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Albanie

Les journalistes albanais révoltés par la loi sur les médias en ligne

Manifestation des journalistes albanais contre la loi sur les médias en ligne, à Tirana, le 18 décembre 2019.
Manifestation des journalistes albanais contre la loi sur les médias en ligne, à Tirana, le 18 décembre 2019. RFI / Louis Seiller

« Le journalisme n'est pas un crime. » Brandissant des pancartes, quelques centaines de personnes se sont réunies à Tirana devant le parlement albanais ce mercredi 18 décembre au matin. Ils protestent contre un projet de loi controversé visant à réguler l'activité des médias en ligne.

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De notre correspondant à Tirana,

« Un seul nom de domaine : Rama.al ? », pouvait-on lire, référence au Premier ministre, Edi Rama. L'ensemble de ces mesures, surnommé « paquet anti-diffamation », autoriserait notamment un organisme administratif à juger du contenu des médias en ligne, sanctions financières, voire fermeture de site à l'appui. Le gouvernement albanais affirme vouloir lutter ainsi contre les fake news et la diffamation.

Présent devant le parlement, Gjergj Erebara est l'un des journalistes du réseau Balkan Investigative Reporting Network (BIRN). « Pour lutter contre la diffamation et les fake news, le gouvernement ne devrait pas lui-même diffamer et produire des fake news, accuse-t-il. Le principal producteur de fake news, c'est le bureau du Premier ministre. Ce projet est l'un des derniers pas vers un régime autoritaire. »

Une loi aux conséquences redoutées

Les journalistes albanais redoutent les conséquences de cette loi sur leur travail, notamment à travers les sanctions financières prévues par le texte. « Le salaire moyen d'un journaliste ici est de 500 euros, explique Gjergj Erebara, et les pénalités prévues par ce projet peuvent monter jusqu'à 5 000 euros. Ces pressions financières peuvent ruiner n'importe quel journaliste. »

Au sein du parlement, le Premier ministre socialiste Edi Rama a affiché sa détermination à faire adopter ce projet de loi qu'il juge nécessaire afin de « discipliner » les médias en ligne. « La liberté d'expression n'est pas seulement un droit mais aussi une responsabilité », a-t-il réaffirmé en référence à de fausses informations qui ont circulé sur certains sites internet après le tremblement de terre du 26 novembre dernier. Il a assuré que des modifications importantes avaient été apportées au projet et que celui-ci était désormais « conforme à 100% aux standards internationaux ».

La veille, Harlem Désir, représentant pour la liberté des Médias de l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE), avait déclaré dans une série de tweets avoir « travaillé jusqu'à la dernière minute avec le Premier ministre et le gouvernement d'Albanie afin d’améliorer le projet de lois sur les médias et de le mettre en conformité avec les normes internationales et les engagements de l’OSCE ». S'il a salué des « améliorations », il a néanmoins assuré que son bureau « surveillera de près l’application de la loi qui ne doit en aucun cas entraver la liberté d’expression et la liberté des médias ».

Alors que les dirigeants albanais espèrent toujours obtenir l'ouverture des négociations d'adhésion avec l'Union européenne, les objectifs de ce projet de loi ont suscité ces dernières semaines de nombreuses critiques d'organisations internationales. Ainsi, la commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, Dunja Mijatovic, s'est dite « profondément préoccupée » par ce projet. Dans un communiqué publié mardi 17 décembre, elle a jugé que « plusieurs dispositions [n'étaient] pas compatibles avec les normes internationales et européennes des droits de l'homme ».

« Déjà presque impossible de faire du journalisme en Albanie »

Ce constat est partagé par Flutura Kusari, qui travaille pour le Centre européen pour la liberté de la presse et des médias (ECPMF). Elle est venue protester aux côtés des journalistes albanais. « Le processus de rédaction de cette loi n'a pas été transparent : le public et la société civile n'ont pas été consultés, explique-t-elle. Il ne faut pas seulement apporter des modifications "cosmétiques" à ce projet, c'est son esprit même qu'il faut changer. » Flutura Kusari s'est dite très inquiète pour la liberté de l'information dans le pays. « En Albanie, c'est déjà presque impossible de faire du journalisme. En ce sens, c'est le pire pays de la région. Si cette loi passe, ce sera une question de semaines ou de mois pour que les journalistes renoncent. »

Ancien basketteur professionnel et artiste, le Premier ministre Edi Rama a longtemps bénéficié d'une image positive en Europe de l'Ouest, notamment grâce à son positionnement pro-européen. En Albanie, il est accusé de gouverner de façon de plus en plus autoritaire, communiquant essentiellement à travers la chaîne Edi Rama TV, diffusée sur Facebook, et traitant à l'occasion les journalistes de « poubelle » ou « d'ignorants ». Dans le dernier classement de l'ONG Reporters sans Frontières (RSF), l'Albanie a perdu sept places, se classant 82e sur 180 pays.

État peuplé d'un peu moins de 2,9 millions d'habitants, l'Albanie compte une dizaine de chaînes de télévision d'information et plus de 600 portails d'information. Ce projet de loi intervient alors que le pays va prendre la présidence de l'OSCE en 2020.

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