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Russie

Dégringolade du rouble: « un début de panique» pour les Russes

Près d'un bureau de change à Moscou, le 17 Décembre 2014.
Près d'un bureau de change à Moscou, le 17 Décembre 2014. REUTERS/Maxim Zmeyev

Le rouble s'est stabilisé après deux jours de chute historique : moins 9,5 % lundi, 7% mardi, et même un passage par moins 20% pour la même journée. Cent roubles pour un euro, c'est une dépréciation de moitié pour la devise russe par rapport au début de l'année. Joseph Leddet, économiste et consultant financier répond aux questions de RFI sur cette dégringolade.

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RFI : Mercredi matin, le Premier ministre russe Dmitri Medvedev vient de réunir les ministres concernés par le dossier du rouble, mais aussi des grands patrons, cela veut dire qu’il adresse un signal fort à la population russe ?

Joseph Leddet : Il montre à la population que les pouvoirs publics veulent réagir face à cette situation, le problème est de savoir quoi faire. Comment réagir, comment enrayer cette chute qui semble inexorable du rouble. Le marché des changes, c’est un marché gigantesque, le plus grand marché du monde, 5 000 ou 6 000 milliards de dollars échangés tous les jours sur ce marché, entre les principales grandes banques internationales. C’est un marché qui est dominé par trois très grandes devises : le dollar, l’euro et le yen. Il y a quelques devises moins importantes, la livre sterling ou le franc suisse et petite dernière arrivée sur le marché, le rouble, qui n'a été rendu librement convertible sur le marché que depuis 2006, donc c’est une jeune devise.

Si on en vient aux effets concrets de cette crise monétaire actuelle, aujourd’hui, comment les Russes, les Moscovites, dans cet immense pays, ressentent directement l’effet de la dégringolade de la devise ?

Il faut se mettre à leur place, je pense que c’est un début de panique, je ne suis pas allé à Moscou directement mais en regardant les dépêches à droite et à gauche, les gens semblent actuellement se ruer dans les magasins pour acheter des objets occidentaux, pour acheter des ordinateurs, des appareils photo et également vont dans les bureaux de change ou dans leur banque pour changer les roubles contre des devises, tant que c’est encore possible. La question est de savoir si ce sera encore possible longtemps.

Est-ce que la population rend justement le pouvoir responsable de cet état de fait ? On parle bien sûr de l’effet des contrecoups de la crise en Ukraine, il y a également le contrecoup de la chute spectaculaire des cours du pétrole. Est-ce que pour la population, le pouvoir n’a pas suffisamment anticipé ?

Je pense qu’il y a certainement une partie des gens qui en veulent aux pouvoirs publics d’avoir laissé la situation se dégrader ainsi, mais je pense que, toujours pour en revenir au marché des changes, à un certain moment donné, ce gigantesque marché des changes réagit d’une façon un peu incontrôlable. Et aujourd’hui, ce qui se passe, c’est que le marché vend le rouble, que ce soit les gens de l’intérieur du pays, particuliers-entreprises, ou que ce soit les gens de l’extérieur, et donc il y a un mouvement que l’on peut difficilement arrêter.

La banque centrale rachète des devises, est-ce qu’aujourd’hui, Moscou justement a les moyens de continuer à soutenir de cette façon le rouble ?

Je pense que ce n’est pas la peine que la Banque centrale continue à acheter du rouble contre du dollar, contre de l’euro. Je pense que la seule mesure raisonnable qu’il faudrait que les pouvoirs publics prennent immédiatement, ce serait de pouvoir rétablir le contrôle des changes, c'est-à-dire le fait que l’on ne puisse plus acheter des devises avec du rouble.

Pour l’instant, justement le pouvoir ne semble pas vouloir se diriger vers cette régulation puisque dans ces dernières déclarations Dmitri Medvedev refuse toute régulation excessive du marché ?

Je pense que c’est très dangereux comme je vous le disais, le rouble est une très petite devise sur un gros marché, dominé par des gros mastodontes comme l’euro, le dollar, le yen et finalement en cette période de crise, le rouble est complètement matraqué par ces grosses devises et on y peut rien. Ce n’est pas les achats de roubles par la Banque centrale russe qui pourront arrêter le mouvement, c’est comme un fleuve qui déborde, on peut difficilement l’arrêter.

Comment expliquer justement ce refus de revenir à une régulation, c’est une forme de fierté ?

Sans doute, pour l’instant on ne sait pas. Peut-être que cela va se faire, je pense que ce serait la solution la plus raisonnable de la part des pouvoirs publics. Ce qu’il pourrait y avoir aussi comme solution pour empêcher cette chute brutale du rouble, ce serait peut-être que la Banque centrale européenne fasse une déclaration en disant qu’elle soutient le rouble, qu’elle achète du rouble et je pense que cela pourrait avoir un effet important parce que la Banque centrale européenne, c’est une très grande banque centrale.

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