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Brexit / Royaume-Uni

Brexit: séance électrique pour le retour de Boris Johnson devant le Parlement

Le Premier ministre Boris Johnson devant la Chambre des communes le 25 septembre 2019.
Le Premier ministre Boris Johnson devant la Chambre des communes le 25 septembre 2019. Parliament TV via REUTERS

Après la réouverture du Parlement britannique, les différents ministres du gouvernement ont passé la journée à répondre à un barrage de questions urgentes posées par les députés. Dernier à intervenir, Boris Johnson a dû à son tour s’expliquer devant une Chambre prête à en découdre.

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Avec notre correspondante et notre envoyée spéciale à Londres, Muriel Delcroix & Béatrice Léveillé

Boris Johnson a atterri dans la matinée de mercredi à Londres après avoir dû écourter son séjour à New York, où il se trouvait pour l'Assemblée générale de l'ONU. Une fois devant les députés en début de soirée, il a ardemment défendu sa décision de suspendre le Parlement, accusant d’emblée les députés de ne chercher qu’à saboter les négociations sur le Brexit.

John Bercow, de son côté, dans son style inimitable, a souhaité la bienvenue aux députés de retour « sur leur lieu de travail », sous les clameurs de nombreux parlementaires qui, comme le speaker de la Chambre lui-même, n’allaient pas bouder leur plaisir après cette victoire spectaculaire, la décision de la Cour suprême de retoquer la suspension du Parlement ordonnée par Boris Johnson.

La première question urgente a été posée par le parti écossais SNP à l’avocat général du gouvernement, sur les raisons de la suspension du Parlement décidée au mois d’août. Réponse : cette décision a été prise « de bonne foi », le gouvernement pensait que la suspension était « légale et constitutionnelle », mais il accepte le jugement de la Cour suprême.

Boris Johnson a tout de même déclaré au passage que les juges avaient pris la mauvaise décision : « Ce n'est absolument pas manquer de respect à la justice que de dire que la Cour suprême a eu tort de se prononcer sur ce qui est avant tout une question politique. » Les députés ont aussi exigé de lui qu'il précise ses plans pour obtenir un nouvel accord avec l'UE avant le sommet des 17-18 octobre.

Johnson accuse les députés de vouloir saboter le Brexit

Pendant cette séance, le Premier ministre a utilisé un langage extrêmement agressif pour décrire les parlementaires, « des lâches qui ont capitulé face à Bruxelles ». Il s’est présenté comme la victime d’une élite, clamant qu’à l’inverse des députés, son gouvernement ne trahirait pas les électeurs qui ont voté pour sortir de l’Union européenne lors du référendum de 2016.

Boris Johnson n’a rien lâché, pas un regret. Il ne démissionne pas, ne s’excuse pas. « Nous avons des députés d'opposition qui se ruent devant les tribunaux pour tout bloquer et tout retarder. Par pur égoïsme et lâcheté politique, l'opposition ne veut pas s'effacer et donner la parole au peuple », a-t-il dénoncé. Un peu plus tôt, son ministre de la justice avait traité les membres de l’opposition de lâches, ajoutant : « Ce parlement est mort. » 

Et de conclure en invitant l’opposition à déclencher des élections anticipées par une motion de censure. En retour, il a affronté un déchaînement de remontrances de la part de députés absolument furieux. D’abord du leader de l’opposition travailliste, Jeremy Corbyn, qui l’a accusé de ne pas chercher à négocier un nouvel accord avec Bruxelles, mais vouloir un Brexit sans accord désastreux.

Le travailliste l’appelle encore une fois à quitte le 10, Downing Street. « On vient d'entendre 10 minutes de boniments venus d'un Premier ministre dangereux qui se croit au-dessus des lois. En réalité, il n'a rien à faire à son poste. Après la décision des juges, le Premier ministre aurait dû faire la seule chose honorable : démissionner. »

« Le meilleur hommage à Joe Cox, c’est le Brexit »

« Ça devient toxique, le langage du Premier ministre est violent, et son gouvernement dysfonctionne », a déclaré une députée travailliste proche de Joe Cox, l'une de ses collègues assassinée en 2016 par un fanatique d’extrême droite parce qu’elle faisait campagne en faveur du maintien dans l'Union européenne. « Je n’ai pas peur d’une élection, a déclaré un autre parlementaire, j’ai peur d’être blessé ou d’être tué ».

Boris Johnson a probablement dépassé toutes les limites en répondant : « Le meilleur hommage à Joe Cox, c’est le Brexit. » « Modérez votre langage M. le Premier ministre, cela nourrit la haine », lui ont demandé d’autres députés. Des députés, y compris le président de la Chambre John Bercow, qui sont quotidiennement menacés de mort pour défendre une opinion contraire à celle du gouvernement. Le premier ministre a qualifié ces accusations de « canular ».

Boris Johnson est pourtant sur la sellette, il risque même la prison, s’il ne respecte pas le Benn Act, une loi adoptée par le Parlement pour l’obliger à demander une extension de l’article 50 s’il n’a pas trouvé d’accord avec les Vingt-Sept avant le prochain sommet européen.

Mais les députés ont aussi posé des questions sur une autre affaire potentiellement dangereuse pour Boris Johnson. Il est soupçonné de conflit d’intérêts et aurait favorisé l’entreprise d’une jeune femme, une amie proche du dirigeant lorsqu’il était maire de Londres. Il aurait abusé de sa position pour que Jennifer Arcuri obtienne des financements importants pour développer sa société. Une enquête a été ouverte par la mairie de Londres et l’affaire ne quitte plus la Une des journaux.

On a désespérément besoin d’un accord pour que notre population et nos entreprises puissent aller de l’avant. Cette situation a duré trop longtemps. Elle doit prendre fin d’une manière ou d’une autre.

Ambiance tendue à l'intérieur et devant le Parlement

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