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Dix ans après le crash de Smolensk, deux versions s’affrontent en Pologne

Les experts examinent l'épave du Tupolev Tu-154 crashé à Smolensk, le 13 avril 2010.
Les experts examinent l'épave du Tupolev Tu-154 crashé à Smolensk, le 13 avril 2010. Photo : Sergei Karpukhin/ Reuters

Le 10 avril 2010, un avion présidentiel s’écrase à Smolensk, dans l’ouest de la Russie. À bord, le chef de l’État polonais, Lech Kaczynski, son épouse, mais aussi des ministres, les dirigeants des corps de l’armée, des députés, sénateurs et membres du clergé. Les 96 passagers et membres de l’équipage meurent dans la catastrophe. Ce drame national a depuis profondément divisé la Pologne. Une division alimentée notamment par deux commissions d’enquête. L’une a conclu à un accident, l’autre accrédite la thèse d’un attentat.

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De notre correspondant en Pologne,

Le 8 avril 2020, l’ex-ministre de la Défense polonais, Antoni Macierewicz, a assuré que la catastrophe aérienne de Smolensk était un attentat. « Deux explosions ont eu lieu dans le cockpit » au-dessus de l’aéroport russe, le 10 avril 2010, tuant le président polonais et tous les passagers de l’avion, a-t-il affirmé dans une interview accordée à la télévision Trwam.

Telles sont les conclusions de la commission d’enquête que Macierewicz préside depuis 2016. L’homme a été missionné par Jaroslaw Kaczynski, actuel chef du parti au pouvoir, Droit et Justice, et frère jumeau du président mort dans la catastrophe, pour faire la lumière sur ce qu’il s’est passé, ce 10 avril 2010.

Un rapport complet « dans les prochains jours »

Réunissant autour de lui des experts internationaux, ces derniers ont analysé comment l’avion s’est décomposé au-dessus de l’aéroport de Smolensk. Ils ont aussi fait exhumer, avec ou sans l’accord des familles, les dépouilles des 96 victimes. Objectif : déterminer si les passagers sont morts lors de l’impact ou quelques secondes avant, par l’explosion d’une éventuelle bombe ?

Antoni Macierewicz et ses experts penchent pour la deuxième hypothèse. Ils laissent entendre que des explosifs ont pu être placés par les autorités russes en 2009, un an avant la catastrophe, pendant que le Tupolev présidentiel, de fabrication russe, subissait des réparations en Russie.

L’ex-ministre de la Défense assure que leur rapport sera publié « dans les prochains jours », alors même que Jaroslaw Kaczynski l’a incité, en direct à la radio RMF FM, à ne pas « perturber la société polonaise ( en pleine épidémie du coronavirus ) si les faits avancés ne sont pas suffisamment vérifiés. Il faut des preuves. »

L’avion aurait heurté un arbre

Cette version des faits entre en totale contradiction avec la seule officielle. En juillet 2011, une commission parlementaire dirigée par le parti libéral Plateforme civique, alors au pouvoir, conclut à un accident.

Selon ces conclusions, un épais brouillard a compliqué la tâche des pilotes. Ces derniers ont enfreint les procédures de sécurité et amorcé la descente pour atterrir à l’aéroport de Smolensk. L’avion volait à trop basse altitude, sans visibilité au sol. L’aile gauche de l’appareil a été arrachée en percutant un bouleau. L’avion s’est retrouvé sur le dos et s’est écrasé, ne laissant aucun survivant.

Des erreurs humaines et de mauvaises conditions météo ont donc conduit au crash, ainsi que des défaillances dans l’éclairage de l’aéroport et de mauvaises informations données par les contrôleurs aériens russes.

Une majorité de la population croit en ces conclusions selon les sondages les plus récents, réalisés en 2018 lors du 8e anniversaire de la catastrophe. Mais entre 20 et 25 % des Polonais interrogés pensent que la vérité est ailleurs. Ils accréditent la thèse de l’attentat avancé par la commission Macierewicz.

Parmi eux, Jaroslaw Kaczynski. Le frère jumeau du président défunt, et chef du PiS, Droit et Justice, au pouvoir, est persuadé que la Russie a joué un rôle plus important dans cette catastrophe, et que l’ex-premier ministre Donald Tusk et son parti, la Plate-forme civique, au pouvoir lors de l’accident et jusqu’en octobre 2015, ont été négligents.

Une bombe a-t-elle explosé dans le cockpit ?

« On a accordé trop de confiance au côté russe au cours de l’enquête », estime le journaliste Michal Szuldrzynski dans le quotidien modéré Rzeczpospolita. Les autopsies des victimes ont été réalisées en Russie, et non lors du retour des dépouilles en Pologne.

Surtout, Moscou refuse toujours de rendre à Varsovie l’épave de l’avion ainsi que les boîtes noires. Le Conseil de l’Europe a d’ailleurs demandé à la Russie de les restituer, en octobre 2018, car ses réticences « alimentent en Pologne l’idée que la Russie a quelque chose à cacher. » Sans succès pour l’instant.

Autant d’éléments qui alimentent la version des faits défendue par Jaroslaw Kaczynski et Antoni Macierewicz. Les éléments avancés par l’ex-ministre de la Défense ce 8 avril vont certainement encore plus diviser la Pologne. Entre les partisans de la thèse de l’accident et ceux qui croient en un attentat.

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