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Dette grecque

Grèce: le défaut de paiement, et maintenant?

La Grèce se retrouve dans l'incertitude totale, après avoir échoué à rembourser 1,5 milliard d'euros au FMI mardi 30 juin et à cinq jours avant un référendum crucial.
La Grèce se retrouve dans l'incertitude totale, après avoir échoué à rembourser 1,5 milliard d'euros au FMI mardi 30 juin et à cinq jours avant un référendum crucial. REUTERS/Alkis Konstantinidis

Athènes est officiellement en défaut de paiement depuis ce mercredi 1er juillet. La Grèce n'a pas remboursé à temps 1,5 milliard d'euros environ dus au FMI, une première pour une nation industrialisée. Le pays ne peut plus compter sur les ressources du FMI. Le plan d'aide de 16 milliards d'euros mis en place par l'Europe a également pris fin. Le gouvernement grec a cependant fait de nouvelles propositions à ses créanciers à la dernière minute mardi soir, demandant à Bruxelles un nouveau plan d'aide de 30 milliards d'euros. L'Eurogroupe doit se réunir une nouvelle fois ce mercredi pour en parler.

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Alexis Tsipras l’avait dit mardi 30 juin : le gouvernement grec n’avait ni les moyens ni l’intention de payer sa dette. En 70 ans d'histoire du Fonds monétaire international, la Grèce devient le premier pays développé à ne pas honorer une échéance. Athènes bat également le record du montant d'échéance ratée. Seuls des pays ravagés par des conflits violents ou des crises extrêmes, comme l'Afghanistan, le Soudan ou le Zimbabwe, se sont trouvés dans la même situation par le passé.

La directrice générale du FMI, la Française Christine Lagarde, va informer le conseil d'administration de ce défaut de paiement grec et de son contexte, à savoir la demande faite par Athènes à la dernière minute d'un nouveau plan de sauvetage, le troisième en cinq ans, avec des aides financières et des réductions de dette couvrant deux années d'échéance d'un total de 29 milliards d'euros. La Grèce est désormais en arriéré de paiement, a commenté sobrement cette nuit le FMI.

Malgré le refus des ministres des Finances de la zone euro d'accepter les dernières propositions du gouvernement grec avant le référendum et avant le défaut, le fil du dialogue n’est pas rompu. Un rendez-vous de la Banque centrale européenne est prévu ce mercredi, et les négociations continuent entre Athènes et l'Eurogroupe, comme le constate notre correspondant à Bruxelles Grégoire Lory. Les 19 ministres des Finances de la zone euro vont se saisir des propositions grècques, dès ce mercredi en fin d'après-midi, par téléconférence.

Porte entrouverte

A première vue, il semble peu probable que la demande formulée la veille du défaut par Alexis Tsipras aboutisse. Et ce, pour deux raisons. La première, c'est qu'Athènes refuse d'impliquer le FMI dans la négociation. La seconde, c'est que les Européens, notamment le président de l'Eurogroupe et Angela Merkel, préfèrent attendre les résultats du référendum de dimanche. En cas de victoire du « oui », ils se retrouveraient en meilleure position pour négocier, a priori avec un nouveau gouvernement grec lui-même mieux disposé à leur égard.

Alexis Tsipras souhaite conclure un nouveau plan de soutien de deux ans avec le mécanisme européen de stabilité. Ce dispositif permettrait de débloquer près de 29 milliards d’euros pour répondre aux besoins financiers du pays jusqu’à la fin de l’année 2017. Cette proposition, qui n’est autre qu’un troisième plan de sauvetage de la Grèce, doit cependant faire l’objet de négociations. Obtenir un prêt de ce mécanisme est assorti de conditions. une fois de plus, il s'agit évidemment de réformes structurelles et économiques.

Dans le même temps, le gouvernement grec souhaite aussi une restructuration de sa dette. Sur ce point, différentes voix semblent indiquer que les dernières propositions soumises par la Grèce se sont rapprochées des demandes des créanciers. Le gouvernement Tsipras se serait même engagé à faire campagne pour le « oui » au référendum de dimanche en cas de progrès avec ses partenaires. Il répondrait ainsi à une demande formulée par la Commission européenne pour parvenir à un nouveau plan de soutien.

Inquiétudes en Allemagne

La Grèce devra obtenir, outre le feu vert de l’Eurogroupe, celui de certains parlements nationaux. Or, en Allemagne, c'est le cas. Et dans ce pays incontournable, comme dans bien d'autres pays, on est dans l’expectative. L’inquiétude, l’incompréhension et la colère montent. Y compris au Parlement, y compris chez les plus bienveillants à l’égard du gouvernement Tsipras, rapporte notre correspondant à Berlin Pascal Thibaut.

