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France / Urbanisme

France: mal aimée des Parisiens, la tour Montparnasse fête ses quarante ans

L'aspect monolithique de la tour Montparnasse tranche avec l'élégance de son aînée la tour Eiffel (en arrière-plan).
L'aspect monolithique de la tour Montparnasse tranche avec l'élégance de son aînée la tour Eiffel (en arrière-plan). AFP PHOTO LOIC VENANCE

Décriée avant même d’être construite, la tour Montparnasse, qui fête son 40e anniversaire ce jeudi, compte toujours de nombreux détracteurs. En plus de jurer dans le décor, ce gratte-ciel érigé dans le XVe arrondissement de Paris contient toujours de l’amiante, un danger permanent pour les milliers de personnes qui y travaillent.

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La plaisanterie est connue : « La plus belle vue de Paris, c’est au sommet de la tour Montparnasse, car c’est le seul endroit où on ne la voit pas. » Cette pique, maintes fois entendue (1), traduit un sentiment qui a la vie dure : les amoureux de Paris n’aiment pas la tour Montparnasse, ce sombre et imposant monolithe qui abîme son ciel et gâche son horizon. Symbole d’une France des années 1960, éprise de modernité mais manquant d’imagination, ou de références, la tour a ligué contre elle une foule détracteurs avant même de sortir de terre.

Erreur fatale

Avant même sa contruction, la tour comptait de nombreux détracteurs (photo prise en novembre 1972).
Avant même sa contruction, la tour comptait de nombreux détracteurs (photo prise en novembre 1972). (Photo : AFP)

Dès 1958, quand émerge l’idée de l’érection d’un gratte-ciel, en parallèle à la reconstruction de la gare Montparnasse, des voix s’élèvent contre le projet. Le chantier, gigantesque car la tour va se construire sur l’emplacement même de l’ancienne gare, ne débute qu’onze ans plus tard, après bien des polémiques et des atermoiements. Inaugurée le 18 juin 1973, elle est alors la plus haute tour d’Europe occidentale (210 m de hauteur pour 58 étages) mais elle n’a toujours pas convaincu, loin s’en faut.

Toute seule au beau milieu d’immeubles d’un autre temps, elle jure dans la perspective d’ensemble et n’affiche aucune originalité architecturale. Pire, sa silhouette fait de l’ombre à tout un quartier qui se plaint d’avoir perdu son identité, même si, grâce à elle et à la nouvelle gare, des pâtés de maison entiers, devenus vétustes et insalubres, ont été rasés. « Une verticale qui se voit de partout, c’est une erreur fatale » confiait en juin dernier au Monde Jean-Marc Blanchecotte, chef du service territorial de l’architecture et du patrimoine de Paris. « Elle serait mieux passée, ajoutait-il, si elle avait été un bâtiment d'intérêt public et non pas une tour de bureaux. »

Paradoxalement, celle qui s’appelait autrefois la tour Maine-Montparnasse (car située avenue du Maine) et où travaillent pas moins de 5 000 personnes, attire des foules de touristes. Entièrement rénové en 2005, le 56e étage et sa vue panoramique sur la capitale est même l’un des dix monuments les plus fréquentés de Paris : 1,2 million de visiteurs en 2012, dont 80 % venus de l’étranger. Cette franche réussite est néanmoins ternie par une menace persistante : l’amiante, cet isolant efficace mais hautement cancérogène, dont l’édifice est truffé.

Le poison de l’amiante

Même par beau temps, la tour fait de l'ombre à tout le quartier.
Même par beau temps, la tour fait de l'ombre à tout le quartier. Flickr/georgemoga

Dénoncée dès 1995, la présence d’amiante continue d’empoisonner, dans tous les sens du terme, l’atmosphère de la tour. Des travaux de désamiantage en plusieurs tranches ont été entrepris à partir de 2003, mais le problème subsiste. Au mois de juin dernier, Amundi, filiale du Crédit Agricole et de la Société Générale, a déménagé ses 300 salariés vers un site délocalisé. Fin août, ceux-ci n’ont cependant pas réintégré les locaux car les poussières d’amiante présentaient des dépassements important du seuil réglementaire sur les cinq étages occupés par la société.

Une expertise est en cours pour déterminer les risques. Les personnes travaillant sur le site ont néanmoins la désagréable sensation que l’ensemble immobilier qui gère la tour fait tout pour minimiser les dangers. Un moment envisagée, notamment par le maire actuel de Paris Bertrand Delanoë (PS) et par le député UMP de Paris Bernard Debré, l’idée d’une destruction pure et simple de la tour a été abandonnée, à la fois pour des questions de nuisance et de coût. Au contraire, la mairie de Paris encourage désormais la construction de tours de très grande hauteur. Mais les projets à l’étude sont tous envisagés dans la périphérie intérieure de la capitale. Pas en son plein milieu.

(1) L’allusion reprendrait en fait une citation attribuée au romancier Tristan Bernard qui l’aurait prononcée à propos de la tour Eiffel dans les années 1900, ndlr.
 

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