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Royaume-Uni

Royaume-Uni: le combat pour une meilleure représentativité des minorités

Une rue de Glasgow, en Ecosse.
Une rue de Glasgow, en Ecosse. gettyimages

En 2017, le Royaume-Uni a élu le Parlement le plus diversifié de son histoire : 32 % de femmes, 8 % de personnes de couleur. Cependant, il y a encore du chemin à parcourir, en particulier avec la représentation des minorités, auxquelles on se réfère au Royaume-Uni avec l’acronyme BAME : « Black and Minority Ethnic ».

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Militer pour une meilleure représentativité des minorités dans l'espace politique, c'est le combat depuis vingt-trois ans d'Operation Black Vote, une organisation apolitique basée à Londres. « Nous travaillons pour que les citoyens afro-caribéens, asiatiques et issus d’autres minorités soient engagés dans le processus démocratique », explique Ashok Viswanathan, le vice-président d’Operation Black Vote. « Cela passe par encourager les gens à s’inscrire sur les listes électorales, faire en sorte que les gens aillent voter le 12 décembre, et travailler pour que notre politique ressemble plus à notre société du XXIe siècle. »

Parce que ces élections sont les plus importantes de cette génération et que « voter est un acte révolutionnaire », Operation Black Vote a lancé fin novembre une campagne choc où des personnes célèbres « non blanches », comme l’actrice Nathalie Emmanuel de Game of Thrones, répètent mot pour mot des déclarations racistes, sexistes ou homophobes de vrais députés britanniques. La moralité : « Si vous ne votez pas, quelqu’un parlera à votre place. Inscrivez-vous sur les listes électorales et votez le 12 décembre. »

Cependant, selon les chiffres de la Commission électorale britannique, plus d’une personne sur quatre issues des minorités n’est pas inscrite pour voter, alors que la moyenne nationale est d’une personne sur seize. Operation Black Vote voit là un déficit démocratique auquel il faut urgemment remédier, d’autant plus que leur vote peut, dans une centaine de circonscriptions en Angleterre et au Pays de Galles, changer l’issue des élections. « Si vous êtes sur les listes électorales, vous aurez beaucoup plus de chances d’aller voter. Vous vous serez mis dans l’état d’esprit de participer, au lieu de juste observer », selon Ashok Viswanathan.

Discrimination positive chez les lib-dems

L’un des grands axes de travail d’Operation Black Vote est le mentorat, c'est-à-dire donner aux aspirants élus les outils pour se présenter aux élections et gagner. Cette année, OBV sponsorise deux candidats conservateurs et une candidate du Parti travailliste. Mais c’est aussi à l’organisation interne des partis de faire le travail pour avoir des élus représentatifs de la diversité du pays.

Rebecca Bell se présente pour le Parti libéral-démocrate dans la circonscription de Dunfermline & West Fife, à 30 km au nord d’Édimbourg. La jeune femme, d’origine indienne par sa mère, est également la porte-parole environnement des lib-dems en Écosse, un parti qui prend la question de la diversité au sérieux. C’est la deuxième fois qu’elle se présente à des élections : la différence, cette fois, est qu’elle est fraîchement maman. « Les choses changent, mais il y a toujours du racisme dans ce pays », estime la candidate.

Pour Rebecca Bell, la discrimination positive est la seule réponse possible : d’ailleurs, cela a fonctionné pour permettre d’avoir plus de femmes députées. « Nous avons mis en place des listes entièrement composées de femmes pour obtenir l’investiture du parti aux élections générales. La discrimination positive est controversée, mais on n’a pas le choix. On ne peut pas attendre que le changement vienne par lui-même. » Et c’est la même chose pour s’assurer que des candidats BAME puissent accéder aux échelons les plus élevés de la politique. « Si nous le voulons vraiment, alors il faut qu’on aille chercher les citoyens BAME, les encourager à adhérer au parti et à se présenter aux élections. »

Éducation et changement de méthodes au SNP

Au Scottish National Party (SNP), le parti indépendantiste au pouvoir en Écosse, même constat : il va falloir provoquer le changement. C’est pour cela que Graham Campbell, premier conseiller municipal afro-caribéen de Glasgow, a été élu cette année responsable du parti en charge des problématiques liées aux citoyens BAME. Aux congrès du parti cette année, des motions déposées par sa section et portées notamment par l’actuel ministre écossais de la Justice, Humza Yousaf, pour éduquer les adhérents au racisme inconscient et pour diversifier les candidats aux prochaines élections parlementaires écossaises, ont été votées à l’unanimité.

Cependant, tous les candidats SNP aux élections générales de décembre (la majorité étant des sortants) sont blancs, et il n’y a qu’un tiers de femmes. Pour Graham Campbell, même si le SNP a eu des députés BAME, cela montre qu’il y a un problème, d’autant plus que le parti compte de nombreux militants d’origines diverses. Et ceux qui disent que la question de la diversité n’est pas un vrai enjeu et que ce qui compte, c’est le mérite et le talent, refusent selon lui de voir qu’il y a ici une injustice.

« C’est n’importe quoi », s’agace l’élu local. « Les gens qui disent cela expliquent, en fait, que seuls les hommes blancs âgés de classe moyenne supérieure ont du talent. De plus, pour vraiment représenter une population, il faut représenter tout le monde. Si ce n’est pas le cas, alors certaines perspectives manquent pour façonner nos politiques. Par exemple, le fait qu’on ait plus de femmes élues a permis d’avoir un débat sur les taxes appliquées sur les protections périodiques dont elles ont besoin. » Pour lui, la question de la diversité n’est pas qu’une question ethnique : il faut plus de femmes, plus de jeunes, plus de personnes issues de classe ouvrière, plus de personnes en situation de handicap.

Les consciences commencent à évoluer sur ces questions : en 2019, 34 % des candidats aux élections générales sont des femmes, contre 29 % en 2017. Au Parti travailliste, 53 % des candidats sont des candidates. Selon le think tank British Future, 67 députés BAME pourraient siéger après les élections à la Chambre des communes, le plus haut chiffre jamais atteint.

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