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Monténégro / Religion

La loi sur les religions enflamme le Monténégro

Des membres de l'Eglise orthodoxe serbe lors d'une messe près du Parlement monténégrin, à Podgorica, le 26 décembre 2019.
Des membres de l'Eglise orthodoxe serbe lors d'une messe près du Parlement monténégrin, à Podgorica, le 26 décembre 2019. REUTERS/Stevo Vasiljevic

Le Monténégro a vécu jeudi 26 décembre une folle journée rappelant les mauvais souvenirs des années 1990, quand le petit pays des Balkans semblait souvent sur le point de basculer dans la guerre civile.

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Cette fois-ci, c’est la nouvelle loi sur le statut des communautés religieuses, vivement contestée par l’Église orthodoxe serbe, qui a mis le feu aux poudres. L’onde de choc n’a pas tardé à s’étendre à toute la région. Vendredi, des députés en sont venus aux mains au sein du Parlement de Serbie, où le mouvement d’extrême droite Dveri propose rien de moins que la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays.

En Bosnie-Herzégovine, veillées de prière et rassemblements de soutien aux Serbes du Monténégro ont eu lieu ce week-end devant les églises orthodoxes de plusieurs villes, notamment à Banja Luka, Pale ou Trebinje. Dès vendredi, même la petite minorité serbe de Macédoine du Nord avait manifesté sa colère.

L'Église orthodoxe serbe dénonce une « loi de spoliation »

Adoptée dans la nuit de jeudi à vendredi par le Parlement monténégrin et paraphée samedi par le président de la République Milo Djukanovic, la loi contestée prévoit que passeront sous le contrôle de l’État tous les édifices religieux construits avant 1918, sauf si les communautés religieuses concernées peuvent produire des titres de propriété valides antérieurs à cette date, celle du rattachement forcé du Monténégro au nouveau royaume des Serbes, Croates et Slovènes, prédécesseur de la Yougoslavie.

L’Église orthodoxe serbe, qui possède d’immenses domaines, des églises et de nombreux monastères, dénonce une « loi de spoliation ». Le Monténégro est en effet un pays à la structure religieuse complexe : à côté des catholiques, surtout présents dans certains secteurs de la côte Adriatique, et des musulmans, la majorité de la population est de tradition orthodoxe, mais l’orthodoxie est elle-même divisée.

À côté de l’Église orthodoxe serbe, archi-dominante et seule reconnue par la communauté orthodoxe mondiale, une Église orthodoxe monténégrine autocéphale (c’est-à-dire indépendante) a été créée en 1994. Elle prétend pourtant avoir « restauré » l’autonomie dont jouissait l’Église avant 1918 : les partisans de l’Église monténégrine affirment que l’Église serbe, profitant du rattachement du pays au nouveau royaume, aurait alors « usurpé » les possessions de la première…

Bien sûr, juristes et théologiens ferraillent sur le sujet depuis un quart de siècle, et les fidèles des deux Églises en viennent parfois aux mains pour s’assurer du contrôle de quelques chapelles perdues dans les montagnes. Depuis le vote de la loi controversée, des comités de vigilance se forment dans les régions traditionnellement pro-serbes du Monténégro afin de « défendre » les lieux de culte potentiellement menacés. C’est que la question touche à l’identité même des Monténégrins, dont l’indépendance religieuse serait un élément central : au fil des siècles, disposaient-ils de leur propre Église, ou bien étaient-ils rattachés à l’Église serbe ?

L'appartenance confessionnelle, marqueur de l'identité nationale

Milo Djukanovic et le chef de l’Église serbe au Monténégro se pratiquent depuis près de 30 ans. Milo Djukanovic est devenu Premier ministre en 1989, tandis qu’Amfilohije Radovic a été élu métropolite serbe du Monténégro et du Littoral en 1991… Durant longtemps, les deux hommes sont restés proches. Le métropolite Amfilohije ne s’était pas opposé à l’accession du Monténégro à l’indépendance, en 2006, tandis que le régime de Milo Djukanovic gardait une prudente neutralité sur la question religieuse, évitant de prendre le parti de l’Église monténégrine ou de l’Église serbe.

C’est probablement la reconnaissance de l’indépendance de l’Église ukrainienne, il y a un an, qui est venue changer la donne, renforçant la légitimité d’une Église monténégrine. Dans les Balkans, l’appartenance confessionnelle est toujours un marqueur de l’identité nationale, et la question religieuse n’a pas fini d’empoisonner la vie politique du Monténégro et de ses voisins. Les nationalistes serbes n’ont pas de mal à mobiliser largement autour du thème de la « défense de l’Église ». Dimanche, les foules rassemblées en Republika Srpska, l’entité serbe de Bosnie-Herzégovine, dénonçaient ainsi « Milo Djukanovic le Turc », l’accusant d’être prêt à « vendre » les plus saints trésors serbes…

Certains observateurs notent toutefois qu’aucun geste irréparable n’a été commis. Avant l’adoption de la loi, le métropolite Amfilohije avait publiquement menacé d’excommunication et de malédiction tous ceux qui la voteraient, évoquant même la possibilité de lancer l’anathème sur le Monténégro, à quelques jours des fêtes de Noël, que les orthodoxes – Monténégrins comme Serbes – célèbrent le 7 janvier. La loi a été votée, l’Église orthodoxe serbe a réussi une démonstration de force d’une ampleur inédite, et il est probable que bien peu de choses changent sur le terrain.

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