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France / Terrorisme

La réelle menace jihadiste en France

Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve en conférence de presse à Dijon, le 22 décembre 2014.
Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve en conférence de presse à Dijon, le 22 décembre 2014. AFP PHOTO / JEAN-PHILIPPE KSIAZEK

Deux attaques ce week-end ont posé la question de la menace jihadiste en France. Samedi 20 décembre, un jeune homme s'est introduit dans un commissariat près de Tours et a blessé à l'arme blanche trois policiers. Puis dimanche 21 décembre, un autre individu, à bord de sa voiture, a volontairement fauché onze personnes à Dijon. Tous deux auraient crié : « Allah Akbar » (« Dieu est le plus grand » en arabe). Mais leurs motivations restent à déterminer. Et ce n’est pas le profil de ces deux agresseurs qui inquiètent le plus les autorités françaises.

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Dès samedi, la section antiterroriste du parquet de Paris a été saisie de l’enquête sur l’attaque du commissariat de Joué-lès-Tours. L’agresseur s’était converti à l’islam, tout comme son frère, un radical connu des services de renseignement et arrêté ce lundi au Burundi. L’enquête a rapidement permis d’établir aussi que Bertrand Nzohabonayo avait posté une photo du drapeau de l’organisation Etat islamique sur sa page personnelle du réseau social Facebook. Mais dès dimanche soir, le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve appelait sur TF1 à ne pas tirer de conclusion hâtive. L’homme semblait « à la fois très mystérieux et très déstabilisé ».

Marie-Christine Tarare

La prudence était encore plus grande à l’égard du chauffeur de Dijon qui a renversé onze personnes samedi soir. Rapidement, cet homme de 40 ans connu pour des faits de délinquance remontant aux années 1990 a été décrit comme « probablement déséquilibré ». L’enquête n’a pas été confiée au parquet antiterroriste. Dimanche soir, le ministère de l’Intérieur indiquait que les motivations de l’acte n’étaient pas clairement établies. Un crédo repris ce lundi par Bernard Cazeneuve en déplacement dans la ville avant que la procureure de Dijon ne lève le doute quelques heures plus tard : « il ne s’agit absolument pas d’un acte terroriste », a affirmé Marie-Christine Tarare, soulignant que l’homme interpellé souffre d’une « pathologie psychiatrique ancienne et lourde » pour laquelle il a fait « 157 passages en unité psychiatrique ».

Eviter la surinterprétation

« En toute hypothèse, la prudence et la retenue restent de mise. Faire peur, chacun l’aura compris, c’est l’objectif des terroristes. L’emballement et la fébrilité seraient pour eux une première victoire », a déclaré, ce lundi, Bernard Cazeneuve à Dijon. Le ministre de l’Intérieur veut éviter qu’une psychose ne se développe dans le pays. Tout en rassurant : sur TF1 dimanche soir, avant l’agression de Dijon, le ministre avait affirmé à deux reprises que le gouvernement est « dans la mobilisation générale pour protéger les Français ».

Un message qui n’est pas nouveau de la part du premier policier de France. Mercredi dernier, il avait annoncé à la sortie du Conseil des ministres que cinq projets d'attentats avaient été déjoués en France au cours des 17 derniers mois. Selon la DGSI, la direction générale de la sécurité intérieure en charge de la lutte antiterroriste sur le territoire français, le projet le plus abouti visait le carnaval de Nice en février dernier. Un homme qui rentrait juste de Syrie a été arrêté alors qu'il avait en sa possession du TATP. C'est un explosif assez rudimentaire qui a déjà été utilisé dans des attentats, notamment à Marrakech en 2011. Au moins deux autres projets d'attentats impliquaient des jihadistes de retour de Syrie. Deux hommes qui auraient projeté des attaques kamikazes potentiellement bien plus sanglantes que les deux incidents de ce week-end.

185 Français rentrés de Syrie et d’Irak

Pour Bernard Cazeneuve, il faut distinguer les membres des organisations terroristes et les personnes déséquilibrées qui pourraient être inspirées par l'idéologie de ces organisations sans pour autant être liées à elles directement. Et c’est la première catégorie qui inquiète le plus les autorités. Selon les chiffres officiels, 185 Français sont rentrés de Syrie ou d'Irak. Des personnes surveillées par les services de renseignement car outre leur radicalisation qui les a amenées à se rendre dans des zones de combat, elles ont été formées au maniement des armes et pourraient avoir reçu des consignes de la part des organisations terroristes. Certains candidats au départ, empêchés de quitter la France, inquiètent également. Les autorités craignent que les plus extrémistes ne passent à l'acte en France faute d'avoir pu partir. Actuellement, 82 personnes sont incarcérées pour leur lien avec une organisation terroriste, la très grande majorité d’entre elles de manière préventive.

Ce que redoutent le plus les services français, c'est le profil « loup solitaire ». Une personne radicalisée, prête à se sacrifier dans une attaque moins structurée, a priori de moins grande envergure que les attentats que la France a connu par le passé : les stations Saint-Michel en juillet 1995 ou encore Port-Royal en décembre 1996 à Paris. Un profil redouté car il est plus difficile de repérer une personne qui agit seule qu'un groupes de personnes. Et il faut finalement assez peu de choses pour perpétrer une attaque. Quelques armes à feu comme Mohamed Merah ou une bombe dont des modes de fabrication artisanale sont diffusés par les organisations terroristes. Et il est plus difficile de repérer une personne qui agit seule qu'un groupe de personnes. Mais tous les services de renseignement européens n’ont pas forcément la même approche, d'autres se préparent à des attentats de grande ampleur. Le Royaume-Uni, notamment, craint une attaque semblable à celle qui a frappé le métro de Londres en 2005, faisant 56 morts et 700 blessés.

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