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Boeing abattu: après la diffusion d’un enregistrement, Kiev fustige l'Iran

Les fuites d'une conversation entre un pilote iranien et la tour de contrôle de l'aéroport de Téhéran montrent que l'Iran savait dès le début pour le crash du Boeing, affirme le président ukrainien, Volodymyr Zelensky. (Image d'illustration)
Les fuites d'une conversation entre un pilote iranien et la tour de contrôle de l'aéroport de Téhéran montrent que l'Iran savait dès le début pour le crash du Boeing, affirme le président ukrainien, Volodymyr Zelensky. (Image d'illustration) STR / NATIONAL SECURITY AND DEFENSE COUNCIL OF UKRAINE / AFP

Les autorités ukrainiennes ont publié des enregistrements de la tour de contrôle de l’aéroport de Téhéran. Les contrôleurs savaient dès le début qu’un missile avait abattu le vol PS 752 de la compagnie Ukraine Airlines, alors que Téhéran propose des compensations jugées insuffisantes aux familles.

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De notre correspondant à Kiev,

Le président Volodymyr Zelensky semble avoir décidé de hausser le ton avec l’Iran dans sa gestion des conséquences du crash du Boeing PS 752 de la compagnie Ukraine International Airlines. Après la catastrophe du 8 janvier dernier, près de Téhéran, le chef d’État ukrainien s’était montré plutôt conciliant avec le régime des mollahs, adoptant, à la différence du Canada ou des États-Unis, le rôle du « bon flic » pour faire accoucher l’Iran de ses responsabilités dans le crash, qui a fait 176 victimes.

Dimanche soir, le président Zelensky est apparu plus vindicatif. Il a accusé l’Iran d’avoir su dès le départ qu’un de ses missiles avait frappé l’avion, mais également de tergiverser sur l’indemnisation des familles des victimes.

La partie ukrainienne a apporté de nouveaux éléments au dossier, et c’est Volodymyr Zelensky lui-même qui s’est chargé de l’annoncer à ses concitoyens dans une interview à la télévision privée TSN.

« La publication d’un nouvel enregistrement des communications entre le service de contrôle de la circulation aérienne de Téhéran et [un] pilote iranien qui a vu le lancement du missile et le choc avec le vol Ukraine International (UIA) prouve que la partie iranienne savait dès le début que l’avion avait été touché par un missile, elle le savait déjà au moment où il a été abattu », a déclaré Volodymyr Zelensky.

L'Ukraine a toujours réfuté « l'erreur technique »

Dans cet enregistrement rendu public par les autorités ukrainiennes compétentes, et considéré comme « authentique » par le président ukrainien, un pilote de ligne de la compagne iranienne Aseman, en approche de l’aéroport Imam Khomeini de Téhéran, appelle la tour de contrôle.

« Il y a une trace lumineuse sur la route, comme celle d'un missile. Est-ce que quelque chose de ce genre était prévu ? », s’inquiète le pilote en préparation d’atterrissage. « Nous ne sommes pas au courant […]. L’objet vole-t-il vers Téhéran ? », s’enquiert le contrôleur aérien. « Non, il semble partir de la ville », répond le pilote, qui voit des airs la lumière de l’explosion. Dans les instants qui suivent, la tour de contrôle tente de joindre l’équipage ukrainien, qui ne répond pas.

L’Ukraine n’a jamais accepté la thèse selon laquelle l’accident résultait d’une « erreur technique », selon le président Zelensky. « Nous savions que cela ne pouvait être le cas. Lorsque j’ai rendu visite aux familles des victimes, je leur ai dit qu’il n’y avait eu aucune erreur de la part de l’équipage, dit-il dans l’interview. Nous avions déjà des preuves. »

La partie ukrainienne semble avoir néanmoins choisi la prudence tant que se trouvaient sur le territoire iranien 45 de ses enquêteurs et experts, chargés d’enquêter sur les circonstances de la catastrophe. M. Zelensky souligne que ces enquêteurs ont connu des difficultés d’accès à certaines partie de l’avion, comme le cockpit ou les sièges, souvent porteurs d’indices, mais aussi à la salle contrôle du trafic aérien.

L’enregistrement de cinq minutes a été confié à Andriy Tsaplienko, un journaliste de guerre réputé de la chaîne de télévision 1+1, par les services ukrainiens. Cette fuite n’est pas anodine. La chaîne d'information TSN appartient à l’oligarque Ihor Kolomoisky, qui a été le principal soutien de la campagne de Volodymyr Zelensky.

Le sulfureux milliardaire Kolomoisky est également le propriétaire de la compagnie Ukraine International Airlines, qui a subi un grave préjudice humain. Onze victimes ukrainiennes sont à dénombrer, dont tout le staff de bord, dans la première catastrophe de UIA, une compagnie qui optimisait partiellement son business model en faisant de Kiev un hub pour des vols en transit peu onéreux vers des capitales comme Téhéran.

Très silencieux depuis la catastrophe, le bruyant oligarque va forcément chercher compensation pour sa compagnie aérienne, sur fond de guerre d’assurances pour indemniser les victimes, issues de plusieurs pays (82 Iraniens, 63 Canadiens, 11 Ukrainiens, dix Suédois, quatre Afghans, trois Allemands et trois Britanniques).

Bras de fer sur l'indémnisation des victimes

Volodymyr Zelensky a déclaré à TSN que l’Iran avait proposé de verser 80 000 dollars à chacune des familles des victimes ukrainiennes. « Une somme très petite », juge le président ukrainien pour qui « la vie humaine ne se mesure pas en nombre et en argent », mais qui a promis de se battre pour obtenir des compensations plus importantes. Le président ukrainien a également demandé à ce que les boîtes noires soient analysées en Ukraine.

En pointant de manière plus directe les responsabilités iraniennes, le gouvernement de Kiev a fortement fâché la République islamique, qui a promptement réagi lundi.

« Ce fichier audio faisait partie des éléments fournis au groupe d’experts [ukrainiens] enquêtant sur la catastrophe. Sa publication par la partie ukrainienne signifie que nous ne transférerons plus aucun élément [à l’Ukraine] », déclare, contrit, le chef de l’équipe d’enquête iranienne, Hassan Rezaiefar. Il semble qu’un bras de fer s’engage entre les parties concernées par la catastrophe, sur l’indemnisation des victimes et de la compagnie.

À lire aussi : Iran: l'armée reconnaît avoir abattu le Boeing ukrainien par erreur

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