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Russie

Russie: conférence de presse annuelle de Poutine dans un climat tendu

Les analystes prévoient une baisse de la popularité du président russe Vladimir Poutine, «mais à un rythme différent selon les milieux sociaux». (Photo du 4 décembre)
Les analystes prévoient une baisse de la popularité du président russe Vladimir Poutine, «mais à un rythme différent selon les milieux sociaux». (Photo du 4 décembre) REUTERS/Alexei Nikolskyi/RIA Novosti/Kremlin

Cette année 2014 aura été marquée pour la Russie par une nouvelle politique extérieure anti-occidentale et agressive vis-à-vis de son étranger proche, avec l’annexion de la Crimée, et le soutien actif aux indépendantistes du Donbass dans l’est de l’Ukraine. Elle se termine également avec des indicateurs économiques dans le rouge, avec notamment une chute du rouble. C'est dans ce contexte que le chef du Kremlin organise sa conférence de presse annuelle, ce jeudi 18 décembre.

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C’est la fin de la période qui a suivi la chute du communisme. Pour Dmitri Trenin, directeur du centre Carnegie de Moscou, cette année 2014 constitue un tournant dans l’histoire récente de la Russie, en politique étrangère comme en politique intérieure.

« C’est une rupture, pas seulement avec l’Occident, mais avec l’idée que la Russie peut devenir une partie de l’Occident, et y jouer un rôle important. Cette période est finie. Elle a été remplacée par une vision plus traditionnelle de la Russie en tant que pouvoir souverain qui veut être sur un pied d’égalité avec les plus puissants de ce monde, que ce soient les Etats-Unis, la Chine ou l’Union européenne. »

Le directeur du centre Carnegie estime que ce n’est pas une politique réfléchie de longue date, mais la conséquence logique de l’échec de l’intégration avec l’Occident. C’est une position par défaut. Même chose en politique intérieure, où le régime a pris un tournant autoritaire. 

« En politique intérieure aussi le changement est le résultat logique de l’échec à construire un Etat et une politique basés sur une Constitution. Le tournant a été pris vers le nationalisme. Conservatisme et nationalisme. »

Mais, à son avis, la Russie ne reconstruira pas un empire : « La Russie est post impériale, elle ne peut plus être un empire. L’Ukraine l’a démontré à tous en Russie et hors de la Russie. La Russie ne veut pas et ne peut pas créer un empire. »

Le début d’une crise économique profonde

Sur le plan économique, 2014 est l’année de la chute de la croissance avec un taux  de 0,6 %, une récession en vue pour l'année prochaine, et une inflation proche de 10 %. Le rouble a perdu près de 60 % de sa valeur face au dollar depuis le début de l'année. La banque centrale, malgré une augmentation importante de son taux directeur à 17 %, ne semble pas en mesure d’enrayer le phénomène.

Les causes de ce marasme se trouvent dans la baisse des cours du pétrole, dont l’économie russe est très dépendante. La moitié de son budget en dépend. Les sanctions imposées en raison de la crise ukrainienne entravent également le développement de l’économie russe car les grosses entreprises ne peuvent plus coopérer avec leurs homologues occidentaux, et surtout, l’accès au financement sur le marché international est désormais quasi impossible.

La Russie tente de se tourner vers l’Asie, mais les résultats ne sont pas probants. Les difficultés économiques sont également dues au manque de diversification de l’économie, surtout basée sur la vente des matières premières, du gaz et du pétrole, mais aussi à un climat des affaires peu attractif.

Le gouvernement a imposé un embargo sur les produits alimentaires occidentaux, en espérant nuire à l’économie des pays concernés, et en espérant développer sa production nationale. Mais de nombreux analystes, comme Sergeï Ulatov de la Banque mondiale, sont sceptiques, notamment parce que certains secteurs travaillent déjà au maximum de leur capacité. Il sera très difficile d’augmenter les capacités de production rapidement, notamment en raison des difficultés de financement.

Pour Sergeï Ulatov, cette absence d’augmentation des capacités de production peut provoquer un phénomène inflationniste. « Normalement, le consommateur doit acheter localement pour remplacer les importations. Mais quand le producteur n’a pas assez de capacité de production, il augmente les prix au lieu de produire plus. C’est pour cela que l’on constate la pression constante de l’inflation, notamment sur les produits alimentaires. Cette inflation va à son tour limiter la capacité d'achat du consommateur. Ainsi le potentiel de croissance de la consommation sera réduit à néant. C'est un cercle vicieux. »

Dans une perspective à long terme, pour augmenter les capacités de production, il faut investir. Mais les ressources, en raison des sanctions, sont très limitées et très chères. Donc les investissements ne sont pas nombreux à s’aventurer dans les secteurs censés remplacer les importations.

Une popularité encore intacte

Pour autant, Vladimir Poutine reste très populaire. Il enregistre un taux d'opinions favorables qui flirte avec les 80 %. Pour Lev Goudkov, de l’institut d’enquête et de sondage Levada, cela s’explique notamment par la propagande, liée aux restrictions importantes de l’espace d’information, et à l’interdiction des médias alternatifs et indépendants.

A cela s’ajoute l’augmentation de la pression sur la société civile, la neutralisation de l’opposition politique. Un système que Lev Goudkov qualifie de totalitaire, même s’il ajoute qu’il n’est pas comparable au système stalinien, dans lequel le système judiciaire est dépendant du Kremlin, dans lequel l’Etat renforce son contrôle sur l'économie, sur le système éducatif et sur la culture. Face à cette situation, l’opinion réagit de deux façons différentes.

« Depuis huit à neuf mois, il existe un soutien symbolique à la politique de la Russie en Crimée, à la politique de protection des Russes, au scénario de la renaissance de la Russie en tant que grand empire, qui, non seulement protège les siens, mais fait revenir les territoires qui lui appartenaient historiquement. C’est un élément très important qui garantit un haut niveau de popularité. Mais depuis le mois d’août, on constate une réaction négative suite aux sanctions et de la montée des prix, à la baisse de la consommation, à l’affaiblissement du rouble, bref à une détérioration significative de la situation économique des gens ordinaires. Mais pour l’instant, les gens ne font pas le lien entre les deux phénomènes. »

Pour Lev Goudkov, il ne peut y avoir une certaine baisse de popularité du pouvoir que s'il existe une alternative politique. Or, ce n’est pas le cas pour l’instant. « Notre opposition est démoralisée, neutralisée par l’assignation à résidence ou l’expulsion à l’étranger de ses dirigeants, et grâce au monopole de la télévision officielle, une télévision de la propagande. La population a un sentiment d’absence d’alternative à Vladimir Poutine. »

De plus, si les populations citadines aisées, instruites, informées, et intégrées dans l’économie de marché, sont sensibles à ces évolutions, ce n’est pas le cas des populations des régions pauvres, des petites et moyennes villes, de la campagne, qui vivent au jour le jour, sans aucune garantie de sécurité et sans l’épargne.

« Ces populations-là, explique Lev Goudkov, perçoivent les changements de façon beaucoup plus lente, et ne les vivent pas aussi directement. Or, cette opinion est majoritaire en Russie et constitue le socle électoral du pouvoir actuel. Donc, sans doute, la popularité de Vladimir Poutine va baisser, mais à un rythme différent et à une intensité différente selon les milieux sociaux. »

Pour Lev Goudkov, à moins d’une catastrophe, comme un effondrement du système bancaire, ce processus peut durer encore deux ou trois ans.

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