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Culture / France / Paris

La Gaîté lyrique, nouvel opéra des arts numériques

Hall du théâtre de la Gaîté lyrique à Paris désormais consacré aux cultures numériques, vu ici lors de l'inauguration le 1er mars 2011.
Hall du théâtre de la Gaîté lyrique à Paris désormais consacré aux cultures numériques, vu ici lors de l'inauguration le 1er mars 2011. AFP/Miguel Medina

Dix ans après l’annonce du projet par le maire de Paris, Bertrand Delanoë, les arts numériques ont enfin un chez soi à Paris. La Gaîté lyrique, longtemps vouée à l’opérette et au théâtre boulevard, se consacre depuis le 2 mars sur 9 500m² aux musiques électroniques, vidéo, théâtre et danse interactifs et aux animations numériques. Après un chantier qui a coûté 85 millions d’euros, le nouveau centre de cultures numériques ambitionne être unique au monde et attend 300 000 visiteurs par an.

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Découvrez la culture skate à la Gaîté lyrique qui présente "Public domaine - Skateboard culture", du samedi 18 juin au dimanche 7 août 2011.

Chambre sonore de la Gaîté lyrique
Chambre sonore de la Gaîté lyrique Ruault

« Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre ouverte, ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée. » Une phrase énigmatique en spirale, diffusée en boucle, rend hommage à la poésie de Charles Baudelaire qui date de la même époque que la Gaîté lyrique. Dans l’air digital, pas besoin d’une scène d’opéra pour cela, il suffit d'une petite chambre sonore truffée de haut-parleurs. Une œuvre du collectif artistique britannique United Visual Artists (UVA) qui nous effraye aussi avec une installation interactive qui capte nos gestes, mouvements et pensées et les crache sur des dizaines de portrait le long d’un mur... « Toutes nos œuvres traitent la question de l’introduction des technologies dans la sphère privé, confie H., le directeur du collectif UVA. Ces installations scannent et scrutent nos habitudes face aux ordinateurs et aux gens. Il y a un sentiment d’oppression et de persécution qui s’installe. »

Un centre en mouvement perpétuel

Jérôme Delormas, directeur général de la Gaîté lyrique explique le projet "L'an prochain 2062"

La nouvelle Gaîté lyrique est un centre en mouvement perpétuel. Une forêt de diodes lumineuses s’allume au rythme de nos mouvements. Les visiteurs peuvent envoyer des SMS qui défilent sur l’écran intégré au plancher du foyer historique. Dans l’auditorium se déroule une pièce de danse interactive de la Cie Rimini Protokoll. DJ Gilles Peterson s’éclate dans la grande salle qui s’étale sur cinq étages et dispose de 46 écrans. Toutes les espaces sont interactives et interconnectés. La Gaîté lyrique version 2.0 accueille 20 résidences d’artistes et se présente dès son ouverture comme un lieu incontournable et unique au monde. « Ce qui est unique au monde, explique le directeur Jérôme Delormas, c’est le fait que ce soit un projet qui aborde le phénomène technologique lié au numérique de façon très transversal et pluridisciplinaire au sein d’un même bâtiment. On a toute la chaîne liée à cette création : de la production -on a des studios de création- à la représentation -on a des salles de spectacles, des salles d’exposition en passant de la documentation-, un centre de ressources. On a aussi un espace de jeux vidéos, c’est aussi un lieu de vie, il y a un café, une boutique. »

