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4 février 1945: la conférence de Yalta ou la mémoire des absents

Winston Churchill (à gauche), Franklin Delano Roosevelt (au centre) et Joseph Staline posent à Yalta, le 4 février 1945.
Winston Churchill (à gauche), Franklin Delano Roosevelt (au centre) et Joseph Staline posent à Yalta, le 4 février 1945. UPI/AFP

« Qu'on s'abstînt de nous inviter me désobligeait sans nul doute, mais ne m'étonnait aucunement ». La blessure narcissique du général de Gaulle, grand absent de la conférence de Yalta, qu'il exprime ici dans ses Mémoires de guerre, est sans doute pour beaucoup dans la mémoire de cet événement en France. Paradoxalement, il est bien moins connu dans les trois pays qui y ont participé.

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Début 1943, au second hiver de l'offensive allemande à l'Est, celle-ci paraît non seulement piétiner, mais connaît un revers majeur à Stalingrad. Dès lors, l'initiative change de camp, et si un doute subsiste sur l'issue de la guerre, la question commence à porter sur les modalités de la victoire. Quand adviendra-t-elle ? Quel en sera le prix matériel et humain ? Qui en tirera le plus grand profit ? À quoi ressemblera le monde libéré du nazisme et de ses alliés ?

Pour la première fois de son Histoire, le destin de l'Europe est principalement entre les mains de puissances qui lui sont totalement ou en partie étrangères et la voient comme un territoire où exercer leur influence. « The Big Three » forme ce qu'on appelle « La Grande Alliance » que d'aucuns préféreront qualifier d'étrange.

« The Big Three » : Britanniques, Étatsuniens et Soviétiques décident l'avenir du monde 

La Grande Alliance réunit en effet la première puissance capitaliste du monde, les États-Unis, la première puissance communiste, l'URSS, et la première puissance coloniale, le Royaume-Uni, le seul ennemi de l'Allemagne nazie du début de la guerre à l'avoir combattue jusqu'à la fin du conflit. Insulaire, fidèle à son principe de politique internationale visant à éviter toute hégémonie sur le continent – la France hier, ou l'Allemagne aujourd'hui –, Londres œuvre pour ramener Paris à la table des négociations, consciente aussi de ne plus peser très lourd dans ce qui deviendra la bipolarisation du monde.

Celle-ci se prépare en trois temps : lors de la Conférence de Téhéran, du 28 novembre au 1er décembre 1943, on décide d'un principe de démembrement de l'Allemagne, du partage de l'Europe en zones d'influence, du déplacement de la Pologne d'est en ouest et de l'organisation d'un débarquement en Normandie pour mai 1944. Churchill y représente le Royaume-Uni, Staline l'Union soviétique et Roosevelt les États-Unis.

Lors de la Conférence de Postdam, un an et demi plus tard, du 17 juillet au 2 août 1945, la guerre est achevée en Europe depuis plus de deux mois, la capitulation japonaise n'est plus qu'une question de semaines. Roosevelt est décédé et a été remplacé par Truman, Churchill laisse la main au leader travailliste et nouveau Premier ministre Attlee en cours de conférence le 26 juillet.

La France n'est plus une « grande Nation »

Entre les deux, du 4 au 11 février 1945, se tient la Conférence de Yalta, de loin la plus célèbre en France, où elle est devenue le symbole d'une humiliation nationale. Depuis Téhéran, la création d'un gouvernement provisoire, trois jours avant le débarquement de Normandie, la Libération de Paris en août 1944 et la fin de l'État français de Vichy le même mois, ont redonné à la France une souveraineté et une place officielle parmi les Alliés.

Pour autant, la collaboration et son rôle secondaire dans l'offensive sur le front Ouest en font un partenaire mineur et longtemps ambigu, que sanctionne son absence à Yalta. Le général de Gaulle en ressort profondément blessé et le même scénario se répète à Postdam, de crainte de voir la France rouvrir la discussion sur toutes les décisions prises en son absence.

La légende noire de Yalta s'est en grande partie construite autour du livre de l'historien et homme politique gaulliste Arthur Conte, au titre programmatique : Yalta ou le partage du monde : 11 février 1945, paru en 1965. Et chacun se souvient de la photographie en couleur des trois leaders souriant, devant le palais de Livadia, en Crimée.

Ce qui s'est réellement décidé à Yalta

Cette vision mélodramatique est largement erronée. En plus des trois citées, d'autres conférences bipartites ont eu lieu, et juste avant Yalta encore entre Britanniques et Étasuniens à Malte, ou en octobre 1944 entre Britanniques et Soviétiques à Moscou. Si le partage du monde se joue au fil de ces rencontres, il est le fruit d'un long processus dont les Français sont exclus, de fait, depuis la réunion en catastrophe du Conseil suprême interallié à Tours en juin 1940.

Est-ce à dire que cette conférence ne joue au fond qu'un petit rôle dans le règlement du conflit ? Non, évidemment. Mais une bonne partie des décisions sur l'avenir de l'Europe ont déjà été prises en octobre en l'absence de Roosevelt, quand Staline a berné Churchill en feignant d'accepter un contrôle conjoint de la Yougoslavie ou de la Hongrie, amenés à rejoindre, on le sait, le futur bloc de l'Est.

À Yalta, Roosevelt est malade – il meurt deux mois plus tard – et son objectif principal est de s'assurer l'entrée en guerre des Soviétiques contre le Japon. Staline promet que l'URSS entrera en guerre contre le Japon 90 jours après la défaite de l'Allemagne. Il tient promesse, envahissant la Mandchourie deux jours après la bombe d'Hiroshima.

La victoire d'« Uncle Joe »

C'est à Yalta encore que sont entérinés la division de l'Allemagne en trois zones – Churchill parvenant par la suite à en imposer une quatrième pour la France – et le déplacement des frontières polonaises vers l'Est, ainsi que sa mise en coupe réglée par un gouvernement communiste fantoche. Staline y prétend que ses objectifs militaires sont prioritairement la Tchécoslovaquie et la Hongrie quand il marche en réalité sur Berlin.

Si Churchill parvient à freiner les ambitions soviétiques sur les réparations dues par l'Allemagne – il ne s'agit pas de répéter les erreurs de 1919 –, Staline sort grand vainqueur d'une conférence où peu de choses sont définies avec précision. Roosevelt, qui pense encore pouvoir maintenir l'alliance soviéto-étatsunienne par-delà le conflit, n'a pas mesuré l'ampleur du cynisme de celui qu'il appelle « Uncle Joe ».

Durant toutes les négociations, Staline, qui a tenu cette fois à jouer à domicile, demeure dans un palais qui, symboliquement, se trouve entre ceux de ses deux alliés. C'était aussi, jusqu'à la Révolution de 1917, la propriété du prince Ioussoupov, maître d'œuvre de l'assassinat de Raspoutine.

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