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Autriche / Russie

Autriche: la Russie, facteur exogène qui a fait tomber le FPÖ de Strache

Au premier plan, le vice-chancelier ÖFP démissionnaire, Heinz-Christian Strache, devant le chancelier ÖVP Sebastian Kurz, en avril 2019 à Vienne.
Au premier plan, le vice-chancelier ÖFP démissionnaire, Heinz-Christian Strache, devant le chancelier ÖVP Sebastian Kurz, en avril 2019 à Vienne. REUTERS/Leonhard Foeger

Heinz-Christian Strache, 49 ans, numéro un de l'extrême droite autrichienne, a été débarqué samedi 18 mai du gouvernement Kurz après s'être compromis en 2017 avec la pseudo-nièce d'un oligarque russe dans une mise en scène filmée destinée à le confondre. Jacques Rupnik, spécialiste de l'Europe au sein du CERI-Science po, revient sur la relation entre le parti FPÖ et Moscou. Des liens qui ont fini par faire exploser la coalition des droites au pouvoir à Vienne depuis un an et demi.

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Pour l'extrême droite autrichienne, et pour toute la droite nationaliste européenne, c'est un séisme. À huit jours des élections européennes 2019, le vice-chancelier autrichien a fait exploser le gouvernement de coalition dont il était le numéro deux, et a dû se mettre en retrait de la direction de son propre parti, le FPÖ.

Heinz-Christian Strache a dû avouer qu'il y a deux ans, en pleine campagne des législatives, il s'était compromis à Ibiza avec une femme qu'il pensait être la nièce d'un oligarque russe. Il était alors filmé et s'était épanché pendant des heures, négociant le soutien des Russes à son parti contre quelques promesses.

De quoi conforter ceux qui pensent de longue date que le Parti de la liberté d'Autriche, la formation de M. Strache, a développé des relations incestueuses avec Moscou. « On les soupçonne d’avoir des liens avec la Russie », confirme Jacques Rupnik, spécialiste de l'Europe au sein du CERI-Science po.

« Cela a été mis en évidence par la ministre des Affaires étrangères, qui a invité M. Poutine, le président russe, à son mariage. C'est dire si les liens sont proches », remarque le chercheur, faisant référence aux noces de Karin Kneissl, diplomate indépendante politiquement mais proche du FPÖ, en août 2018.

La ministre autrichienne des Affaires étrangères, Karin Kneissl, en pleine valse avec le président russe Vladimir Poutine pendant son mariage à Gamlitz, en Autriche, en août 2018.
La ministre autrichienne des Affaires étrangères, Karin Kneissl, en pleine valse avec le président russe Vladimir Poutine pendant son mariage à Gamlitz, en Autriche, en août 2018. Roland SCHLAGER / APA / POOL / AFP

« C’est devenu un problème au sein de l’UE avec Jörg Haider »

« Dans ce dernier scandale, Heinz-Christian Strache donne une illustration supplémentaire de ces liens très forts entre son parti et la Russie de Poutine. Et on peut dire au passage que c’est une stratégie très au point de la Russie, depuis des années, de développer les liens avec les partis d’extrême droite » en Europe.

Et M. Rupnik de mentionner le Rassemblement national de Mme Le Pen, et la Ligue italienne de M. Salvini, qui étaient censés tenir un meeting commun avec le FPÖ à Milan ce week-end. « Ces partis, dit-il, apprécient le côté autoritaire du pouvoir en Russie et ont, en politique étrangère, des visions assez proches. »

Autre particularité, « le FPÖ en Autriche est un parti dont les origines dans les années 1950 et 1960 sont marquées par la présence d’anciens nazis, rappelle le chercheur. Il n’y a pas eu en Autriche de "dénazification", comme en Allemagne, et ce parti est une façon pour un certain nombre de se reconvertir. »

Pendant longtemps, cela n'avait pas une grande influence, puisque le Parti social-démocrate (SPÖ), voire éventuellement le Parti populaire (ÖVP), occupaient le haut de l'affiche au niveau fédéral. « C’est devenu un problème au sein de l’Union européenne avec Jörg Haider », rappelle M. Rupnik.

Septembre 2008, Vienne. De gauche à droite: M. Strache (FPÖ), Wilhelm Molterer, alors vice-chancelier (ÖVP), la présentatrice Ingrid Thurnher, l'écologiste Alexander Van der Bellen, devenu depuis président, et enfin M. Haider, Landeshauptmann de Carinthie.
Septembre 2008, Vienne. De gauche à droite: M. Strache (FPÖ), Wilhelm Molterer, alors vice-chancelier (ÖVP), la présentatrice Ingrid Thurnher, l'écologiste Alexander Van der Bellen, devenu depuis président, et enfin M. Haider, Landeshauptmann de Carinthie. DIETER NAGL / AFP

« Je dois dire en toute honnêteté : assez, c’est assez »

Jörg Haider, président du FPÖ entre 1986 et 2000, mort prématurément dans un accident de voiture en 2008, avait marqué les esprits dans l'UE lorsque son score aux législatives de l'an 2000 avait conduit pour la première fois la droite classique d'un pays membre à envisager l'entrée de l'extrême droite au gouvernement.

Heinz-Christian Strache préside le SPÖ depuis près de 15 ans. Lorsqu'il reprend le parti en 2005, il lui « donne une nouvelle vigueur » et cherche à animer « un courant d'extrême droite anti-immigrés tout en présentant son parti comme suffisamment respectable, pour qu’il puisse intégrer une coalition ».

C'est cette fameuse union des droites qui vient finalement de voler en éclat à Vienne. Alors qu'il pouvait encore nommer un autre membre du SPÖ à la vice-chancellerie, le jeune Sebastian Kurz, né en 1986, a préféré torpiller son gouvernement et repasser par les urnes moins de deux ans après son élection.

Les mots employés par Sebastian Kurz au moment d'annoncer les élections anticipées en disent long sur la nature des relations entre alliés depuis 2017. « Ces deux dernières années, j'ai dû accepter beaucoup de choses. Mais après la vidéo, je dois dire en toute honnêteté : assez, c’est assez. »

Il revient désormais à Norbert Hofer, ministre dans le gouvernement sortant, et qui était parvenu au deuxième tour de la dernière présidentielle en 2016, d'inventer la suite. Samedi, M. Strache lui a en effet délégué ses fonctions au sein du FPÖ. Il devra notamment réfléchir aux relations de son parti avec la Russie.

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