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Arménie / Turquie

Génocide de 1915: l’Arménie et la Turquie restent inconciliables

Commémoration du génocide arménien à la porte de Brandenbourg, à Berlin.
Commémoration du génocide arménien à la porte de Brandenbourg, à Berlin. REUTERS/Fabrizio Bensch

L’Arménie célèbre ce vendredi 24 avril 2015 le centième anniversaire des massacres commis sous l’Empire ottoman. Le nombre de victimes en est évalué à environ 1,5 million. L’Arménie les qualifie de génocide, la Turquie rejette cette qualification et menace de graves conséquences diplomatiques tout pays qui serait tenté par la reconnaissance du génocide arménien.

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Entre l’Arménie et la Turquie, il ne s’agit pas d’une simple bataille des mots, c’est vraiment une rupture très profonde. Pour les deux pays, il y aura toujours un « avant » et un « après » 1915. Hamit Bozarslan, directeur de recherche à l’EHESS, coauteur du livre Comprendre le génocide des Arméniens, estime que le génocide constitue ni plus ni moins que l’acte fondateur de l’Arménie et de la Turquie d’aujourd’hui, un moment crucial pour les Turcs, qui, qu’ils le veuillent ou pas, sont désormais obligés de se définir toujours par rapport aux événements de 1915. Et quand il s’agit des Arméniens, explique Hamit Bozarslan, « vous avez un peuple qui a une longue histoire de quelque 2 000 ans, et cette histoire est annihilée totalement entre 1915 et 1916 ». Pire, le peuple se désintègre partiellement lui-même : « La dispersion de la communauté date de ce moment-là, la formation de la diaspora date de cette période-là ».

« Et pour les Arméniens de l’Arménie, poursuit Hamit Bozarslan, ce moment est extrêmement important, tout simplement parce que par la suite il y a eu des incursions ottomanes en 1917, 1918, 1919 contre les Arméniens du Caucase ». C’est pourquoi, indique-t-il, « on a l’impression que le génocide s’est imposé comme le moment de fondation ou de refondation de la nation arménienne ».

« Génocide culturel »

Certes, parler de l’« annihilation » de l’histoire de 2000 ans de toute une nation peut paraître exagéré, mais les Arméniens ne le trouvent pas exagéré du tout. Ils parlent même d’un « génocide culturel », distinct du « génocide humain ». La ministre de la Culture de l’Arménie, Hasmik Poghossian , est très claire là-dessus. Pour elle, « la notion de génocide culturel est souvent associée à celle de génocide humain ». Toutefois, explique-t-elle : « Moi-même, honnêtement, je suis contre cette association. J’estime que le génocide culturel avait commencé avant le génocide humain, et il s’est terminé plus tard que celui-ci ; peut-être il ne s’est même pas terminé encore. A mon avis, le génocide culturel continue même aujourd’hui, car il n’a jamais été jugé et puni ».

Comme beaucoup d’Arméniens, la ministre prône une importance universelle du génocide et le place dans un contexte qui dépasse largement les frontières de l’Arménie. Pour Hasmik Poghossian, c’est parce que la communauté mondiale n’a pas su reconnaître, juger et punir le génocide culturel en Arménie qu’aujourd’hui elle « ne peut rien faire contre ce qui se passe en Irak et en Syrie, où on détruit, on anéantit la civilisation mondiale et, en partie, il s’agit aussi de la culture arménienne ».

La ministre reste toutefois « universaliste » jusqu’au bout : « Cela dit, souligne-t-elle, nous ne devrions pas nous focaliser sur la culture arménienne. Il ne faut pas parler d’une culture arménienne, géorgienne ou autre, mais de notre culture en général. Elle ne devrait pas être traitée de manière abstraite. Demain, les problèmes de la culture arménienne risquent d’être suivis de problèmes de plusieurs autres cultures. C’est pourquoi la communauté mondiale doit défendre ses valeurs ».

La blessure de la non-reconnaissance

Une vingtaine de pays ont reconnu le génocide, mais l’Arménie tient beaucoup à ce que cette tragédie soit reconnue aussi universellement, par le monde entier. Toutefois, les efforts arméniens en ce sens sont souvent torpillés assez efficacement par la Turquie. Pour Ankara, les massacres n’étaient que des simples péripéties de guerre, comme il y en a toujours beaucoup lors d’un conflit armé. Le tout, dans le contexte d’une prétendue « trahison arménienne ».

L’historien et politologue Hamit Bozarslan rappelle que « la Turquie estime que certaines communautés arméniennes ont trahi l’Empire ottoman en se ralliant aux forces russes, et qu’on se trouvait dans un contexte de guerre, où le contrôle sécuritaire était loin d’être au niveau optimal, et donc au cours des déportations, dont on reconnaît l’existence, plusieurs dizaines ou plusieurs centaines de milliers de personnes auraient trouvé la mort ».

Dans ce contexte, il est légitime de demander si la Turquie est prête, elle aussi, à célébrer officiellement, d’une façon ou d’une autre, le centième anniversaire du génocide arménien ? La réponse est non. En réalité, la Turquie fait tout pour repousser cet anniversaire au deuxième plan, en accélérant d’un jour la célébration d’un autre : celui de la bataille des Dardanelles. Ainsi, Ankara compte pouvoir non seulement éclipser les cérémonies du centième anniversaire du génocide à Erevan, mais aussi se présenter comme l’une des principales victimes de la Première Guerre mondiale.

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