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France/Sécurité

Lutte antiterroriste: «la puissance repose sur la collaboration»

Alain Zabulon est le coordonateur des services de renseignements français.
Alain Zabulon est le coordonateur des services de renseignements français. AFP PHOTO THOMAS SAMSON

La fonction de coordonnateur des services de renseignements est une fonction qui est apparue dans bon nombre de pays à la suite des attentats du 11 septembre 2001. C’est en effet, une absence de dialogue entre la CIA et le FBI, les deux grandes agences de sécurité américaines qui a permis aux terroristes de mener à bien leurs attaques. Pour tirer les leçons de ce dysfonctionnement, la fonction de coordonnateur des services de renseignement a été créée en France. Elle est occupée actuellement par le préfet Alain Zabulon, un homme qui s’exprime peu en public et qu’a rencontré RFI.

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RFI : Il est coutume aujourd’hui de parler du monde du renseignement tant il est vrai que ce monde a plusieurs facettes : le renseignement militaire, le renseignement financier, la lutte contre le terrorisme… Est-ce que cette expression du monde du renseignement a une véritable existence concrète ?

Alain Zabulon : Il a une existence concrète à travers ce que nous appelons une communauté du renseignement. Elle est composée de six services qui interviennent dans les champs que vous venez d’indiquer et qui travaillent ensemble avec pour mission commune, avec comme fil conducteur, la protection de nos concitoyens, la défense de nos intérêts fondamentaux dans un monde qui est plus que jamais instable, imprévisible et soumis aux crises. La France est engagée dans des conflits en Irak, au Mali, en République centrafricaine. A l’appui de cette politique dans laquelle la France est fortement présente, les services de renseignement sont mobilisés pour apporter au pouvoir politique les informations qui sont nécessaires.

Votre fonction est aussi de vous assurer que les informations sont échangées entre les services, que ces derniers travaillent véritablement ensemble. C’est ce qui a fait un peu défaut dans la période pré-11-Septembre aux Etats-Unis. Cette coordination fonctionne-t-elle vraiment bien aujourd’hui ?

Il y a un monde qui a définitivement vécu, c’est le monde où des services travaillent de manière isolée, non coordonnée, en tuyaux d’orgue. Aujourd’hui, la puissance des services repose avant tout sur la coopération et sur l’échange d’informations. Nous sommes dans un monde où le pouvoir n’est pas en soi de détenir l’information, mais de savoir la partager avec le bon interlocuteur et au bon moment. Et ça les services de renseignement l’ont bien compris. C’est particulièrement vrai dans la lutte antiterroriste où tous les services sont mobilisés, mais ils ne peuvent être efficacement mobilisés que s’ils coopèrent, s’ils échangent les informations entre eux et s’ils partagent les moyens. C’est ce qui fonde aujourd’hui la communauté du renseignement.

On vit aujourd’hui, disiez-vous, dans un monde très évolutif. Quelles sont les principales menaces qui pèsent sur la France ?

Aujourd’hui, il ne nous a pas échappé que nous avons des ressortissants français qui sont engagés dans un conflit à l’étranger particulièrement meurtrier en Syrie, et pour certains d’entre eux, les plus radicalisés, les plus déterminés, sur le territoire national. Ils sont susceptibles de représenter une menace pour la sécurité de nos concitoyens. Je rappelle que la Belgique, pays voisin et ami, a été frappée au mois de mai, avec l’attentat contre le musée juif de Bruxelles. Donc les services sont entièrement mobilisés pour parer cette menace, qui est aujourd’hui une des plus fortes.

Aujourd’hui, la France est-elle prémunie contre un 11-Septembre à la française ?

On ne peut jamais garantir une protection absolue. En tout cas, il y a une forte mobilisation des moyens. Les services sont totalement engagés dans la lutte contre ces nouvelles formes de menaces que nous ne connaissions pas il y a 20 ou 25 ans. Les moyens sont importants, y compris dans le contexte de contrainte budgétaire. Les services ont vu leurs moyens renforcés pour pouvoir être plus efficaces dans cette lutte antiterroriste. Je n’aurais donc pas cette prétention de garantir contre le risque zéro. Il y a en tout cas une forte mobilisation pour éviter que nous ayons à connaître un drame.

Il y a la menace terroriste comme priorité des services que vous coordonnez. Mais y a-t-il d’autres menaces ?

Oui, nous sommes dans le grand bain de la mondialisation où la compétition est effrénée. Sur le plan politique, nous pouvons avoir des pays avec lesquels nous sommes amis ou alliés, mais dans le monde économique, nous sommes tous concurrents les uns vis-à-vis des autres. Et donc, les services de renseignement sensibilisent les industriels, les responsables économiques, sur la nécessité de mieux protéger l’information. Ceci pour éviter de subir des ingérences, des captations ou des actions d’espionnage qui seraient préjudiciables à ce que j’appelle notre patrimoine technologique, économique et scientifique. Nous devons le protéger, non pas dans une logique de protectionnisme, mais simplement de protection afin de veiller à ce que nos moyens et nos connaissances ne soient pas captés par des moyens illégaux.

Le monde du renseignement est par nature assez obscur. Le travail se fait dans l’ombre, ce qui suscite certains doutes, certaines suspicions. Y a-t-il des règles néanmoins qui prévalent à ce travail ?

Bien sûr, les services de renseignement agissent dans un cadre légal. C’est important de le dire. Sur le territoire national par exemple, nous avons une loi qui est celle du 10 juillet 1991, qui fixe des règles extrêmement strictes et contraignantes sur l’atteinte au secret des correspondances. Le principe est celui de la protection de la vie privée. Lorsqu'on doit porter atteinte au secret des correspondances, pour savoir ce qu’un individu est en train de préparer par exemple, il ne peut être porté atteinte au secret de sa correspondance que selon des règles tout à fait claires. Entre liberté et sécurité, nous choisissons les deux.

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