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Turquie/Vatican

Turquie: «Le pape a appelé à la liberté religieuse pour tous»

La visite du pape François en Turquie est marquée par une dimension oecuménique.
La visite du pape François en Turquie est marquée par une dimension oecuménique. REUTERS/Stoyan Nenov

Le sort des chrétiens d’Orient est le thème majeur de la visite que le pape François a entamée vendredi 28 novembre en Turquie. Le chef de l’Eglise catholique tente à cette occasion de se faire l’avocat du dialogue interreligieux. A ce sujet, Pascal Gollnisch, directeur général de l’Oeuvre d’Orient a répondu aux questions de RFI.

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RFI : Qu’attendent les chrétiens d’Orient de cette visite ?

Pascal Gollnisch : Je crois qu’il y a une attente très forte pour que le pape se fasse l’avocat de ce dialogue entre les religions, mais aussi qu’il intervienne d’une manière presque politique. C’est un chef d’Etat qui fait aussi une visite d’Etat en Turquie et par conséquent, qui aborde le rôle des Etats, de la communauté internationale, de la Turquie en particulier, par rapport au conflit en Syrie et en Irak. Le pape a longuement souligné qu’il y avait un groupe terroriste, qu’il fallait arrêter selon les normes du droit international. Mais il a souligné également que l’action militaire n’était pas la solution ultime de ces problèmes. La force ne résout pas les choses en profondeur.

La communauté internationale attend des décisions de la part d’Ankara, notamment le fait d’intervenir directement au sein de la coalition. Que peut la Turquie dans ce conflit ? Jusqu’à présent les autorités turques sont restées en retrait par rapport à l’organisation Etat islamique.

C’est exact, mais la Turquie est tout de même très engagée, d’abord dans l’accueil des réfugiés. Le pape l’a remerciée de cet accueil de centaines de milliers de réfugiés, soit le long de la frontière turco-syrienne, soit à Istanbul, car souvent les réfugiés essaient de rechercher des lieux où il y a des consulats qui leur permettraient de rejoindre d’autres pays. Donc ce sont des centaines de milliers de réfugiés qui sont là sur son sol. Par ailleurs, la Turquie peut jouer un rôle d’influence. Il peut y avoir des influences négatives, par exemple si les armes ou si les jihadistes traversent son territoire. Il y a également des influences positives, parce que la Turquie est un grand parti sunnite et peut avoir une influence importante sur les groupes sunnites.

Est-ce que le fait que les pouvoirs turcs soient un pouvoir issu d’un parti islamiste facilite les choses, ou à l’inverse, serait-il plus facile de parler avec des laïcs ?

Evidemment, nous autres Occidentaux, nous aimons bien qu’un gouvernement, un Etat, soit plutôt laïc. Je ne sais pas si on peut dire du gouvernement turc qu’il est plutôt islamiste, enfin il a certainement un souci islamique fort. C’est une réalité ; il faut que l’on s’adapte aux réalités que nous rencontrons. Je vous signale aussi que le voyage du pape est fortement marqué par une dimension oecuménique. C'est-à-dire qu’il rencontre le patriarche orthodoxe, le patriarche oecuménique et que c’est un aspect extrêmement important de son voyage.

N’y a-t-il pas un paradoxe à venir défendre la cause d’une communauté chrétienne dans un pays où celle-ci est réduite à seulement quelques dizaines de milliers de personnes ?

Bien sûr, vous savez quelle a été l’histoire de cette communauté chrétienne. Nous allons entrer en 2015 dans le centenaire d’un génocide qui a durement touché les communautés chrétiennes… C’est le génocide arménien, mais aussi le génocide d’autres communautés arméniennes, notamment les Assyro-Chaldéens et qui sont actuellement touchés par Daesh. L’histoire est marquée de cela. Nul doute que le pape a bien cela dans sa tête, mais ne pouvant pas non plus être prisonnier d’une histoire même tragique, il faut regarder aujourd’hui les chemins de paix possibles. Je pense que c’est le travail permanent du pape actuel et de ses prédécesseurs. Ne nous laissons pas enfermer dans des luttes d’autrefois, dans des haines d’autrefois. Essayons de veiller, d’être des éveilleurs de recherche de chemins de paix. Il y a des hommes de bonne volonté, il y a des hommes de paix, il y a des musulmans de bonne volonté et des musulmans de paix. C’est à leur rencontre qu’il faut aller et c’est avec eux qu’il faut essayer de construire les sociétés de demain.

Comment l’opinion turque reçoit-elle cette visite du pape François ?

Dans une relative indifférence. Pour eux, c’est quelqu’un d’une autre religion. Rome est un peu éloigné des préoccupations turques, donc on ne peut pas dire que ce soit pour le moment, autant qu’on s’en rende compte, une préoccupation majeure pour le peuple turc. Il faut dire aussi que les médias turcs ne font pas non plus un effort considérable pour rendre compte de cette visite.

Est-ce que la relation entre le Vatican et Ankara basée sur la défense des chrétiens d’Orient n’est pas une manière d’éviter certains silences qui ont marqué par le passé le Vatican, par rapport à ces communautés ?

Je ne sais pas si le Vatican a été silencieux, je n’en suis pas certain. Cette visite de toute façon n’est pas achevée. Il faudra attendre de voir l’intégralité des discours. Vous savez qu’Ankara était essentiellement une visite politique. A Istanbul, c’est une visite plus œcuménique. Le point fort sera la rencontre du patriarche œcuménique, donc du monde des chrétiens orthodoxes. Mais je ne pense pas que le Vatican soit silencieux sur cette question des chrétiens d’Orient. Le pape a appelé fortement à la liberté religieuse pour tous, musulmans, chrétiens, juifs et autres religions. Il a fait des appels très forts, très nets, très précis pour que cette liberté religieuse soit mise en place, car elle est nécessaire pour la paix. On ne construira pas de paix s’il n’y a pas de liberté religieuse. Je crois qu’il y avait un appel très clair aux autorités turques.

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