonner » l’action des commissaires avec lesquels chacun est censé travailler.

Pour ce qui est des Affaires économiques et financières, Pierre Moscovici fera par exemple partie d’un groupe de dix commissaires avec, entre autres, ses collègues chargés du Marché intérieur, des Services financiers, de l’Emploi ou de l’Industrie. Ces dix commissaires avec des portefeuilles économiques devront « travailler étroitement » avec le Finlandais Jyrki Katainen, vice-président chargé des Emplois, de la Croissance, de l’Investissement et de la Compétitivité.

« Un poste extrêmement faible »

Toute la question est de savoir si cette zone de compétences extrêmement vaste permettra de faire plus que de la coordination. Pour l’eurodéputé français du Parti populaire européen Philippe Juvin, cette nouvelle disposition n’est pas étrangère au recul de l’influence française en Europe. « Nos partenaires européens ne nous font pas confiance. Jamais le commissaire français n’a été placé sous tutelle. Habituellement, la France a un portefeuille à travers son commissaire européen qui est puissant, comme Michel Barnier avec le Marché intérieur. (…) Pierre Moscovici a un poste extrêmement faible parce qu’il est sous le contrôle d’un autre commissaire européen », considère ainsi Philippe Juvin.

« Ce n’est pas un rapport de supervision, de chaperonnage, de sujétion. Ce n’est pas comme ça que ça marche, se défend Pierre Moscovici. Ici, nous sommes dans un collège. Il y a une personne qui a un pouvoir particulier, c’est le président ; il peut le déléguer à d’autres. Il y a des commissaires qui ont leurs compétences et tout ça peut marcher extrêmement bien. Parce que nous tirons dans le même sens, pour une Europe qui soit plus favorable à la croissance et à l’emploi ».

Pas de « super-commissaires »

Pour Yves Bertoncini, directeur de Notre Europe-Institut Jacques Delors, Pierre Moscovici a en effet autant d’importance que le Letton Valdis Dombrovskis ou le Finlandais Jyrki Katainen dès lors que les décisions prises par la Commission le sont à la majorité simple, soit par au moins 15 commissaires sur 28. Quant au rôle du vice-président, Yves Bertoncini le compare à celui d’un capitaine d’équipe qui permet à chacun de s’exprimer pleinement dans ses fonctions. Or, précise-t-il, « le capitaine de l’équipe n’est pas forcément le meilleur joueur ou le joueur le plus déterminant ».

Pour apaiser les critiques de ceux qui estiment que ces vice-présidents surgonflés sont une forme de mise sous tutelle, Jean-Claude Juncker avertit qu’il n’y aura pas de « super-commissaires » et d’autres de seconde zone. Ce qu’on ne sait pas en revanche, c’est si ceux qui ne sont pas vice-présidents pourront continuer à déposer de leur propre chef des initiatives de législation.

■ Les réactions mitigées de la presse allemande

La presse allemande est partagée ce jeudi matin, explique notre correspondant à Berlin, Pascal Thibault. La composition globale de la nouvelle commission européenne est parfois saluée mais certaines nominations ou le rôle dévolu à l’Allemagne provoquent des critiques.
Le grand quotidien de centre-gauche de Munich le Süddeutsche Zeitung salue la transformation de la Commission en un gouvernement, une bonne distribution des portefeuilles, l’absence de technocrates et de responsables nationaux « sur le retour ». Le Berliner Zeitung parle d’un départ courageux.

Mais d’autres organes de presse trouvent que leur pays est le perdant. « L’Allemagne en deuxième ligne » titre le Tagesspiegel de Berlin. L’hebdomadaire Die Zeit parle d’un affront pour Merkel évoquant le fait que le commissaire allemand Oettinger chargé de l’économie numérique ne soit pas vice-président et n’ait pas de poste clé.

Deux commissaires font office de chiffon rouge pour certains commentaires. Le Britannique Jonathan Hill aux Finances constitue une provocation pour d’aucuns. Et bien sûr le Français Pierre Moscovici aux Affaires monétaires. Pour un quotidien régional c’est comme donner un canari en pension à un gros minet. Pour le journal conservateur Die Welt comment cet ancien ministre qui a échoué pourra-t-il même s’il le souhaitait rappeler son pays à l’ordre alors qu’il a sciemment ignoré les règles européennes ?

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