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Littérature

Le premier roman d’Alexis Jenni couronné par le prix Goncourt

Alexis Jenni, l'auteur de "L'art français de la guerre"
Alexis Jenni, l'auteur de "L'art français de la guerre" C. Hélie / Gallimard

L’heureux lauréat du prestigieux prix de l’Académie Goncourt se nomme Alexis Jenni, 48 ans. Les 640 pages de son premier roman L’Art français de la guerre ont bousculé la rentrée littéraire en France. Emmanuel Carrère, longtemps favori des critiques, obtient le prix Renaudot pour Limonov.

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Je suis très ému.

A midi, les sirènes d’alerte du premier mercredi du mois et à treize heures, l’annonce du prix Goncourt. Voilà deux rituels inébranlables qui, aujourd’hui, ont rythmé la vie en France. Mais, le Goncourt 2011 s’appelle Alexis Jenni. Encore complètement inconnu jusqu’à mi-août, Jenni a charmé les critiques littéraires dans un temps record et entamé les différentes sélections de l’Académie Goncourt en tant que favori. L’Art français de la guerre est une fresque fleuve sur l’héritage français des guerres coloniales. Avec le prix Goncourt sur la couverture de son livre, le destin de ce professeur de biologie dans un lycée lyonnais et père de trois enfants pourrait basculer. Il y a un an, il se considérait encore comme « un écrivain de dimanche » et certains pensaient même qu’il s’agissait du pseudonyme d’un grand écrivain.

 « Je suis modeste »

Né en 1963 à Lyon, cet homme d'origine suisse-allemande soigne une allure détachée et tranquille. Il avait écrit sur son blog : « Je suis modeste, c’est un handicap un peu ridicule, je sais. » Néanmoins, cette carapace pour se protéger des rumeurs dans les dîners en ville, il l’a clairement abandonnée en écrivant durant cinq ans les 640 pages de son premier livre.

Son premier roman, L’Art français de la guerre, est un ouvrage extraordinairement ambitieux. Il nous retrace deux décennies de guerres coloniales, racontées en alternance par un ancien parachutiste dessinateur nommé Victorien Salagnon qui explique le passé et un narrateur qui emploie la première personne et qui évoque le présent. Un projet colossal que Jenni avait envoyé par la poste à un seul éditeur, Gallimard. Jusque-là, ses écrits sont restés dans un tiroir, le seul manuscrit (« une sorte de grand polar mâtiné de science-fiction ») envoyé à d’autres éditeurs a été refusé.

L'Art de la guerre
 

Alexis Jenni, l'auteur de "L'art français de la guerre"
Alexis Jenni, l'auteur de "L'art français de la guerre" C. Hélie / Gallimard

Son œuvre couronnée nous fait entrer en guerre au début 1991, à l’aube de la guerre du Golfe. « La neige recouvrit tout, bloquant les trains, étouffant les sons ». Voilà l’univers esquissé sur la première page de l’ouvrage qui nous confronte à la force de la nature, l’hydre de la technologie et la fragilité de nos sens et sentiments. Puis, L’Art français de la guerre nous promène de la Seconde Guerre mondiale jusqu’à la guerre d’Algérie, avec des phrases fracassantes: « Ce fut un beau massacre que celui que nous perpétrâmes en mai 1945. Les mains barbouillées de sang nous pûmes rejoindre le camp des vainqueurs. Nous en avions la force. » (p. 197)

Et l’Indochine ? « C’est la planète Mars. Ou Neptune, je ne sais pas. Un autre monde qui ne ressemble à rien d’ici : imagine une terre où la terre ferme n’existerait pas. » (p. 288)

Né après la guerre d’Algérie, dans une famille de gauche antimilitaire, Alexis Jenni cherche à comprendre l’exclusion des soldats français dans la société. Il explore d’une manière originale les relations complexes qu’entretiennent les temps de guerre avec la langue française : « Il est des morceaux pourris en notre langue, une part malsaine de mots immobilisés, du sens coagulé. La langue pourrit comme la pomme là où elle a reçu un choc. » (p. 582)

L'anti-Houellebecq

Alexis Jenni, c’est l’anti-Houellebecq : certes, on trouve également dans son récit : du sperme, du sang, de l’irresponsabilité, des images banales à la télé. Avec le Goncourt 2010, il partage aussi cet amour du détail en consacrant tout un chapitre d'une quarantaine de pages à « Une prescription d’antalgiques à la pharmacie de nuit. » Mais Alexis Jenni adore Pascal Quignard (Tous les matins du monde) et il murmure ses phrases là où Houellebecq émet des sons stridents. Un style lent, épais et très efficace et il laisse tranquillement venir notre attention. Dans le livre, Alexis Jenni fait dire à son narrateur : « Ecrire n’est pas mon fort, mais, poussé par la nécessité et le manque de moyens, je m’y efforce alors que je ne voudrais que peindre, montrer du doigt en silence et que cela suffise. Cela ne suffit pas. » (p. 582) On a compris.

- Alexis Jenni, L’Art français de la guerre, éditions Gallimard, 640 pages.

- Le blog d’Alexis Jenni : « Voyages pas très loin »

Comme Limonov est très orgueilleux, il prend cela d’assez loin, d’assez haut.

Le prix Renaudot pour « Limonov » d’Emmanuel Carrère

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