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Reportage

Coronavirus au Portugal: la bataille d’avril

Au Portugal, la procession des pommes de pin dans le village de Barroca en 2018.
Au Portugal, la procession des pommes de pin dans le village de Barroca en 2018. RFI/Marie-Line Darcy

Le Portugal tente d’éviter une nouvelle vague de contagion et tente aussi de contenir la population émigrée pour les fêtes Pâques. Cette année, il n'y aura pas de processions, pas de messes et pas de retrouvailles familiales pour cause de coronavirus.

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De notre correspondante au Portugal,

Dans le nord et le centre du Portugal, les traditions de Pâques sont encore vivaces. Sans atteindre l’emphase des défilés de pénitents dans les rues de la voisine Espagne, les habitants des bourgs et des villages continuent à faire vivre les rituels chrétiens.

Le Covid-19 a rayé Pâques de la carte des festivités

Certains empruntent à des traditions païennes, comme cette procession dite du « feu des pommes de pin » dans le village de Barroca , près de Fundão dans la Serra de Estrela. Les bergers ramènent des branches de pins de la montagne de Gardunha qui sont bénies lors d’une messe puis brûlées à l’issue du chemin de croix dans le village de montagne.

Ailleurs, c’est l’étonnante « recommandation des âmes », le vendredi saint. Des femmes vêtues de noir psalmodient de porte en porte, à la croisée des chemins puis devant les chapelles qui jalonnent les villages. Une mélopée a capela où la mort a le premier rôle.

Cette année, le Covid-19 a rayé Pâques de la carte des festivités : pas de processions, pas de messes et pas de retrouvailles familiales. Le bourg de Queirã près de Vouzela (région de Braga au nord-ouest) va vivre des jours silencieux et isolés. « Ma mère chante dans la chorale. Elle participe aux cérémonies. Cette année ce ne sera pas possible. Et moi je ne verrai pas ma mère », regrette Rosa Marques. Rosa vit à Baden près de Zurich en Suisse.

Elle devait partir le 9 avril avec son fils pour rejoindre son mari déjà sur place. « Tout s’est arrêté. Je n’avais plus que ma valise et celle de mon fils à mettre dans la voiture. On avait programmé une étape à Agen pour voir mon autre fils, et arrivés reposés pour Pâques. Mais je ne pars plus ». La voix de Rosa tremble d’émotion à l’évocation des vacances perdues et des retrouvailles impossibles. Elle évoque son père atteint d’un cancer avancé et son mari qui lui a pu arriver le 16 mars, deux jours avant la prolongation de l’état d’urgence. Rosa craint de ne plus jamais les revoir.

Les émigrés sont indésirables… par précaution

Le Portugal redoute une seconde vague de contagion, avec les arrivées d’émigrés qui traditionnellement viennent passer Pâques en famille « sur leur terre ». L’expression est un peu pompeuse mais elle traduit bien l’attachement viscéral des Portugais de la diaspora pour leur lopin de terre, la maison des parents ou des oncles, la leur parfois.  Les appels se sont multipliés ces dernières semaines pour qu’ils ne viennent pas et n’amènent pas avec eux le coronavirus.

La presse locale fourmille d’exemple « d’étrangers » qui ont pu entrer au Portugal en fuyant le durcissement des mesures dans le reste de l’Europe. Ceux-ci adoptent parfois des comportements dangereux. Comme cet homme arrivé de France à la mi-mars, diagnostiqué positif tout comme sa mère, et en fuite après avoir été une première fois contraint au confinement comme le prévoit le décret loi de l’état d’urgence.

Ce cas extrême n’est bien évidemment pas représentatif de l’attitude globale des émigrés. « Nous sommes terriblement déçus. Nous devions partir pour le Portugal. Mais je suis enceinte, pas question de courir le risque. C’est très dur mais nous devons respecter les règles », explique la mort dans l’âme Marina Gonçalinho, qui vit à Heiden, dans le canton Suisse d’Appenzell Rhodes.

Confinement pascal

Les autorités qui misent depuis le 12 mars sur un confinement autogéré et auto régulé, avec des limitations partielles pour les plus de 70 ans et pour les diagnostiqués positifs placés chez eux à plus de 85 %, ont forcé les mesures pour la période du 9 au 13 avril.

Aéroports fermés, frontières espagnoles sous haute surveillance, interdiction de sortir de sa commune. Quelques trente-cinq mille gendarmes et policiers sont mobilisés et pourront imposer la quarantaine si besoin. En lieu et place des célébrations de Pâques, les villes de l’intérieur du Portugal ont prévu des centres d’isolements pour faire face à toute éventualité.

La diaspora portugaise se compose d’environ cinq millions de personnes pour une population totale de 10,3 millions d’habitants. Ces émigrés économiques sont en France, au Luxembourg, au Royaume-Uni où en Suisse, où ils constituent la troisième communauté étrangère. Touchés par les fermetures d’entreprises dans ce pays, ils tentent de rejoindre leur pays d’origine pourtant malmené de ce point de vue. Le Portugal va resserrer les barrages aux neuf postes frontières ouverts avec l’Espagne.

Les amandes amères

Au Portugal on joue la carte de la prévention active, on évoque la bataille d’Avril, pour faire face à un pic d’infection d’ici mai. En Suisse, entre tristesse et résignation prévalent, Rosa se décrit comme une prisonnière. « Si ça dure trop je m’enfuirai », dit-elle .

Rosa, Marina et beaucoup d’autres ne pourront cette année partager les amandes de Pâques en famille. Des fruits secs enrobés offerts en gage de bonheur et de renouveau. Cette année les gourmandises ont un goût amer.

À lire aussil'état du monde face à la pandémie le jeudi 9 avril

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Banc public condamné dans le quartier de l'Alfama à Lisbonne: en raison de la pandémie de coronavirus, le Portugal est en état d'urgence sanitaire. REUTERS/Rafael Marchante

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