Accéder au contenu principal
pologne

Łukasz, ex-prêtre et gay, dans une ville libre de «l’idéologie LGBT»

Łukasz Kachnowicz, ex-prêtre qui a décidé de quitter l'Église catholique polonaise.
Łukasz Kachnowicz, ex-prêtre qui a décidé de quitter l'Église catholique polonaise. RFI/Thomas Giraudeau

Après huit ans passés au sein de l’Église catholique polonaise, Łukasz Kachnowicz a décidé de quitter l’habit de prêtre. Dégoûté par les propos de l’archevêque de Cracovie sur une prétendue « peste arc-en-ciel » et par l’homophobie de plus en plus assumée au sein de l’institution, Łukasz a fait son « coming-out », et veut désormais quitter la région où il réside. Rencontre.

Publicité

La situation l’amuse presque. Łukasz Kachnowicz, 34 ans, est peut-être aujourd’hui un des homosexuels les plus connus de Pologne, depuis son coming-out très médiatisé cet été. Pourtant, il vit à Puławy, une ville qui s’est déclarée libre de « l’idéologie LGBT », au mois de mai dernier.

Les conseillers municipaux ont ainsi voulu empêcher l’instauration de cours d’éducation sexuelle – inexistants en Pologne - et des leçons contre la discrimination dans les écoles. Des cours qui pourraient être donnés par des associations LGBT, comme à Varsovie, la capitale du pays, à 130 kilomètres plus au nord.

« Peste arc-en-ciel »

Mais Puławy n’est pas Varsovie la libérale. Puławy, 50 000 habitants est située au sud-est de la Pologne. Une terre ultraconservatrice, catholique, qui vote massivement pour le parti Droit et Justice, au pouvoir aujourd’hui.

Le 1er août 2019, l’archevêque de Cracovie, la deuxième ville du pays, prononce un sermon incendiaire contre les LGBT. Il parle de « peste arc-en-ciel » qui aurait remplacé la « peste rouge communiste » aujourd’hui. C’en est trop. Lukasz révèle son homosexualité, et prend ses distances avec l’Église.

« Je savais que j’étais gay avant d’entrer au séminaire », raconte-t-il. « Mais je ne pensais pas que cela allait poser un problème. Normalement, Dieu aime chaque individu, quel qu’il soit. Et l’Église est une maison qui accueille tout le monde. »

« Ne jamais serrer la main d’un homosexuel »

Issu d’une famille non croyante, il découvre la foi au lycée, et décide de servir Dieu par le sacerdoce. « Quand j’ai débuté dans ma première paroisse, j’ai tout de suite compris que je ne pouvais pas dire ouvertement que j’étais gay, aux fidèles ou à mon supérieur, l’évêque. »

Un événement l’a particulièrement marqué. « Je suis allé dîner chez des amis avec un autre prêtre de ma paroisse. Au cours du repas, il a dit qu’il ne pourrait jamais serrer la main d’un homosexuel. Évidemment, il ne savait pas que je l’étais. »

Les années passent. L’homophobie dans l’Église est de plus en plus visible. Février 2019, le maire de Varsovie signe une déclaration LGBT+ prévoyant la création des fameux cours d’éducation sexuelle.

Immédiatement, l’Église catholique dénonce un texte « qui remet en cause la vision chrétienne de l’Homme, et qui constitue une menace pour l’avenir du continent européen. »

L’alliance du trône et de l’autel

Inquiets que les environnements LGBT entrent dans les écoles, des dizaines de prêtres et évêques se mettent à dénoncer, à coups de sermons durant les messes du dimanche, une prétendue idéologie. « L’Église prononce des mots sur les LGBT qui sont en totale contradiction avec les messages de tolérance du pape François », s’émeut Łukasz.

Dans un pays où, selon les chiffres de la conférence des évêques, un peu moins de 40 % des Polonais se rendent régulièrement à la messe, le poids politique de l’Église est encore considérable. À cela, il faut ajouter la puissance des médias catholiques, dont Radio Maryja, ultraconservatrice et favorable au gouvernement actuel.

« Le Premier ministre et les membres de l’exécutif se rendent chaque année à l’anniversaire de cette radio. Une immense messe célébrée par le propriétaire de ces médias, le père Tadeusz Rydzyk. Le parti au pouvoir, le PiS, s’affiche officiellement à ses côtés. C’est l’alliance du trône et de l’autel » détaille Łukasz.

L’Église et le PiS, Droit et Justice, partagent une même vision conservatrice de la société. Pour une restriction de l’avortement, contre la fécondation in vitro, pour le maintien des cours de religion à l’école. Et donc contre « l’idéologie LGBT ». « Ce parti nous a déclaré la guerre, et l’Église a suivi », déplore Łukasz.

Il ajoute : « En avril dernier, l’évêque Mering, lors d’une messe, s’est tourné vers le chef du parti au pouvoir, Jarosław Kaczynski, et lui a dit « Vos succès sont nos succès ! »

Une Église politisée et homophobe

Plus récemment, fin septembre, un prêtre de Lublin, la plus grande ville du sud-est de la Pologne, non loin de Puławy, a laissé un candidat du PiS aux législatives faire campagne devant son église, juste avant la messe. Et durant l’office, il a directement appelé ses fidèles à voter pour lui.

« Je ne me sentais plus à ma place dans cette Église politisée et homophobe », raconte Łukasz. « J’ai envoyé un mail à mon évêque en disant que je devais partir. En prenant cette décision, j’ai enfin agi en accord avec ma conscience. »

Łukasz se sent trahi par l’Église catholique polonaise. Il veut quitter sa ville de Puławy, qui a signé la déclaration contre l’idéologie LGBT, et aller vivre avec son compagnon dans une grande ville, généralement plus tolérante.

Pour écouter le Grand Reportage de Thomas Giraudeau, cliquez ici

NewsletterAvec la Newsletter Quotidienne, retrouvez les infos à la une directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.