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Cinéma

« L’Ordre et la morale », un film polémique sur la Nouvelle-Calédonie à feu et à sang

"L'ordre et la morale" marque le retour de Mathieu Kassovitz devant et derrière la caméra.
"L'ordre et la morale" marque le retour de Mathieu Kassovitz devant et derrière la caméra. Mathieu Kassovitz/UGC

Le nouveau film de Mathieu Kassovitz crée la polémique. Ce film d'action engagé revient, vingt-trois ans après les faits, sur un épisode quelque peu oublié, voire occulté : l’assaut sanglant de la grotte d’Ouvéa en Nouvelle-Calédonie. L’Ordre et la morale sort ce 16 novembre en France.

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Avril 1988 : 27 gendarmes sont pris en otages, et 4 abattus, par des indépendantistes kanaks sur l'île d'Ouvéa, en Nouvelle-Calédonie. Une équipe du GIGN, le groupe d'intervention de la gendarmerie nationale habitué à opérer dans les cas de prise d'otage, est dépêchée sur place pour tenter une médiation. Car le GIGN est habilité à opérer sur le territoire national et la Nouvelle-Calédonie, située à 22 000 kms de la métropole, est un TOM, un territoire d’Outre-mer.

Le terrain est un peu sensible, puisque les preneurs d'otage se réclament du FLNKS (Front de Libération Nationale Kanak Socialiste), un groupe indépendantiste considéré comme terroriste par le gouvernement français de l'époque. Ils veulent protester contre la loi Pons, du nom du ministre des DOM-TOM, une loi qui, selon ce groupe de kanaks, redécoupe le territoire et les affaiblirait, en niant leur droit coutumier. Le GIGN découvre une fois sur place que l'armée de terre est déjà présente, une première sur un territoire français depuis la guerre d'Algérie.

Une période sensible
 

L'assaut sanglant de la gendarmerie de Fayaoué et la prise d'otage ont en effet lieu à quelques jours du premier tour de l'élection présidentielle française qui oppose le président socialiste François Mitterrand à son premier ministre de cohabitation de droite Jacques Chirac.

A l'arrivée du GIGN, un premier groupe d'otages est libéré, grâce à une négociation pacifique, mais un deuxième groupe est toujours détenu dans une grotte près du village de Gossanah. A trois jours du second tour de l'élection présidentielle, le 5 mai 1988, l’armée donne l’assaut sur ordre signé du président de la République. Assaut sanglant qui se soldera par la mort de deux militaires et 19 Kanaks.

Un film engagé

Mathieu Kassovitz, qui porte ce projet depuis dix ans, dit s'être appuyé sur le rapport de la Ligue des droits de l'homme. Un rapport qui établit que cinq au moins des Kanaks mort ont été exécutés après l'assaut.

Son film L’Ordre et la morale suit un point de vue néanmoins : celui du capitaine Philippe Legorjus, le capitaine du GIGN qui tenta une médiation après avoir, lui aussi, été retenu quelques heures en otage dans la grotte. Mathieu Kassovitz tient d’ailleurs dans son film le rôle du capitaine Legorjus, dont les tentatives de médiations se heurtent aux décisions politiques. 

Mathieu Kassovitz montre que les hommes politiques, de droite Bernard Pons et de gauche le président Mitterrand, ont donné l'ordre de l'assaut alors que des négociations étaient encore possibles. Et ce, pour des raisons politiques, compte-tenu de l’élection présidentielle, aucun des candidats politiques ne voulant passer pour un faible, voire, avec comme arrière-pensée, l’hypothèse d’un bain de sang qui ruinerait la crédibilité de l’adversaire.

Parole contre parole

L’ancien ministre des DOM-TOM Bernard Pons se dit indigné par ce film qu’il reconnaît pourtant n’avoir pas vu. Il accuse Mathieu Kassovitz d’avoir réalisé un film partisan, du point de vue des Kanaks ultras, risquant de mettre le feu aux poudres en Nouvelle-Calédonie. Idem pour le général Vidal, qui commandait les opérations sur place, et récuse la représentation de l’assaut.

Philippe Legorjus, le capitaine du GIGN chargé des négociations à Ouvéa, et qui vient de publier le livre Ouvéa, la République et la morale accuse, lui, l'ancien ministre et le haut militaire en retraite, de mentir avec aplomb. « Messieurs Pons et Vidal sont dans des logiques de raisons d’Etat, assène-t-il. Ils devraient faire ce que l’on fait dans n’importe quelle armée du monde ou cercle politique vingt ans après, c’est reconnaître ses erreurs et aider par cette attitude responsable à la réconciliation ».

Philippe Legorjus, dont pourtant d’anciens camarades d’arme du GIGN contestent la version des faits. Mais de son côté, l'ancien premier ministre socialiste Michel Rocard, qui entama des négociations de conciliation après la réélection de François Mitterrand aboutissant aux accords de Matignon et à l'organisation prochaine d'un référendum d'autodétermination, Michel Rocard estime le film plutôt conforme à la vérité.

Projection et réconciliation

Sans travail de mémoire, la réconciliation n’est pas possible, soutient Mathieu Kassovitz. Encore faut-il pouvoir projeter le film aussi aux principaux intéressés. L’unique exploitant de l'île a renoncé à le projeter dans son multiplexe après pourtant s'y être engagé auprès du producteur du film. Christophe Rossignon se demande pourquoi : « Qui a causé dans l’oreille de ce monsieur pour le faire changer d’avis et lui demandé de ne pas exploiter le film ? On a trouvé une solution, et le film sortira en décembre, et non pas avec une seule copie à Nouméa, mais avec trois ou quatre qui vont circuler. La tentative de censure de Monsieur Hickson [Douglas Hickson, propriétaire du seul cinéma de Nouméa], manipulé par je-ne-sais-qui n’aura servi à rien ».

Avril 1988, Île d'Ouvéa, Nouvelle-Calédonie.
Avril 1988, Île d'Ouvéa, Nouvelle-Calédonie. Mathieu Kassovitz/UGC

En attendant, ce film polémique sort ce mercredi dans 305 salles en France. 


Philippe Legorjus : Ouvéa, la République et la morale, 210 p., Editions Plon, novembre 2011.

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