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Espagne

Le cercueil de Franco quitte Valle de los Caidos pour le cimetière du Pardo

Le cercueil du dictateur espagnol Franco était porté par huit membres de sa famille dont son arrière petit-fils Louis de Bourbon, le 24 octobre 2019.
Le cercueil du dictateur espagnol Franco était porté par huit membres de sa famille dont son arrière petit-fils Louis de Bourbon, le 24 octobre 2019. Emilio Naranjo/Pool via REUTERS

Les restes du Caudillo ont été exhumés de son mausolée monumental près de Madrid, ce jeudi, pour être transportés par hélicoptère jusqu’au cimetière public de Mingorrubio, au Pardo, où il a été inhumé auprès de ses proches, à 10 kilomètres de Madrid.

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De notre correspondante à Madrid, Diane Cambon

Ils étaient près de deux cents, des personnes âgées, mais aussi des jeunes, le crâne rasé, à s’être déplacés jusqu’au cimetière de Mingorrubio pour rendre un ultime hommage à Franco. Il était prévu qu’ils soient beaucoup plus nombreux à accueillir la dépouille du dictateur, mais les rassemblements avaient été interdits par la justice.

La plupart sont venus avec des drapeaux préconstitutionnels, datant d’avant la démocratie, ce qui est interdit par la loi, d’autres avec des pancartes contre Pedro Sanchez, où l’on pouvait lire « Délogez Pedro » et « Laissez Franco en paix ». Pour Juan Carlos, âgé de 73 ans, venu avec son fils, cette exhumation est une honte. « Ce qu’ils font à Franco, c’est une profanation d’un lieu sacré, c’est une profanation d’Etat, un crime d’Etat même. La guerre, c'est lui qui l'a gagné, pas les autre », estime-t-il.

Franco était un dictateur féroce, aligné sur les fascismes durant la Seconde Guerre mondiale.

L'historien Benoît Pellistrandi, spécialiste de l'Espagne: la dictature de Franco

Toute la matinée, des dizaines d’immenses couronnes de fleurs aux couleurs jaune et rouge du drapeau espagnol ont été livrées, venant de tout le pays. Dans la plus stricte intimité. Une messe devait être dite par le prieur du Valle de los Caidos, celui qui s’était formellement opposé à l’exhumation.

Bataille judiciaire

Cette cérémonie met fin à dix mois de bataille judiciaire entre la famille du dictateur et le gouvernement socialiste. Aujourd’hui, seuls les 22 petits et arrière petits-enfants de Franco ont pu assister à l’inhumation qui s'est déroulée sous très haute sécurité et évidemment loin du regard de la presse.

La famille Franco n'a pas marqué de geste de concorde à l'égard de la démocratie espagnole.

Benoît Pellistrandi, spécialiste de l'Espagne: l'attitude choquante de la famille de Franco

Mais pour la majorité des Espagnols, son exhumation permet de sceller une page de l’histoire et de mettre fin à 44 ans d’exaltation franquiste, comme le reconnaît Juanjo. « Je crois que dans un pays démocratique, c’était inadmissible de garder un dictateur dans un mausolée. Enfin justice vient d’être rendue et je m’en réjouis », estime ce madrilène de 40 ans.

Avec l’exhumation de Franco, le lieu devrait permettre peut être de sceller la réconciliation entre les deux Espagne.


Pedro Sanchez : « L'Espagne met fin à un affront moral »

Le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, avait fait de ce transfert une priorité dès son arrivée au pouvoir en juin 2018. Il voulait mettre fin à cette anomalie pour une démocratie européenne, comme il l'a déclaré dans son discours ce jeudi 24 octobre.

« Aujourd'hui, l'Espagne tient son engagement. Avec cette décision, nous mettons fin à un affront moral, celui de l'apologie d'un dictateur dans un espace public. Nous faisons un pas de plus vers la réconciliation qui ne peut reposer que sur la démocratie et la liberté que nous partageons tous », a estimé le chef du gouvernement espagnol.

« Notre démocratie est ainsi grandie non seulement pour nous-mêmes mais aussi aux yeux du monde entier, en répondant à une recommandation soutenue notamment par les Nations Unies. »

« Sortir d'un régime de répression »

Il a ajouté : « Cela nous a beaucoup coûté de nous sortir d'un régime de répression. Et nous avons mis pratiquement le même temps pour nous défaire de la présence de cette figure dans les hommages publics. »

« Toutes les opinions sont recevables sur le moment propice pour mettre en œuvre ces actions. Chacun a ses opinions. Mais le gouvernement espagnol avait annoncé publiquement qu'il le ferait lorsque ce serait possible. Le moment est venu, et nous l'avons fait. Pas un jour avant, ni un jour après. »

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