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Écosse

En Écosse, le stress du Brexit pèse sur le moral des pro-européens

Manifestation pour l'indépendance de l'Écosse, à Holyrood Park à Édimbourg.
Manifestation pour l'indépendance de l'Écosse, à Holyrood Park à Édimbourg. RFI/Assa Samaké-Roman

Le Brexit peut-il rendre fou ? En tout cas, les incessants rebondissements de ces derniers mois peuvent épuiser psychologiquement. Les Européens en particulier sont inquiets : l’incertitude quant à leurs futurs droits ainsi que les discours souvent hostiles sur l’immigration génèrent stress et anxiété.

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Sentiment de rejet

On compare souvent le Brexit à un accident de train au ralenti. D’une part, parce que personne n’en voit le bout, et d’autre part, parce qu’aussi pénible que ce soit à regarder, on ne peut pas en détourner les yeux. Le Royaume-Uni débat depuis plus de trois ans maintenant sur la sortie de l’Union européenne, à coups de déclarations fracassantes et une de journaux sensationnalistes. Dans cette atmosphère anxiogène, le moral des Européens en a pris un coup : le stress du Brexit s’est installé.

Une équipe de chercheurs de l’Université Robert Gordon à Aberdeen s’est penchée sur le problème, en interrogeant des Européens vivant en Écosse sur leur santé mentale depuis la campagne et le référendum qui a vu les Britanniques voter pour sortir de l’UE. Selon le chercheur Piotr Teodorowski, le Brexit a amplifié certains problèmes psychologiques déjà présents chez les participants à l’étude. « Il y a trop peu de soutien pour la santé mentale des Européens », regrette-t-il. « Certains se tournent vers leur médecin traitant pour parler de l’anxiété et du traumatisme du référendum. Des participants qui avaient déjà des problèmes de sommeil ont dû commencer à se médicamenter. »

Le sentiment d’être rejetés et de ne plus être considérés comme des membres légitimes de la communauté y est pour beaucoup dans le mal-être de nombreux d’Européens. « Pour avoir une bonne santé mentale, il faut être capable et avoir envie de participer à la vie commune », explique le chercheur. « Mais puisque le résultat du référendum de 2016 a provoqué un sentiment d’exclusion chez les Européens, car ils l’ont perçu comme un vote hostile à l’immigration, alors ils ont eu l’impression qu’ils ne pouvaient plus prendre part à la communauté qu’ils considéraient comme la leur. »

À Feniks, une organisation qui apporte un soutien, notamment psychologique, aux ressortissants d’Europe centrale et de l’est à Édimbourg, c’est un sentiment qui est régulièrement partagé. Dorota Peszkowska, elle-même ressortissante polonaise, en fait partie. Elle travaille sur un projet proposé par Feniks et EU Citizens’ Rights Project, pour aider ceux qui en ont besoin à obtenir leur « settled status ». « Les gens ont traversé les cinq stades du deuil », selon elle, « l’un des plus grands étant le déni, et finalement, l’acceptation ».

Impossibilité de planifier son futur

Sarah Lachhab n’y a pas échappé. Cette Française bientôt trentenaire habite à Édimbourg depuis quatre ans. Après avoir travaillé plusieurs années dans le secteur de l’hôtellerie, elle est désormais guide touristique et blogueuse. Elle trouve que l’atmosphère au Royaume-Uni, en particulier ces derniers mois, est étouffante. « Je ressens l’anxiété des gens autour de moi, et on me pose souvent des questions sur ce qui se passe, donc j’en parle tout le temps », explique-t-elle. « Je me retrouve à regarder les infos en permanence, et à stresser à cause de l’actualité… Ce n’est pas mon comportement habituel. La première chose que je regarde le matin en me levant, c’est l’actualité. J’ai peur, surtout depuis que Boris Johnson est au pouvoir », conclut-elle.

Pour ceux qui sont en couple avec des ressortissants européens, impossible d’éviter cette tension. C’est le cas d’Andrew Fournet, un analyste franco-écossais habitant à Édimbourg depuis 14 ans, marié à une Polonaise. Si lui a un passeport britannique et n’aura pas à demander le droit de rester au Royaume-Uni après le Brexit, son épouse, comme tous les autres Européens, aura à candidater au fameux EU Settlement Scheme. « On attend la dernière minute pour le faire », explique-t-il. « Nous avons des interrogations par rapport aux données que l’on transmet au gouvernement dans ce processus. Il n’y a aucune transparence sur ce qu’ils vont en faire. Je ne veux pas que dans le futur nous devenions des cibles, si tout se passe mal quand nous quitterons l’UE, et que les gens commenceront à pointer du doigt les immigrants européens. C’est un problème, parce qu’on ne peut pas planifier notre futur. »

L’Écosse toujours accueillante pour les Européens

Cependant, l’Écosse est un cas particulier. Des chercheurs de l’Université de Birmingham ont montré que les ressortissants européens se sentaient plus acceptés et en sécurité ici que dans le reste du Royaume-Uni. Cela s’explique notamment par le fait que toutes les régions d’Écosse, sans exception, ont voté pour rester dans l’UE. À Édimbourg, c’est 80 % des électeurs qui ont voté Remain en 2016. De plus, le gouvernement écossais a, dès le lendemain du référendum, mis tout en œuvre pour rassurer les Européens en Écosse. Dorota Peszkowska en a personnellement fait l’expérience. « Quand je vais rendre visite à la famille de mon fiancé en Angleterre, je sens comme un changement de température dans le train, avec des passagers qui lisent le Daily Mail (un journal europhobe Ndlr) », raconte-t-elle. « J’ai peur que les gens entendent mon accent quand je parle ».

Comment ne pas se laisser submerger par l’anxiété, alors qu’on approche de la date fatidique du 31 octobre ? Pour Piotr Teodorowski, c’est sans doute la solidarité qui fera toute la différence. « Une participante à l’étude nous a dit qu’une voisine était venue la voir, le lendemain du référendum, avec une bouteille de vin, et elle lui a dit : je veux que vous sachiez que vous êtes la bienvenue ici. Ce genre de message est très important pour tout immigrant ».

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