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Cinéma

Wim Wenders: Le regard de Pina était le film que je voulais faire

«Pina», film de Wim Wenders, dans les salles le 6 avril 2011.
«Pina», film de Wim Wenders, dans les salles le 6 avril 2011. Les Films du Losange/

Le réalisateur Wim Wenders a choisi la 3D pour rendre hommage à la grande chorégraphe allemande Pina Bausch, disparue en juin 2009. Le film intitulé Pina, tout simplement, est sorti le 6 avril sur les écrans français. Entretien avec Wim Wenders.

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RFI : Bonjour Wim Wenders. Cela devait être un film commun ?

Wim Wenders : Oui. On a rêvé de faire ce film ensemble, Pina et moi, depuis vingt ans. Hélas, ce n’était pas dans nos cartes. Pina est morte le jour où l’on a voulu commencer les premiers tests en 3D. Et le film dont on a rêvé n’a pu se faire. J’ai d’abord annulé le film, parce que c’est un rêve de faire quelque chose avec quelqu’un d’autre, d’une façon si intime. Pina était le sujet du film. Le regard de Pina, c’était le film que je voulais faire. Le regard s’est éteint.

RFI : C’est un film pour faire le deuil ou pour faire vivre Pina Bausch ?

W.W. : Un peu les deux parce que, pour sa compagnie à savoir trente-six danseurs, c’était le choc complet et personne n’a pu dire au revoir à Pina, moi non plus. Ils ont perdu leur tête, ils ont perdu leur chef d’orchestre, ils ont perdu leur raison d’être. C’est un deuil long, mais faire ce travail de deuil c’était bien. En même temps, Pina voulait avec moi trouver un moyen de filmer ses pièces d’une manière valable. Elle avait envie qu’on trouve comment son travail, la danse, puisse se filmer d’une manière que les pièces soient gardées valablement. Alors c’était un travail qui avait toujours à faire, même après sa mort. C’était plutôt un travail d’hommage. Et comme Pina m’avait tellement donné, je ne pourrais pas m’imaginer ma vie sans avoir été introduit au travail de Pina. Je voulais quand même passer ce virus à d’autres gens.

RFI : Vous aviez des habitudes ? Vous aviez des rituels ? Comment était la conversation avec Pina Bausch ?

W.W. : Avec Pina, on était vraiment de bons amis. On n’avait pas peur l’un de l’autre. Avec Pina, contrairement à tout ce que disent tous les autres gens, j’ai surtout rigolé.

RFI : Mais est-ce que cette amitié était liée aussi au fait que vous soyez Allemand tous les deux ou est-ce qu’elle était liée à la situation d’artiste, au rapport aux images, parce que finalement vous êtes cinéaste mais elle créait des images aussi qui étaient proches du cinéma peut-être ?

W.W. : On peut dire cela, oui. Pina a créé des images. Elle a travaillé avec la musique d’une manière très semblable à la mienne. On avait cela en commun, la musique aussi. Mais je crois que c’est surtout qu’on est nés tous les deux, Pina pendant la guerre, moi tout de suite après, dans la même Allemagne. Cette Allemagne d’après-guerre qui nous a forcés, chacun dans son domaine, de recommencer à zéro. Pina, dans son domaine, la danse, a bien compris qu’il fallait complètement réinventer toutes les règles. Et moi, j’ai compris ça dans le cinéma. Indépendamment l’un de l’autre. On a même commencé la même année. L’année 1973, Pina a pris le ballet de la ville de Wuppertal. Cela s’appelait encore à l’époque le ballet et c’est devenu le Tanztheater quelques années plus tard. Cette année-là, j’étais dans la même petite ville de Wuppertal pour faire un film qui allait s’appeler Alice dans les villes. On a commencé dans la même ville, la même année.

RFI : Sans le savoir ?

W.W. : Sans le savoir, oui.

RFI : Vous vous souvenez de la première fois que vous avez vu Pina Bausch, un de ses spectacles ?

W.W. : Je me rappelle de cela comme si c’était hier parce que c’était un des évènements clés de ma vie. Le soir que j’ai vu Café Müller pour la première fois, c’était un choc invraisemblable. Je dois avouer que je n’avais même pas envie d’y aller. C’était à Venise, Pina donnait une rétrospective de plusieurs pièces à la Fenice. Ma copine française, qui connaissait le travail de Pina parce qu’elle l’avait déjà vue au festival de Nancy, était convaincue que je devais le voir, que c’était important. Moi, je n’avais pas envie. Je voulais plutôt me promener à Venise.

RFI : C’est tentant aussi.

W.W. : C’était très tentant. Je suis quand même allé. Je me suis trouvé sur le bord du siège après cinq minutes, je me suis trouvé en sanglots et après 40 minutes, j’étais convaincu que j’avais vu la chose la plus importante de ma vie.

Je l'ai fait pour tous ceux qui n'ont jamais eu le privilège de voir une pièce de Pina.

Ecouter l'interview intégrale avec Wim Wenders, réalisateur de « Pina », dans "Culture vive" sur RFI

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