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France / Justice / Santé

Mediator : Jacques Servier, un homme et une entreprise devant le tribunal de Nanterre

Jacques Servier, le dirigeant des laboratoires qui ont fabriqué le Mediator, à Nanterre,  le 14 mai 2012.
Jacques Servier, le dirigeant des laboratoires qui ont fabriqué le Mediator, à Nanterre, le 14 mai 2012. REUTERS/Charles Platiau

L’affaire Mediator, un des plus grands scandales sanitaires français, est de retour devant la justice. Le premier procès pénal reprend ce mardi 21 mai 2013 au tribunal correctionnel de Nanterre, après avoir tourné court il y a un an pour des raisons de procédure. Les laboratoires Servier, qui fabriquaient ce médicament sont visés par trois citations directes pour tromperie aggravée.

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Le Mediator serait responsable de la mort d’au moins 1 300 personnes en France mais aussi de plusieurs milliers d’hospitalisations en raison d’effets secondaires graves sur le cœur et, plus rarement, sur les poumons. En France, cinq millions de personnes ont pris ce médicament. Destiné aux diabétiques en surpoids, il a été largement prescrit comme coupe-faim. Le Mediator a été vendu dans le pays pendant plus de trente ans, de 1976 à 2009.

Tromperie

Pendant toute cette période, Jean-Charles Theillac a pris des comprimés, quelques mois par an au début, puis de façon continue. En 2005, les médecins diagnostiquent une atteinte des valves cardiaques. Deux ans plus tard, la situation s’est aggravée, au point qu’il doit subir une opération à cœur ouvert ; deux valves cardiaques sont remplacées par des valves mécaniques. Depuis, la vie de cet homme de 67 ans n’a plus la même saveur. « Cela a changé ma vie, parce qu’il y a des choses que je ne peux plus faire, notamment marcher normalement ; je suis obligé d’observer des pauses. Tout effort m’est pénible, j’adorais bricoler, jardiner, tout cela est terminé » regrette-t-il. Il attend du procès que les laboratoires Servier soient « reconnus responsables d’avoir empoisonné des gens ».

Sur le banc des prévenus au tribunal correctionnel de Nanterre, on trouvera Jacques Servier, le président-fondateur de l’entreprise, âgé de 91 ans. Sont également visés : le laboratoire éponyme et des responsables du groupe. Ils devront répondre du délit de tromperie aggravée. « La tromperie est la traduction juridique du mensonge, et elle est dite aggravée parce qu’elle a une conséquence sur la santé humaine », précise Me Charles Joseph-Oudin, qui défend une centaine de victimes au procès de Nanterre. Selon l’avocat, « dès la fin des années 1990, les laboratoires Servier ont connaissance de la dangerosité du Mediator et ils l’ont délibérément cachée aux consommateurs et aux médecins prescripteurs ».

Pour le Docteur Irène Frachon, pneumologue à l’hôpital de Brest et qui a lancé l’alerte sur le Mediator, la tromperie ne fait aucun doute : « En 1997, un coupe-faim des laboratoires Servier est interdit parce qu’il est jugé dangereux. L’entreprise laisse sur le marché le Mediator, présenté comme un antidiabétique mais qui est en réalité en tous points semblable à l’Isoméride, notamment dans son potentiel de toxicité. De 1999 à 2009, les alertes et les inquiétudes au sujet du Mediator ne vont jamais cesser, et pendant toute cette période, les laboratoires Servier expliqueront que le Mediator ne présente aucun danger et en particulier qu’il n’y aucune ressemblance entre les 2 médicaments », s’insurge Irène Frachon.

Complexité

Les laboratoires Servier de leur côté rejettent l’accusation de tromperie par la voix de leur conseil, Me Hervé Témime : « Ils considèrent que c’est une histoire d’une grande complexité que la vie d’un médicament pendant plus de 33 ans, et qu’il n’y a pas de mensonge, de sous-estimation de ce danger. Et ils essaient eux-mêmes de comprendre pourquoi, comment, cela a pu être rendu possible », indique l’avocat.

Le procès devrait permettre de clarifier les choses, du moins s’il se tient effectivement. Un report n’est en effet pas exclu, car la défense devrait à nouveau soulever des questions de procédure, s’appuyant sur le fait qu’une instruction est menée en parallèle au pôle santé du parquet de Paris.

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