Accéder au contenu principal
Cinéma / Espagne

«La Belle jeunesse» face à la crise espagnole

«La Belle jeunesse» du réalisateur espagnol Jaime Rosales.
«La Belle jeunesse» du réalisateur espagnol Jaime Rosales. Bodega Films

Le réalisateur espagnol Jaime Rosales nous plonge dans la réalité de l'un des pays d'Europe les plus frappés par la crise : l'Espagne. Ici, un jeune de moins de 25 ans sur deux est au chômage. Un regard clinique et tendre à la fois sur «La Belle jeunesse». Entretien.

Publicité

RFI : Est-ce que le cinéma ne montre pas assez la crise ?

Jaime Rosales : Je ne sais pas si le cinéma montre la crise ou pas assez. Pour moi, ce n’est pas tellement un film sur la crise, mais un film sur la jeunesse, sur la jeunesse espagnole. Le titre La Belle jeunesse est un peu ironique, mais c’est une fausse ironie, parce que, finalement, je pense aussi que c’est une très belle jeunesse. Et dans le contexte actuel, il y a forcément des difficultés extrêmes. Mais c’est plus un portrait de la jeunesse qu’un portrait de la crise.

Votre film montre une jeunesse très ébranlée par la crise. Ébranlée dans son couple : Natalia et Carlos ont du mal à vivre avec leur enfant. Ils ne savent pas comment ils vont l’élever, avec aussi peu de moyens. Cette jeunesse est aussi ébranlée dans son moral. Carlos va sombrer dans la délinquance, parce qu’il ne gagne pas assez d’argent.

J’ai construit le scénario à partir de fragments d’histoires réelles que l’on m’a racontées ou que j’ai entendues. Puis j’ai commencé à penser au scénario. La plupart des choses, ce sont des choses qui arrivent vraiment aux gens, à cette génération en Espagne. Après, c’est un puzzle que l’on concentre sur deux personnages, toutes ces histoires différentes qui leur arrivent. Mais c’est plus cette idée de portraits, cette idée de collages qu’une thèse ou une volonté, ou même un parti pris moral par rapport à ce groupe de jeunes.

Cette volonté d’authenticité, est-ce que c’est ça qui vous avait fait travailler à l’origine avec des acteurs non professionnels ? Même si vous avez abandonné cette idée ensuite, chez vos acteurs professionnels dans La belle jeunesse, il y a vraiment une fraîcheur qui irrigue tout le film.

Oui, le travail avec les non professionnels, ça m’a servi pour trouver le temps, un temps très naturaliste, très appuyé sur des improvisations. J’ai aussi beaucoup appris sur cette génération, parce qu’ils me racontaient des choses et leur façon de parler, d’être en relation les uns avec les autres. La première chose qu’ils m’ont apprise, c’est que je ne suis plus jeune. Ils ont une certaine façon d’être en relation les uns avec les autres, beaucoup avec la technologie. Et ça m’a même choqué. Après j’ai vu qu’il y avait beaucoup de talents, beaucoup d’énergie. J’ai l’impression que c’est une génération qui est un petit peu, en tout cas en Espagne, je ne sais pas si c’est le cas en France, qui est un peu en latence, c’est-à-dire qu’ils attendent que les circonstances changent pour saisir leur opportunité et vraiment contribuer à changer le monde. Ça va être très positif quand cela arrivera, même si ça peut prendre un petit peu de temps.

Ce n’est pas un constat désespéré alors, parce que dans le film, la seule issue que Natalia trouve à la pauvreté, c’est de tourner un film porno avec son copain qui est payé 600 euros de l’heure, alors que Carlos ne trouve que des petits boulots à 10 euros la journée sur des chantiers. Puis finalement, elle va immigrer en Allemagne.

Oui et c’est un portrait très réaliste. J’ai interviewé et j’ai été en contact avec le pornographe. J’ai voyagé en Allemagne. J’ai rencontré des immigrants espagnols. On redevient un pays d’émigrants. Il y a dix, quinze ans, c’était le contraire. Il y avait beaucoup d’immigration d’Amérique latine. Maintenant on est revenus un peu à cette époque où l’émigration partait en France. Sauf que maintenant, comme la France traverse aussi quelque part une crise, le seul pays où l’on peut émigrer, c’est l’Allemagne. Et l’Allemagne, c’est vraiment très dur pour les Espagnols.

On le voit dans le film.

Parce que, pour les Espagnols, venir en France, c’est très proche. En plus, traditionnellement, les Français traitent très bien les Espagnols alors que les Allemands ne traitent pas bien les Espagnols.

On voit que Natalia a beaucoup de mal. Elle rencontre beaucoup de difficultés dans ce pays. Vous parliez des nouvelles technologies. Un cinquième du film est réalisé avec des smartphones ou des petites caméras portables. C’était important de montrer à l’écran ces nouvelles technologies que les jeunes utilisent ?

Pour moi, c’est essentiel. Dès le début dans l’écriture du scénario, il y avait cette idée de différentes textures. J’ai tourné le film en 16 millimètres pour la partie « plus objective », du point de vue du réalisateur. Il y avait toutes ces textures, vidéo et smartphones faits par les propres acteurs.

Les acteurs se filmaient eux-mêmes ?

Ils se filmaient eux-mêmes d’une façon très naturelle. Comme c’est le cas dans la production d’images amateurs. Intégrer cela, c’était pour moi de faire une sorte de collision d’images entre les unes et les autres. C’était essentiel. 

Le réalisateur Jaime Rosales est l'invité de Tous les cinémas du monde

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.