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Crise migratoire: à Lesbos, l'hostilité grandissante contre les migrants

Des habitants de l'île de Lesbos manifestent contre les camps de migrants, au port de Mytilène, le 22 janvier 2020.
Des habitants de l'île de Lesbos manifestent contre les camps de migrants, au port de Mytilène, le 22 janvier 2020. ARIS MESSINIS / AFP

En Grèce, sur l’île de Lesbos, l'inauguration d'un nouveau camp de réfugiés pour remplacer celui, saturé, de Moria, avait déjà entraîné des manifestations suivies de violences la semaine dernière. Avec l’ouverture des frontières turques et la multiplication probable des arrivées, une minorité d’habitants, excédés par la situation sur l’île, forment à présent des milices et imposent un climat pesant. En parallèle, les demandeurs d’asile étouffent dans un camp surpeuplé et insalubre, qu’ils qualifient de prison.

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de notre envoyé spécial,

Bateaux empêchés d’accoster, intimidations, violences, incendie d’un centre de transit pour réfugiés dans le nord de l’île… Depuis ce week-end, les incidents se sont multipliés à Lesbos, rendant le travail des humanitaires et des ONG très compliqué, pour ne pas dire impossible.

« Il s’agit de voix extrêmes au sein de la communauté locale, estime Boris Cheshirkov, porte-parole du Haut-commissariat aux réfugiés en Grèce. La plupart des habitants comprennent que la majorité de ceux qui arrivent en Grèce viennent de pays en conflit et demeurent solidaires. Mais malheureusement, en raison des attaques, beaucoup d’organisations, volontaires et salariés d’ONG, ont quitté l’île. »

ONG prises pour cibles

Avocate de formation, Marion Bouchetel est à Lesbos depuis deux ans et demi. Sur place, elle a travaillé pour plusieurs ONG. Elle a vu la situation se dégrader progressivement depuis l’été dernier avec un regain d’arrivées en provenance de Turquie et une nouvelle politique migratoire plus dure de la part des autorités. Depuis les manifestations contre le projet de nouveau camp, supposé remplacer celui, saturé, de Moria, la situation paraît de plus en plus instable et travailler n’est plus forcément sûr.

« C’est assez compliqué pour des raisons de sécurité, déplore Marion Bouchetel. Un moment en tout cas, toutes les routes autour de la ville ont été bloquées par des personnes d’extrême-droite parmi les locaux, qui maintenant se sentent de librement exprimer leur xénophobie. Ils ont réussi à faire évacuer la police anti-émeutes la semaine dernière après deux jours de grève générale et de manifestations. Après ça, ils ont commencé à cibler les ONG. Donc c’est difficile pour les ONG pour des raisons de sécurité de continuer à opérer à Moria et même à l’extérieur en fait. »

Fort ressentiment des réfugiés contre l'Europe

Pourtant, Moria et ses quelque 20 000 demandeurs d’asile étouffent. Ils ont cruellement besoin de soutien. Ce mardi après-midi au port de Mytilène, des dizaines de réfugiés, attirés par la rumeur de la venue d’un bateau, manifestent leur frustration face à la police et devant les caméras qui affluent sur l’île. Au camp de Moria, le ressentiment des réfugiés entassés là -souvent depuis des mois- est énorme.

Mytilène (Lesbos, Grèce) : la police disperse un groupe de migrants, le 3 mars 2020.
Mytilène (Lesbos, Grèce) : la police disperse un groupe de migrants, le 3 mars 2020. REUTERS/Costas Baltas

« On vit très mal ici, témoigne spontanément une jeune Congolaise. À manger, c’est impossible, pour dormir, c’est impossible. Nous sommes fatigués. On en a marre de ce camp. On vit très mal. Ce que je veux vous demander : aidez-nous ! On revendique notre droit : il faut qu’on nous libère ici, on vit très mal ici ! »

À Moria, ils sont très nombreux à vouloir exprimer leur colère ou faire part de leur mal-être. Mehdi vient d’Afghanistan : « Ça va faire un an que je suis sur cette île. Contrairement à ici, je n’avais pas faim dans mon pays. Je veux dire à toute l’Europe que le jour où la guerre frappera chez vous et que vous viendrez dans nos pays, je vous montrerai ce qu’est l’humanité. La mer que j’ai dû traverser pour venir ici n’était pas aussi dangereuse que de faire route vers des pays et des villes européennes. Cela va faire déjà deux fois que des Grecs m’ont attaqué. L’Union européenne était renommée pour son humanisme. Je vous en prie, ne tuez pas cet humanisme ! Que va-t-il se passer avec tous ces gens ici, avec qui vous vous comportez si mal ? Je m’inquiète pour votre avenir, vous les Européens ! »

À force d’avoir laissé politiquement pourrir une situation intenable, Lesbos et Moria pourraient à présent s’enfoncer dans un cycle de tensions et de violences. La perspective de nouvelles arrivées, potentiellement plus importantes via la Turquie, ne risque pas d’apaiser la situation.

À écouter : La crise migratoire, un poison lent pour l'Union européenne?

Enfants réfugiés arrivés en bateau sur l'île grecque de Lesbos, le 28 février 2020.
Enfants réfugiés arrivés en bateau sur l'île grecque de Lesbos, le 28 février 2020. REUTERS/Costas Baltas/File Photo

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