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Turquie

Turquie: explosion à Diyarbakir après l'arrestation des cadres dirigeants du HDP

Les deux leaders du HDP, Selahattin Demirtas (à g.) et Figen Yuksekdag (à dr.) ont été interpellés ce vendredi 4 novembre.
Les deux leaders du HDP, Selahattin Demirtas (à g.) et Figen Yuksekdag (à dr.) ont été interpellés ce vendredi 4 novembre. REUTERS/Murad Sezer

Le régime de Recep Tayyip Erdogan continue sa répression après le coup d’Etat manqué de juillet dernier. La police turque a mené un vaste coup de filet contre le Parti démocratique des peuples (HDP), principale formation pro-kurde et troisième force politique du pays. Au total, 11 élus du HDP ont été interpellés et placés en garde à vue dans la nuit de ce vendredi 4 novembre. Quatre autres sont activement recherchés. Une explosion a ensuite retenti devant un bâtiment de la police à Diyarbakir à l'aube. Le gouvernement a aussitôt accusé le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

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Selahattin Demirtas et Figen Yüksekdag, qui dirigent conjointement le Parti démocratique des peuples (HDP), principale formation pro-kurde, ont été interpellés la nuit dernière avec neuf autres députés de leur formation dans le cadre d'une enquête « antiterroriste » liée au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Ils pourraient être inculpés. Au total, 11 élus ont été arrêtés, accusés de « soutien au terrorisme ».

C'est tout sauf une surprise. Le parti HDP était déjà dans le viseur des autorités, puisque 50 de ses 59 députés avaient perdu leur immunité parlementaire il y a quelques mois. Selahattin Demirtas lui-même avait indiqué, il y a plusieurs semaines déjà, qu’il s’attendait à son arrestation un jour ou l’autre.

La formation politique a réagi par communiqué, en déclarant qu'avec ces arrestations, la purge du président Recep Tayyip Erdogan atteignait « de nouveaux sommets » marquant tout bonnement « la fin de la démocratie » dans le pays. Le porte-parole du parti dénonce une « opération politique » visant à provoquer une « guerre civile » et à éradiquer un parti qui prend trop de place électoralement.

Il est certain qu'avec l’état d’urgence en vigueur dans le pays, le pouvoir turc entend éradiquer ses adversaires les plus farouches, gülenistes ou militants du PKK. Et aux yeux des autorités, malgré les dénégations, le HDP est la vitrine légale de ce mouvement considéré en Turquie comme une organisation terroriste.

La Turquie est sous état d’urgence depuis le putsch raté de cet été. Mais depuis quelques semaines, le pouvoir turc concentre ses efforts contre ceux qu’il considère comme les alliés du PKK : des médias kurdes ont déjà été fermés, des maires HDP démis de leurs fonctions et placés en garde à vue, rappelle notre correspondant à Istanbul, Alexandre Billette.

Une période de très grande tension

Avec les interpellations de la nuit dernière, les autorités sont vraiment passées à un autre niveau en arrêtant les députés de ce parti légal, qui pour rappel a récolté 5 millions de voix aux dernières élections législatives. Ces gardes à vue représentent un coup de filet sans précédent contre la troisième force politique du pays. Elles surviennent dans un contexte de purges tous azimuts dans le pays.

Le Parti de la justice et du développement (AKP, majorité) pourrait également y un trouver un intérêt politique. Car le président Erdogan entend toujours modifier la Constitution pour établir un système présidentiel fort. Or, il n’a pas la majorité qualifiée requise au Parlement. Deux options s’offrent à lui : une opération de charme auprès du parti ultranationaliste MHP, le plus anti-kurde de Turquie, ou provoquer des élections anticipées. Deux options d’autant plus envisageables après l’opération de cette nuit.

L'Union européenne se dit « extrêmement inquiète » après ces arrestations. La Turquie entre en effet ce vendredi matin dans une période de très grande tension et d'incertitude. Les autorités ont d’ailleurs bloqué les réseaux sociaux, ce qui ne devrait pas empêcher les manifestations. Elles ont déjà eu lieu à Diyarbakir, la grande ville du sud-est de la Turquie à majorité kurde.

A Diyarbakir justement, une explosion a retenti quelques heures après ces interpellations, faisant neuf morts, dont deux policiers, et plus de 100 blessés. Selon les termes d'un communiqué publié par le gouvernorat, le drame serait dû à « ce qui semble être un véhicule piégé utilisé par des membres de l'organisation terroriste séparatiste ». Comprendre le PKK.

Y a-t-il un lien de cause à effet entre les arrestation et l'explosion ? Toujours est-il que ce probable attentat à la voiture piégée s'est produit dans le quartier de Baglar, près du commissariat de police où sont justement gardés à vue plusieurs des élus du HDP, arrêtés la veille.

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