Accéder au contenu principal
27e Fipa

Mahamat Saleh Haroun: à la télévision, «je me suis découvert comme auteur de comédie»

Mahamat Saleh Haroun, réalisateur tchadien et membre du jury au 27e Fipa à Biarritz.
Mahamat Saleh Haroun, réalisateur tchadien et membre du jury au 27e Fipa à Biarritz. Siegfried Forster / RFI

Il fait partie des 18 membres du jury qui décerneront ce samedi soir les Fipa d’or au Festival international de programmes audiovisuels, à Biarritz. Le réalisateur tchadien Mahamat Saleh Haroun nous parle de sa relation avec la télévision qui lui a fait découvrir son talent en tant qu’auteur de comédie et de l’absence de réalisateurs africains au Fipa.

Publicité

Quand avez-vous pour la dernière fois regardé, et aimé, un film, à la télévision, qui a été produit pour la télévision ?

Je pense que le dernier était L’Image manquante de Rithy Panh. Un film avec un parcours exceptionnel que peu d'amateurs de téléfilms connaissent, mais qui est tellement bien fait et d’une telle qualité, qu’il a été présenté à un festival comme Cannes dans la sélection Un certain regard. Et aujourd’hui, le film est même dans la shortlist des Oscars [dans la catégorie Meilleur film étranger, ndlr]. Mais, à la base, c’est un film pour la télévision.

Vous avez réalisé sept courts métrages et six longs métrages dont Un homme qui crie et Grigris, primé et sélectionné au Festival de Cannes. Quelle est votre relation avec la télévision ?

J’ai travaillé pour la télévision. J’ai réalisé une fiction pour Arte en 2007 : Sexe, gombo et beurre salé. Une comédie que j’ai tournée à Bordeaux, parce que j’ai vécu dans cette ville pendant des longues années. Ce film a été diffusé avec beaucoup de succès. A cette occasion, je me suis découvert, aussi, comme auteur de comédie.

Vous avez souvent dénoncé le manque d’exigence dans le cinéma africain. Ici, au Fipa, il y a trois films qui évoquent l’Afrique, tous tournés par des réalisateurs non-africains. Il n’y a aucun réalisateur africain présent à Biarritz. Est-ce que l’on est confronté au même mal qui touche le cinéma ?

Oui, dès lors qu’on est dans un territoire en Afrique où les moyens mis par les Etats ou les sociétés de productions aux auteurs pour fabriquer des films n’existent pas. Fatalement, la quantité est amoindrie. Moins vous produisez, plus c’est difficile de trouver de la qualité. Comme l’Afrique ne produit pas beaucoup, il est difficile d’avoir des choses bien faites. Il faut peut-être produire cent films pour en avoir trois ou quatre de bonne qualité. Prenez l’exemple du cinéma français. Il suffit d’avoir un film qui joue le rôle de locomotive pour que toute la fréquentation du cinéma national soit complètement chamboulée. Le problème du cinéma africain et de la production télévisuelle en Afrique est structurel. Et tant qu’on refuse de penser cette question-là, on sera toujours sous-représenté.

Ce qui reste étonnant, c’est qu’il n’y a pas, non plus, de réalisateurs africains qui produisent pour une chaîne européenne ou américaine qui a de l’argent.

Non, il n’y en a pas. Peut-être parce que l’on n’est pas suffisamment établi dans ces zones-là. Mais je pense que cela viendra, parce qu’avec le numérique, cet outil de démocratisation de l’acte de filmer, je crois qu’il y a une lueur d’espoir. La question est maintenant : comment inventer sa propre économie dans cette ère complètement en déshérence pour le cinéma, pour pouvoir produire des films. Ce sont les auteurs qui doivent réfléchir à cette question. Quelle économie inventer pour produire des films de qualité et être représenté au niveau international, comme ici, au Fipa ? Souvent, on se contente de dire qu’il n’y a pas de films africains à Cannes. Mais, malheureusement, ici, au Fipa, il n’y a pas non plus de productions africaines.

A Ndjamena (...) le mouvement est lancé. J’espère qu’avec la création prochaine de l’école de cinéma à Ndjamena on pourra devenir vraiment un lieu de réflexion, mais aussi d’impulsion de quelque chose pour le cinéma en Afrique.

Après le succès de votre film Un homme qui crie, le gouvernement tchadien avait décidé de taxer la téléphonie mobile pour financer le cinéma. Est-ce une mesure qui est aussi bénéfique pour la télévision tchadienne ?

La télévision au Tchad se porte bien, parce qu’elle a les moyens aujourd’hui. Elle a un budget, un siège qui est en construction et qui sera prêt d’ici un an, un immeuble de onze étages. Elle produit maintenant ses propres programmes, elle achète les films des jeunes réalisateurs qui produisent leurs films comme ça à Ndjamena. Il y a toute une politique mise en place qui permet l’émergence sur le plan local de quelques réalisateurs tchadiens. Donc le mouvement est lancé. J’espère qu’avec la création prochaine de l’école de cinéma à Ndjamena on pourra devenir vraiment un lieu de réflexion, mais aussi d’impulsion de quelque chose pour le cinéma en Afrique.

Vous avez été membre du jury à Cannes, aujourd’hui vous l’êtes à Biarritz. Y a-t-il, au Fipa, d’autres critères pour juger de la qualité d’un film que ceux qui prévalent à Cannes ?

Cela n’a rien à voir. Cannes est quand même la crème de ce qui se fait en matière du cinéma. Donc, il n’y a aucun rapport avec le Fipa, qui est un festival beaucoup plus modeste et qui met en avant les programmes audiovisuels. Moi, je suis le président de la section documentaire et les questions ici sont : qu’est-ce qu’est un documentaire ? Quelle est la différence entre un grand reportage et un documentaire ? Donc, c’est d’abord le statut des films. Et à un moment donné, on voit que les uns ne sont pas aussi documentaires que les autres, etc. Alors qu’à Cannes, la question ne se pose pas comme ça. On a juste des films qu’on doit juger sur le même pied d’égalité. 

→ A LIRE AUSSI :
- La télé du futur au FIPA: de la «webisode» au grand spectacle interactif

- Le prix Goncourt Pierre Lemaitre: «J’ai une relation compliquée avec la télévision»
- Didier Decoin, président du FIPA: «Je crois terriblement à l’interactivité»
- Le 27e FIPA ouvre ses portes à Biarritz
_________________________________
FIPA, du 21-26 janvier 2014 à Biarritz.

NewsletterAvec la Newsletter Quotidienne, retrouvez les infos à la une directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.