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France

Avec Lepaon sur la sellette, la CGT est en pleine crise d'identité

Le secrétaire général de la CGT Thierry Lepaon, le 16 octobre 2014 à Paris.
Le secrétaire général de la CGT Thierry Lepaon, le 16 octobre 2014 à Paris. AFP PHOTO / THOMAS SAMSON

Partira ? Partira pas ? A la Confédération générale des travailleurs (CGT) se posera cette semaine encore la question du maintien, ou non, de Thierry Lepaon à la tête de la centrale jusqu'à la fin de son mandat au printemps 2016. La commission exécutive se réunit ce mardi 9 décembre au siège de Montreuil, près de Paris, pour en débattre. Mais ces affaires révèlent surtout une crise profonde au sein même de la CGT.

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Officiellement, personne n'a demandé la démission de Thierry Lepaon, mais les affaires ont entamé la crédibilité du secrétaire général de la CGT. A la rénovation de son appartement, de son bureau, pour un total de 170 000 euros, une goutte d'eau s'est ajoutée la semaine dernière : 31 000 euros d'indemnités de départ perçues par Thierry Lepaon lorsqu'il a quitté la CGT Normandie, en région, pour la direction centrale à Paris. Pour Francis Rodrigues, militant CGT depuis 40 ans, c'est la crédibilité même de la centrale qui est entamée.

« Selon moi, dit-il, il faut un changement de secrétaire général, parce qu'il est discrédité de toute façon. L'affaire de l'appartement, l'affaire du bureau, de l'argent... il est discrédité parce qu'il aura toujours ce boulet qui va traîner. Il représente quand même la première organisation syndicale de France, et en cela il se doit d'être exemplaire. Or, il ne l'a pas été. Il faut qu'on règle ce problème ! Dans une organisation syndicale, on ne peut pas avoir un discrédit comme cela. Syndicalement, on doit être exemplaire et avoir une éthique. »

L'affaire révèle une crise profonde d'identité

La CGT est fragilisée. Les affaires qui touchent Thierry Lepaon ont révélé une crise bien plus profonde au sein même du syndicat. Presque une crise de vocation. La CGT, syndicat structuré clairement identifié, solide pendant des décennies, s'est perdue depuis le départ de son ancien numéro 1 Bernard Thibault, comme l'explique Bernard Vivier, directeur de l'Institut supérieur du travail.

« Pendant 14 ans, Bernard Thibault a su tenir une CGT qui était à la fois contestataire mais aussi un peu, et de plus en plus, négociatrice, analyse-t-il. Aujourd'hui, la CGT doit faire un choix : soit elle reste dans un syndicalisme de lutte, de conflit, soit elle évolue comme dans les autres pays européens qui ont vu leur syndicalisme se positionner vers un syndicalisme de négociation, d'accord, de compromis durable. Les deux ne sont pas durablement compatibles. Et la CGT a un choix à faire, choix qu'avait fait en son temps, il y a 30 ans, la CFDT, pour aller des rivages de l'autogestion, du syndicalisme de rupture radicale avec le syndicalisme, à un syndicalisme de négociations, ce qu'il est aujourd'hui. »

Quelle orientation pour la Confédération ? La question divise à tous les étages de la maison CGT, des instances dirigeantes aux militants de la base, qui ont de plus en plus l'impression de ne pas être entendus.

Une fracture et une confusion que dénonce Philippe Poutou, militant du parti d'extrême gauche Nouveau parti anticapitaliste (NPA), délégué CGT de Gironde : « Ça fait très longtemps que beaucoup de militants à la base se posent des questions sur leur propre syndicat, leur propre direction, parce que ce n'est pas qu'une question de bureau de moquette, de rupture conventionnelle, c'est une question d'une politique : c'est quoi, la politique aujourd'hui de la CGT ? La CGT ne s'affronte pas au gouvernement ; la CGT est un peu trop conciliante avec les patrons. Il y a un positionnement de la direction de la CGT qui n'est pas clair du tout, alors qu'on aurait envie d'une organisation qui soit offensive, radicale, qui dise : "On va se battre ! On y va !" Et on n’a pas ça. Depuis l'arrivée de la gauche au pouvoir, les louvoiements de la CGT son chaque jour plus évidents. »

Qui pour succéder à Thierry Lepaon en cas de départ ?

Cette absence de ligne claire et franche nuit à la centrale, y compris sur le plan électoral. La Confédération est en perte de vitesse dans les entreprises constituant traditionnellement ses bastions : La Poste, EDF, la SCNF. Pour enrayer cet effritement, la CGT doit donc se choisir une ligne claire, et une personne pour la conduire. Mais la succession de Thierry Lepaon est en question. Et beaucoup redoutent, selon Bernard Vivier, une guerre des chefs identique à celle qui avait éclaté au moment de la succession de Bernard Thibault.

« Aujourd'hui, la CGT se trouve devant un certain vide, explique-t-il. Il y a un an et demi, la succession de Bernard Thibaut a été laborieuse, pénible même. Thierry Lepaon est arrivé quatrième d'une liste de trois successeurs possibles, sur lesquels l'entente ne s'était pas faite. Donc, la CGT n'a pas trop envie, aujourd'hui, de changer de secrétaire général tout de suite, d'autant plus qu'on ne sait pas qui pourrait prendre le relais. Mais en même temps, Thierry Lepaon a aligné un certain nombre de maladresses, voire même de fautes. Le personnage est très disqualifié, il faut le remplacer, mais l'appareil n'a pas encore réglé la succession... »

Des hésitations qui servent Thierry Lepaon lui-même. Le numéro 1 de la CGT joue la montre, espérant qu'avec le temps, la grogne va s'apaiser, les affaires seront relativisées, si ce n'est oubliées. Il n'a jamais laissé penser qu'il démissionnerait, et la seule instance à même d'exiger son départ - le Comité confédéral national -, s'il est réuni, ce ne sera a priori pas pour décider de révoquer Thierry Lepaon, mais pour débattre de questions de fond. A moins d'un coup de théâtre.

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