Paris réclame une place au soleil


Avec sa façade classée du 19e siècle, la Gaîté lyrique s’inscrit visiblement dans l’histoire et garde à l’époque de l’Internet et des marques globalisées ses deux accents circonflexe et aigu dans son nom. Elle revendique une approche globale de l’univers virtuel et veut faire taire ceux qui dénoncent un retard de la France par rapport à d’autres pays ou des lieux permanents comme le MIT à Cambridge aux Etats-Unis, leOnedotzero à Londres, le ZKM à Karlsruhe en Allemagne, le V2, Institute for the instable media à Rotterdam au Pays-Bas ou aux festivals comme Transmediale à Berlin en Allemagne ou Ars Electronica à Linz en Autriche. Le festival Berlin Next !, programmé à partir du 29 mars, n’est pas un aveu d’un complexe d’infériorité. « C’est un événement pluridisciplinaire. Ce n’est pas qu’une apologie de Berlin, prévient Jérôme Delormas. Cela va montrer le fourmillement créatif qui est à Berlin, c’est aussi une façon de rendre hommage à Berlin comme une des grandes capitales dans les deux, trois dernières décennies comme capitale de cultures liées aux nouvelles musiques et aux cultures numériques. Berlin a été une ville importante et on veut la questionner. C’est pour cela qu’on l’appelle Berlin Next !. Berlin OK, et maintenant… » Sans détour, avec la Gaîté lyrique, Paris réclame une place au soleil dans l’univers mondial des arts numériques.

La petite salle de la Gaîté lyrique
La petite salle de la Gaîté lyrique Vincent Fillon

La Gaîté lyrique, un corps avec des organes interactifs

Manuelle Gautrand, l’architecte de la nouvelle Gaîté lyrique, a conçu des « espaces de respirations »

Pourtant, les 85 millions euros d’investissement ne sautent pas aux yeux. Pratiquement rien n’encombre l’espace sur les huit étages. Même les prises électriques sont cachées au plafond et le réseau ultraperformant en fibre-optique qui offre des possibilités époustouflantes aux artistes ne constitue pas une galerie de glaces. 60 modules, des petites espaces mobiles et rigolos sur roulettes, génèrent une architecture intérieure entièrement flexible, modulable et sans destination précise. « On peut résumer ce lieu en disant que c’est une magnifique boîte à outil, explique l’architecte Manuell Gautrand. L’ensemble du bâtiment est interactif, ce qui permet aux artistes de s’approprier tous les espaces, y compris les espaces de circulations. C’est un corps dans lequel ils peuvent s’installer d’un bout à l’autre, d’une manière interactive. »

Visitez la Gaîté lyrique :

L’architecte a conçu des cages d’escaliers et des fauteuils en orange et rouge vif. Elle avoue adorer les tuyaux colorés du Centre Pompidou qui se trouvent à cinq minutes à pied de la Gaîté et elle déteste l’architecture « froide, inaccessible et élitiste » du réputé Centre Ars Electronica à Linz en Autriche. La Gaîté Lyrique parisienne contre-attaque avec une dimension historique, humaine et sensuelle. « Beaubourg, c’est un bâtiment que j’ai toujours énormément admiré. Pour moi, c’est le plus beau bâtiment de Paris. Je n’ose pas à me comparer à Beaubourg. En même temps, cette question de la flexibilité est peut-être banale, mais en même temps techniquement et architecturalement très difficile à résoudre. »

La place des sponsors

Après l’euphorie de l’inauguration viendra la difficile gestion du budget qui avait mis en grande difficulté l'autre grand projet culturel de la mairie de Paris, le centre culturel Centquatre qui avait avait englouti 110 millions d’euros pour les travaux et affiche un budget annuel de 8 millions d'euros. Pour la Gaîté lyrique, la municipalité prend en charge 5,45 millions d’euros sur un budget annuel de 9,5 millions d’euros. La billetterie, la location des salles et des sponsors sont censés de « compléter » le budget. La Gaîté lyrique doit faire attention à ne pas devenir une vitrine de luxe pour les produits high-tech des sponsors privés.

Plan de coupe en perspective de la Gaîté lyrique numérique
Plan de coupe en perspective de la Gaîté lyrique numérique Manuelle Gautrand Architecture

Les cinq jours de fête gratuite à La Gaîté Lyrique, 3 bis, rue Papin, 75003 Paris, du 2 au 6 mars affichent complet. Les événements à venir : Capitaine Futur (19, 29, 23 mars), Festival Berlin Next ! (29/3-3/4), Super mon amour ! Festival d’épopées musicales (6-9/4). 

L’histoire mouvementée de la Gaîté lyrique
Le foyer historique de la Gaîté lyrique DR

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