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Russir / Turquie

Le gazoduc TurkStream et la Libye au centre de la visite de Poutine en Turquie

Le président russe Vladimir Poutine à son arrivée à Istanbul, le 7 janvier 2020.
Le président russe Vladimir Poutine à son arrivée à Istanbul, le 7 janvier 2020. Sputnik/Alexei Druzhinin/Kremlin via REUTERS

Alors que l'Iran vient d'attaquer les États-Unis en Irak, Vladimir Poutine est à Istanbul ce mercredi 9 janvier. Aux côtés de son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, il doit inaugurer le gazoduc TurkStream. Mais le président russe vient aussi discuter des grands dossiers régionaux. À commencer par le conflit en Libye, où Ankara et Moscou soutiennent des camps opposés.

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Mardi soir, le président russe s'est rendu à Damas, pour rencontrer le président Bachar el-Assad. Une visite surprise, survenue juste avant que l'Iran ne lance des tirs de missiles sur des installations accueillant des soldats américains en Irak. Et juste après son escale en Syrie, Vladimir Poutine s'est envolé en Turquie.

Dernier-né des projets de la compagnie russe Gazprom, le gazoduc TurkStream passe sous la mer Noire et permettra à Moscou d'exporter son gaz vers la Turquie, mais aussi vers l'Europe en contournant l'Ukraine. Une cérémonie en grande pompe a lieu ce mercredi avec le président Recep Tayyip Erdogan. Les deux hommes se sont rencontrés en tête à tête avant la cérémonie d’inauguration, quelque peu éclipsée par la situation volatile.

Tayyip Erdogan veut avoir son mot à dire

Contrairement à l'escale syrienne, la venue de M. Poutine à Istanbul pour l’inauguration du gazoduc était prévue de longue date. Mais elle arrive à point nommé. Outre le conflit irano-turc, le conflit en Libye semble avoir pris un nouveau tournant depuis que le Parlement turc a autorisé, le 2 janvier, l’envoi de militaires sur place pour soutenir le gouvernement d’union nationale face aux forces de Khalifa Haftar.

Tayyip Erdogan a préparé ses arguments. Les députés turcs avaient été convoqués pendant leurs vacances pour se prononcer sur ce texte. À peine la décision était-elle publiée au Journal officiel que Tayyip Erdogan annonçait le début du déploiement des soldats turcs en Libye. À l’évidence, le chef de l’État souhaitait tenir cette carte en mains au moment de sa conversation avec Vladimir Poutine, dont le pays soutient, lui, l’offensive de Khalifa Haftar.

« Fort sur le terrain militaire, fort à la table des négociations » : c’est la devise de Recep Tayyip Erdogan, qui veut avoir son mot à dire dans le règlement du conflit libyen et dans le partage des gisements d’hydrocarbures en Méditerranée orientale. Or, Vladimir Poutine est l’un de ses interlocuteurs privilégiés.

Outre la démonstration de puissance, cet exercice bilatéral présente l’avantage, aux yeux des deux présidents, d’exclure les Occidentaux. MM. Poutine et Tayyip Erdogan vont tenter d'en profier pour trouver un terrain d’entente sur la Syrie et la Libye. Cette rencontre d’Istanbul permet d’en planter les jalons. Ankara cherche le soutien de Moscou pour parvenir à un cessez-le-feu en Libye.

Il faut dire que les deux présidents ont l’habitude de négocier des compromis tout en soutenant des camps opposés. Concernant la Syrie, leurs échanges des derniers mois se focalisent sur Idleb, où les forces du régime de Damas aidées par la Russie progressent à coups de bombardements et ont déjà poussé plus de 360 000 civils vers la frontière turque.

L'intérêt stratégique du gazoduc TurkStream

Pour revenir à TurkStream, le nouveau gazoduc qui passe sous la mer Noire en contournant l'Ukraine représente une opération hautement stratégique pour les pays impliqués, à commencer par la Russie. Grand acteur sur le marché gazier, Moscou s'est allié à Ankara il y a plus de trois ans pour réaliser cette infrastructure.

Le grand avantage est donc de contourner le corridor ukrainien, dans un premier temps pour livrer du gaz aux Turcs, et ensuite, peut-être, aux Européens. À commencer par les Bulgares. Entièrement dépendante du gaz russe, la Bulgarie va justement profiter de TurkStream pour se faire livrer par la compagnie Gazprom à partir de cette année.

Opération finement orchestrée par le président russe, Vladimir Poutine, pour qui ce gazoduc permet de diversifier le transit du gaz russe à destination du marché européen et de consolider la position dominante de son pays, la Russie, sur le marché commun.

La production européenne de gaz naturel est minime et en déclin. Le gaz russe est bon marché et l'intérêt économique prime. Gazprom couvre environ 35% de la consommation de gaz du continent européen. Une part qui a augmenté ces dernières années, malgré la volonté de l'Union européenne de réduire sa dépendance vis-à-vis de Moscou.

►À lire aussi :En Libye, les enjeux de l’initiative militaire turque

Très concrètement, dans la logique d’accentuation des combats que l’on constate sur le sol libyen, qu’on le veuille ou non, la Turquie et la Russie se trouvent dans des camps opposés.

Didier Billion

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