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L’Écosse à l'avant-garde du combat contre la précarité menstruelle

Monica Lennon, porte-parole du Parti travailliste écossais.
Monica Lennon, porte-parole du Parti travailliste écossais. Wikimedia/ Global Justice Now Global Justice Now

Avoir ses règles a un coût : des milliers d'euros sont dépensés chaque année en tampons, serviettes et autres produits de première nécessité. Un coût bien trop lourd pour de nombreuses femmes. Il y a trois ans, l’Écosse est devenue précurseur en mettant à disposition - gratuitement - des protections périodiques dans tous les établissements scolaires, du primaire à l’université. Le gouvernement envisage désormais la gratuité pour toutes.

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Le 25 février, le Parlement écossais débattra d’un sujet qui génère encore de la gêne ou du dégoût : les règles. Plus précisément, du projet de loi de la députée Monica Lennon, par ailleurs porte-parole pour le Parti travailliste écossais sur les questions de santé. S’il est approuvé par le Parlement, alors l’Écosse deviendra le premier pays du monde à rendre les protections périodiques universellement gratuites, pour toutes les personnes qui le demanderont.

Ce n’est pas un sujet anecdotique : il s’agit du respect de la dignité des femmes. Selon les études, presque une femme sur cinq en Écosse s’est déjà trouvée dans une situation de précarité menstruelle, l'obligeant à manquer l’école ou le travail, à ne pas sortir de chez elle, ou à improviser un plan B avec des mouchoirs ou du papier toilette. Ajoutez à cela une stigmatisation et une gêne à parler des menstruations, et cela génère un sentiment de honte, d’isolation et d’anxiété pour celles qui la subissent.

Tampons, serviettes et coupes menstruelles en libre-service

L’Écosse est en avance sur la plupart des pays sur ce sujet. À la rentrée 2018, les filles et jeunes femmes scolarisées ont pu avoir accès gratuitement aux protections menstruelles dans leur école ou campus universitaire, suite à un investissement de 5,2 millions de livres (6,2 millions d'euros) de la part du gouvernement écossais. « Je n’ai pas moi-même vécu la précarité menstruelle, explique Antonia, 23 ans, étudiante en journalisme à l’université d’Aberdeen. Mais c’est tellement pratique d’avoir ces produits dans toutes les toilettes de la fac. Cela arrive à tout le monde d’être surpris par ses règles et de ne pas avoir de protections sur soi. »

À l’université d’Édimbourg, qui compte 40 000 étudiants, c’est Andy Shanks, le directeur en charge du bien-être des étudiants, qui a chapeauté la mise en place des protections périodiques sur le campus. Il y a désormais 75 points, répartis entre les 500 bâtiments que possède l’université, dans lesquels les étudiants et le personnel peuvent trouver des tampons, serviettes, et même des coupes menstruelles qui sont réutilisables et réduisent significativement les déchets. « Au début, je pensais que ce serait très compliqué, confie-t-il. Mais tout s’est très bien passé, et le système marche tout seul. Tout cela n’aurait pas été possible sans la coopération du personnel de ménage, qui réapprovisionne le stock des protections menstruelles en même temps que le savon ou le papier toilette. »

Un bon exemple dans d'autres lieux publics

Après les universités, d’autres établissements publics s’y sont mis : désormais, dans les aéroports d’Édimbourg et de Glasgow, il est normal de trouver des tampons et des serviettes à disposition. À la bibliothèque municipale de Glasgow, il y a même des culottes basiques de rechange, des lingettes et du déodorant en libre-service pour celles qui en ont besoin. Cette normalisation progressive a également incité de nombreux bars, restaurants, salles de spectacles et autres endroits fréquentés par le public à se mettre au diapason.

Les stades de football ont été entraînés dans ce mouvement par trois jeunes supportrices de l’un des plus grands clubs d’Écosse, le Celtic à Glasgow. Erin, Orlaith et Mikaela, âgées de 22 et 31 ans, ont lancé en 2018 la campagne « On The Ball ». Résultat : huit des plus grands clubs écossais, à commencer par le leur, ainsi que 108 autres dans le monde entier, ont rejoint l’initiative.

« Le football est un sport qui a une gigantesque plate-forme, argumente Mikaela. En participant au débat sur la précarité menstruelle et en mettant à disposition des protections gratuites, le foot envoie un message fort. C’est tout à fait normal d’avoir du papier toilette et du savon dans les WC des stades. Avoir des tampons et des serviettes devrait aussi l’être », estime la jeune femme.

Ne plus avoir peur du mot « règles »

Il reste encore beaucoup à faire pour éradiquer la précarité menstruelle. Cela pourrait commencer par ne plus avoir peur des règles, et oser en parler. « C’est toujours tabou. Il aura fallu que je lance On The Ball pour parler des règles avec mon père pour la première fois », confie Mikaela. Pour Andy Shanks aussi, travailler sur la précarité menstruelle a été un apprentissage. « Beaucoup d’hommes sont mal à l’aise avec les règles et ne veulent pas en parler. Je trouve que ce débat permet aux hommes qui s’intéressent à l’égalité et à la santé des femmes de prendre confiance et de participer », estime-t-il.

C’est précisément pour combattre ce tabou que la campagne « Let’s call periods, periods » (appelons les règles « règles ») a été lancée en début d’année par le gouvernement écossais, explique la ministre Aileen Campbell, en charge des collectivités locales. « On ne devrait pas avoir à utiliser des expressions ou des euphémismes pour parler des règles. Ayons confiance et discutons-en ouvertement, sans avoir honte  », affirme-t-elle, estimant toutefois que l’Écosse a déjà fait d’énormes progrès.

Son parti, le Scottish National Party, au pouvoir depuis bientôt treize ans, a fini par soutenir le projet de loi de l’opposition travailliste. « Nous ne pensions pas, alors que nous développons encore la politique mise en place il y a quelques années, qu’il fallait à nouveau légiférer  », explique-t-elle. « Mais mardi prochain, nous voterons pour le principe de la loi. Il faudra voir ensuite les modalités de son application ».

►À lire aussi: France: le gouvernement s’attaque à la précarité menstruelle

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