Les émissions spéciales sur la crise grecque se succèdent jusqu’à l’overdose. Le vice-chancelier et président du Parti social-démocrate Sigmar Gabriel est particulièrement ferme. Alors que son parti, il y a quelques mois, faisait montre d’une plus grande ouverture à l’égard d’Athènes, M. Gabriel conditionne désormais de nouvelles discussions à l’annulation du référendum. Le gouvernement allemand, même s’il laisse la main à Bruxelles et aux ministres des Finances de l’Eurogroupe, s’active néanmoins en coulisses, par des contacts avec ses partenaires européens. Mais il s'active aussi sur le front intérieur.

Après avoir rencontré les responsables des groupes parlementaires lundi, Angela Merkel s’est en effet rendue au Parlement et a discuté avec les députés de sa coalition chrétiens / sociaux-démocrates. A la mi-journée ce mercredi, un débat devait se tenir au Bundestag. La chancelière, le vice-chancelier et le ministre des Finances Wolfgang Schäuble devaient y prendre la parole. Si les informations selon lesquelles la dernière offre formulée par Angela Merkel à Athènes allait plus loin que par le passé, avec notamment une restructuration de la dette grecque, la chancelière n’aura pas la tâche facile pour convaincre des députés récalcitrants.

La mystérieuse stratégie d'Alexis Tsipras

Le premier artisan de cet imbroglio européen, c'est en tout cas Alexis Tsipras lui-même. Depuis cinq mois, le Premier ministre grec reste une énigme pour ses interlocuteurs européens. Sa stratégie semble échapper aux carcans et aux règles de bienséance d'usage au sein des institutions internationales et européennes. Qui y a t-il dans la tête de M. Tsipras ? Question vouée à rester sans réponse. Mais il est intéressant d'essayer de comprendre ce qui motive et ce que cherche cet homme, qui met tout un pays sur le chemin d'une sortie de la zone euro.

Bref retour en arrière : il y a six mois, Alexis Tsipras, 40 ans, alors chef de file de la gauche radicale, était intronisé Premier ministre et promettait dans un discours plein d'espoir de rendre sa souveraineté et sa dignité au peuple grec. Etait-il idéaliste ? Démagogique ? Toujours est-il que sa marge de manœuvre a toujours été étroite. D'autant qu'il apparait pris en tenaille entre sa base électorale et militante, qui ne veut pas forcément faire de concessions, un peuple qui n'arrive plus à s'en sortir, et des créanciers inflexibles.

Dans ce contexte, il a semble-t-il cru pendant des mois qu'il arriverait à un compromis. Avec parfois de l'audace, mais aussi un brin de maladresse. Une maladresse incarnée notamment par son bouillonnant ministre de l'Economie Yanis Varoufakis, écarté un moment des négociations en raison de ses déclarations qui passaient mal au sein des institutions. C'est d'ailleurs après cela que M. Tsipras a finalement accepté des économies drastiques, il y a une semaine, celles-là même qui ont créé un choc à la gauche de son parti et engagé un processus conduisant vers l'annonce d'un référendum.


RÉACTIONS INTERNATIONALES

• Un risque de répercussions négatives, selon Barack Obama

Barack Obama a réagi à la situation en grèce, lors d'une conférence de presse conjointe avec son homologue brésilienne Dilma Rousseff, à la Maison Blanche mardi soir. Le président américain estime que la sortie de la Grèce de la zone euro, si elle débouche sur une régression européenne, peut avoir des répercussions qu'il convient d'anticiper. « C'est un problème qui concerne l'Europe en premier lieu. Il est toutefois important pour nous d'être prêts à toute éventualité. »

Les Etats-Unis vont notamment « travailler avec la Banque centrale européenne et les institutions internationales, afin d'être sûrs que les turbulences qui peuvent intervenir sur les marchés, comme c'est déjà le cas, soient atténuées », explique M. Obama.

Le président estime que le risque de « conséquence négatives » sur l'économie mondiale existe : « Concrètement, pour les Américains, cette crise ne sera pas un choc majeur. Mais c'est très pénalisant pour le peuple grec, et cela peut avoir un réel impact sur la croissance en Europe. Et si la croissance en Europe ne progresse pas comme elle doit le faire, cela a un impact pour nous, car c'est l'un de nos marchés d'exportation important. Et cela peut avoir des conséquences négatives sur l'économie mondiale. »

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