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France

Cour d’appel de Paris: les surirradiés d’Epinal face à leurs médecins

Des victimes d'Epinal arrivent à la Cour d'appel de Paris, le 12 novembre.
Des victimes d'Epinal arrivent à la Cour d'appel de Paris, le 12 novembre. AFP PHOTO / THOMAS SAMSON

L'affaire des surirradiés d'Epinal est le plus grave accident de radiothérapie recensé en France. Les deux anciens médecins de l'hôpital ainsi que le radiophysicien sont jugés en appel mercredi 12 novembre à Paris. Entre 2001 et 2006, près de 450 patients de l'établissement traités pour des cancers ont été victimes de surdoses de radiation. La justice a démontré qu'au début des années 2000, les dysfonctionnements se sont multipliés à l'hôpital d'Epinal.

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A l'époque, 450 patients étaient traités à l'hôpital Jean Monnet d'Epinal pour des cancers de la prostate et tous ont reçu des surdoses parfois massives de radiation. Des surdoses dépassant de 20 à 30 % les prescriptions médicales causant de graves conséquences. Douze patients en sont morts.

Les survivants souffrent de lourdes séquelles des systèmes digestifs et urinaires, car il n'est pas possible de soigner les lésions infligées par les radiations aux intestins et à la vessie. Plusieurs dizaines de surrarridiés, ceux qui en ont encore la force, ont fait le voyage d'Epinal jusqu'à Paris, et ils espèrent que ce procès sera le dernier car ils sont tous très éprouvés par leurs séquelles. « J’avais un radiophysiothérapeute qui ne parlait pas. C’était une porte, regrette Jean-Robert Villaumé irradié à plus de 10 %. Au moins, qu’ils nous disent qu’ils se sont trompés, qu’ils s’excusent. »

5 000 patients concernés

Différents éléments peuvent expliquer une telle tragédie. La justice a relevé pas moins d'une dizaine de dysfonctionnements à l'hôpital d'Epinal. Les radiothérapeutes ne maîtrisaient pas le matériel. Exemple le plus flagrant : faute d'argent, l'établissement hospitalier n'avait pas acquis un logiciel informatique qui aurait pu permettre d'éviter les erreurs de paramétrage. Ainsi, une erreur de calcul systématique a provoqué la diffusion d’une surdose de rayons, entre 3 % et 7 %, chez près de 5 000 patients au total.

En première instance, le tribunal avait prononcé quatre relaxes. Parmi elles, l'ex-directrice de l'établissement et celle de l'hôpital, personne morale qui était poursuivie pour non-assistance à personne en danger. Les trois condamnés, eux, ont fait appel : Jean-François Sztermer et Michel Aubertel, les deux médecins radiothérapeutes et Joshua Anah, le radiophysicien. Ils ont écopé de 18 mois de prison ferme chacun pour homicide involontaire ainsi que d'une interdiction d'exercer.

Ces sanctions vont au-delà des réquisitions du parquet. Tous trois ont donc choisi de faire appel. Leurs avocats l'affirment : rarement la justice a été aussi dure avec des médecins. L'enjeu du procès est donc de leur éviter la prison. « Le docteur Sztermer qui est un médecin de grande qualité, profondément humain a veillé comme il l’a pu à l’accomplissement de sa tâche, affirme Hervé Thémime, l’avocat du docteur Sztermer. Sa place n’est absolument pas en prison. Il ne s’agit pas de s’opposer aux parties civiles mais de demander à la cour de dire la vérité et le droit. »

Des audiences retransmises en direct 

La réponse doit être pénale, plaide Gérard Welter, l'avocat des victimes. A ses yeux, les prévenus ont bien commis des fautes et pas de simples erreurs. « Tout le monde peut se tromper. En l’espèce ce sont des fautes graves, pénales avec des conséquences dramatiques, affirme-t-il. Les radiothérapeutes et le radiophysicien ont été condamnés par le Tribunal correctionnel. Ils ont fait appel, c’est leur droit. Nous souhaitons que la cour confirme cette culpabilité. »

Les prévenus espèrent donc aujourd'hui une plus grande écoute du tribunal. Face à eux, les 212 membres de l'association des victimes de la tragédie d'Epinal se disent prêts au combat. En effet, en première instance les victimes avaient dénoncé une compassion de façade de la part des prévenus. Les trois inculpés n'avaient fait preuve que de peu de remords, allant jusqu'à plaider qu'ils passaient leurs journées à sauver des vies.

Les audiences sont retransmises en direct et en totalité dans une salle du tribunal d'Epinal pour les centaines de victimes trop affaiblies pour se déplacer jusqu'à la Cour d'appel de paris.


Cette tragédie a-t-elle changé la donne dans les hôpitaux ?

Des leçons ont été tirées de ce drame. Les matériels des services de radiothérapie des 180 centres en France ont été vérifiés et reparamétrés. Le nombre de physiciens médicaux a doublé. Ils sont désormais près de 500 en France. Enfin, un comité national de suivi des mesures pour la radiothérapie a été créé. Tout événement lié au matériel de radiothérapie doit désormais être signalé et depuis trois ans un site permet même de le faire en ligne.

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