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Hongrie

Hongrie: la télé publique, nouvel enjeu de la grogne anti-Orban

Manifestants devant le Parlement hongrois à Budapest, le 16 décembre 2018.
Manifestants devant le Parlement hongrois à Budapest, le 16 décembre 2018. REUTERS/Leonhard Foeger

Des députés d'opposition faisaient lundi 17 décembre 2018 à Budapest le siège de la télévision publique hongroise qu'ils accusent de partialité, au sixième jour d'une fronde contre le Premier ministre Viktor Orban. Après avoir passé 24 heures dans les bureaux de la MTVA, cette douzaine de parlementaires ont accepté à la demande de la police de sortir du bâtiment, sans avoir pu lire leur pétition à l’antenne.

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Cette fronde a été déclenchée par le vote d'une loi assouplissant le droit du travail et cristallisant les mécontentements d'une partie de l'opinion. Votée mercredi, la nouvelle législation porte à 400 le nombre des heures supplémentaires que les employeurs pourront demander à leurs salariés chaque année, payables trois ans plus tard. Ce volume, qui représente l'équivalent de deux mois de travail, est jugé « exorbitant » par l'opposition et les syndicats, qui dénoncent la création d'un « droit à l'esclavage ».

Plus de 80% des hongrois seraient opposés à cette loi. Après plusieurs journées de manifestations parfois violentes devant le Parlement, dont la dernière a mobilisé quelque 15 000 participants dimanche, le mouvement s'est déplacé lundi devant le siège de la télévision publique MTVA, qui parle à peine des manifestations, ou de manière totalement biaisée. Plusieurs milliers de personnes, dont beaucoup de jeunes, étaient de nouveau rassemblées en début de soirée.

Alors que cet organe est accusé d'être totalement verrouillé par le parti Fidesz du Premier ministre national-conservateur Viktor Orban - on la surnomme même parfois « l’usine à fausses nouvelles » -, des députés d'opposition, dont certains se trouvaient dans le bâtiment depuis la nuit de dimanche à lundi, ont réclamé la diffusion d'un message demandant l'abrogation de la loi et l’indépendance des médias publics. Ce qui leur a été refusé.

« J’espère que ce mouvement va se poursuivre en Hongrie »

Peter Niedermuller, eurodéputé, membre de l’opposition, fait partie des députés présents sur place lundi. Il appelle à la poursuite des manifestations afin de restaurer la démocratie en Hongrie : « Nous espérons qu’il y aura des manifestations tous les jours à Budapest. Nous avons eu des manifestations ces samedi et dimanche, auxquelles ont participé plus de 10 000 personnes. Et j’espère sincèrement que ce mouvement va se poursuivre en Hongrie. Pas seulement à Budapest, mais aussi dans d’autres grandes villes du pays également. Il ne s’agit pas d’un problème concernant une ou deux nouvelles lois, c’est tout le système qui est tourné aujourd’hui contre la démocratie et la liberté. Et nous, représentants de l’opposition hongroise, nous souhaiterions restaurer la démocratie, la liberté de la presse et la liberté de manière générale dans le pays. Nous souhaitons que la société hongroise soit à nouveau une société ouverte, démocratique et inclusive. Et je pense également que la Commission européenne et le Parlement européen doivent dire de manière très claire que ce qui se passe en Hongrie n’a rien à voir avec les normes européennes, avec les principes européens, avec les principes des démocraties libérales et que nous nous battons pour ça. »

Lundi en début de matinée, deux députés écologistes qui s'étaient introduits dans le bâtiment ont été expulsés manu militari par des agents de sécurité, dans une action relayée en direct sur les réseaux sociaux et vivement critiquée. Un troisième parlementaire a dû être hospitalisé en cours de journée après avoir été molesté.

Lundi soir, l’ambiance restait paisible et joyeuse. Certains ont improvisé des chansons pour dérider les CRS, alors que la télévision publique racontait que les protestataires étaient violents, qu’ils avaient essayé de mettre le feu aux vêtements d’un policier et qu’ils avaient harcelé et empêché de travailler la rédaction de la télévision, relate notre correspondante à Budapest, Florence La Bruyère.

« Ce traitement démontre l'état de la démocratie en Hongrie. »

« Nous sommes ici depuis dimanche en fin d’après-midi, dans le bâtiment principal de la télévision publique hongroise où nous souhaitions présenter nos cinq points. Ce sont les demandes de l’opposition démocratique hongroise. Nous n’y avons pas été autorisés. Nous avons attendu que le directeur de la télévision d’Etat hongroise vienne nous voir pour négocier sur l’éventualité qu’on puisse lire ce texte à l'antenne. Il n'est pas venu, mais il a envoyé la police qui nous a dit que nous devions quitter le bâtiment. Nous leur avons répondu qu’il n’en était pas question. Ils nous ont dit qu’ils feraient usage de la force contre nous ou qu’ils nous forceront à quitter les lieux. Pendant ce temps, il y a tout un tas d’agents de sécurité qui sont en train de fermer toutes les issues, les fenêtres. Selon moi, ce traitement, ce problème, tout ce processus démontre l'état de la démocratie en Hongrie », explique le député Peter Niedermuller, joint par RFI dans les locaux du Parlement.

La MTVA « n'est pas une télévision privée du Fidesz, mais la télévision du peuple hongrois, financée par ses impôts », ont relevé les députés frondeurs dans un communiqué. Fait inédit depuis le retour au pouvoir de M. Orban en 2010, l'opposition de gauche, libérale et d'extrême droite, a défilé sous la même banderole dimanche, et continuait de faire front commun lundi.

Lundi soir, le gouvernement hongrois a réagi, par la voix de son porte-parole. Il a déclaré que les députés d’opposition avaient violé la loi, en pénétrant dans les locaux de la télévision. Or, la loi autorise un parlementaire à entrer dans une institution publique. Le porte-parole a ajouté que les manifestants étaient des activistes agressifs à la solde de George Soros, homme d'affaires américain qui finance des ONG de défense des droits de l'homme, et qui est devenu la bête noire de Viktor Orban.

Il y a d’autres actions dans le pays. Des blocages ciblés sur les routes, par les syndicats. En milieu de semaine, on devrait savoir si le président de la République promulgue la loi ou s’il la renvoie au Parlement pour modification. Les syndicats ont déjà annoncé que si la loi était promulguée, ils lanceraient une grève générale. Les étudiants seront solidaires. Cette loi a cristallisé les mécontentements d’une bonne partie de l’opinion.

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