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Festival de Cannes 2015 / Cinéma / Hongrie

«Le Fils de Saul», László Nemes brise le tabou des chambres à gaz

Géza Röhrig dans « Le Fils de Saul » de László Nemes, en lice pour la Palme d'or du Festival de Cannes 2015.
Géza Röhrig dans « Le Fils de Saul » de László Nemes, en lice pour la Palme d'or du Festival de Cannes 2015. Ad Vitam

Le Festival de Cannes avait promis un nouveau regard sur la Shoah. Ce qui est sûr, c’est qu’on n’a jamais vu un tel film. Dans son premier long métrage « Le Fils de Saul », présenté ce vendredi 15 mai et en lice pour la Palme d’or, le jeune réalisateur hongrois László Nemes montre l’horreur des chambres à gaz à Auschwitz-Birkenau avec les yeux d’un membre des Sonderkommando en 1944.

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Il n'est pas sûr que Claude Lanzmann apprécie… Le réalisateur du documentaire monumental Shoah refusait de reconstituer visuellement l’inimaginable pour laisser parler les survivants de la machine de mort industrielle construite par les nazis. Le Hongrois László Nemes va dans son premier long métrage droit au cœur de la « solution finale ». Il met en scène et « reconstitue » l’atmosphère visuelle et sonore vécue par un membre des Sonderkommando pendant l’extermination systématique des juifs dans les chambres à gaz.

« Ce qui était livresque et journalistique est devenu une réalité »

Après la séance de presse, les premières réactions des spectateurs sont aussi intenses que le moment qu’on vient de vivre: « C’est un film très troublant, très choquant, très extrême et claustrophobique. C’est tellement fort qu’il y a presque un refus par rapport à ce qu’on voit » dit l'un. « Je suis un peu sous le choc, mais c’est courageux à s’attaquer à cela. Ce qui était livresque et journalistique est devenu une réalité. On est dedans. On a peur », précise un autre. « Après les premières vingt minutes, j’avais l’impression que je ne pourrais plus tenir. Le film nous donne une impression de l’enfer. »

En guise d’introduction, Nemes projette la définition écrite des Sonderkommando sur grand écran, pour faire comprendre en quelques phrases « neutres » le destin réservé à ces déportés choisis par les SS pour le cauchemardesque travail de mise en marche des chambres à gaz avant d’être à leur tour exterminés pour ne pas laisser de traces du génocide organisé.

Une seule action ininterrompue pendant les cent sept minutes du film

Après ce court prologue, le film nous plonge illico dans un tourbillon d’images et de sons qui ne laisse aucun répit aux spectateurs. Ce flot d’impressions sur la survie dans un endroit de mort se transforme en une seule action ininterrompue pendant les cent sept minutes du film. De la première image floue - qui nous entraîne parmi un convoi d’hommes, de femmes, de vieux et enfants qui sont battus du terminus du train jusqu’aux chambres à gaz – naît un regard précis, presque clinique, le visage d’un homme en mouvement permanent qu’on ne quittera plus, Saul Ausländer, membre de ce groupe de prisonniers juifs du Sonderkommando à Auschwitz-Birkenau. De la première à la dernière minute, la caméra colle au personnage central de l’histoire et regarde avec les yeux de cet ancien horloger qui se retrouve dans un enfer que même Dante n’imaginait pas.

Courageux, László Nemes montre méticuleusement toutes les étapes de ce travail infernal : tromper à l’arrivée les condamnés sur la fonction des chambres à gaz, leur aider à se déshabiller pour une « douche », fouiller et recycler les vêtements pendant que les victimes agonisantes crient et frappent contre les portes. L’intérieur des chambres à gaz pendant l’extermination est le seul endroit non exploré par la caméra de Nemes, car ce moment était aussi hors champ pour Saul Ausländer qui reprend son « travail » après, pour nettoyer la chambre à gaz et tirer les cadavres un à un vers les fours crématoires. C’est là que se produit l’inattendu qui va devenir son obsession : parmi les morts, il croit reconnaître son fils. Alors, il s’accroche à l’idée d’accomplir un acte fou pour sauver son humanité : il veut enterrer le corps de son fils et cherche un rabbin pour réciter le kaddish.

Des images fictives et inédites sur la réalité à Auschwitz

László Nemes , né en 1977 en Hongrie, mais qui travaille depuis ses études à Paris entre les deux pays, a mis cinq ans pour réaliser ce film qui lui tient à cœur pour des raisons personnelles. Une partie de sa famille a été assassinée à Auschwitz. « Cela ressemblait à un trou noir, creusé au milieu de nous… il s’est agi pour moi de rétablir un lien avec cette histoire », explique-t-il dans la présentation de son film. L’idée pour Le Fils de Saul lui est venue après la lecture d’un livre de témoignages caché et très détaillé des membres des Sonderkommando, retrouvé des années après la libération des camps. Tourné en format carré et avec Géza Röhrig, un écrivain et poète hongrois qui vit à New York et qui assure incroyablement son premier rôle-titre, le jeune réalisateur hongrois réalise avec son premier film une prouesse cinématographique et intellectuelle. 70 ans après les résistants juifs qui avaient réussi à prendre clandestinement des photos dans les camps de la mort pour témoigner, László Nemes introduit des images fictives et inédites dans notre imaginaire sur la réalité d'Auschwitz.

► Qui gagnera la Palme d’or 2015? Le classement au jour le jour

 

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