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France

Urgentistes, les raisons de la colère

Les urgentistes ont lancé ce lundi 22 décembre le coup d'envoi d'une semaine de grèves des professionnels de santé. Ils seront rejoints par les généralistes et les spécialistes.
Les urgentistes ont lancé ce lundi 22 décembre le coup d'envoi d'une semaine de grèves des professionnels de santé. Ils seront rejoints par les généralistes et les spécialistes. Ryan McVay/Getty

Les urgentistes des hôpitaux publics sont en grève. Ils réclament une réduction du temps de travail hebdomadaire à 48 heures au lieu d'une soixantaine et une meilleure rémunération en cas d'heures supplémentaires. Les urgentistes sont en négociation avec la ministre de la Santé, Marisol Touraine. Elle se dit confiante. Elle a même annoncé l'arrêt de la grève, annonce démentie par l'Amuf, l'association des médecins urgentistes de France. Patrick Pelloux, président de l’Association des médecins urgentistes hospitaliers de France (Amuf) répond aux questions de RFI.

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RFI : Qu’est-ce qui vous hérisse le plus aujourd’hui et qui vous pousse à vous mettre en grève ?

Patrick Pelloux : C’est le fait que notre décompte de temps de travail n’est pas reconnu, que ça fait des années qu’on essaie de se battre pour faire reconnaître un plancher de rémunération, c’est-à-dire 39 heures, ce qui est marqué sur notre fiche de paie. Et avec la crise en France, les hôpitaux ont de plus en plus de mal à payer les heures supplémentaires, donc il y a eu une espèce de ras-le-bol qui est montée doucement en puissance.

Vous réclamez également que la pénibilité de votre métier soit prise en compte ? Le quotidien d’un urgentiste, c’est quoi ?

Non. La pénibilité, ce sont les syndicats qui passent leur temps à essayer de récupérer le mouvement, comme ça se fait d’habitude. On demande déjà à être payés de ce qu’on nous doit. C’est cela, la première des pénibilités : c’est quand le système est pénible de lui-même. Après on a un métier qui est difficile parce que nous avons des conditions de travail qui sont difficiles et nous sommes, avec la roue perpétuelle du temps, de toutes les douleurs et de toutes les peurs. Donc cette pénibilité est impalpable et on ne pourra jamais avoir une loi pour modifier cette pénibilité. Donc c’est un non-sens. Maintenant le but et ce qu’on a marqué dans l’accord, c’est d’avoir une réorganisation de manière à avoir quelque chose de très moderne. Voilà, c’est quelque chose de très important pour nous.

Modernité et économie de budget, c’est conciliable ?

Tout à fait. Quand vous voyez que d’un coup, des hôpitaux pour fonctionner font appel à du personnel intérimaire qui est payé cinq à dix fois plus cher que du personnel hospitalier, on se dit que là il y a quand même des marges de manœuvre d’économie à faire. L’idée, c'est de mieux payer et de mieux reconnaître les médecins de manière à ce qu’ils soient moins fatigués, d’avoir une organisation qui permette de répondre à l’attente des malades et avoir une organisation qui soit performante. Et là on dégagera des marges de manœuvre. Il vaut mieux payer correctement et ce qu’on doit payer, des médecins hospitaliers que plutôt de faire appel sans arrêt à des boîtes d’intérim ou à constater l’arrêt de travail, ou d’ailleurs l’arrêt définitif des médecins qui s'en vont tellement ils sont fatigués de travailler 60 à 80 heures par semaine.

Et pourquoi vous n’êtes pas entendus sur ces points-là ?

C’est multifactoriel. Il y a un facteur qui est évident, premièrement, c’est que les autres médecins de l’hôpital n’ont jamais aimé les urgences. Deuxièmement, on a quand même sur le dos un paquet de lobbies qui sévissent et qui ne veulent pas qu’on décompte le temps de travail autrement qu’avec les célèbres demi-journées qui ne sont jamais définies en termes d’horaires parce que comme ça, comme il y a un flou sur le temps que doit durer la mi-journée, vous avez des médecins qui font des demi-journées qui font une heure et il y en a d’autres qui font des demi-journées qui font huit heures. D’un coup, il y a tous ces lobbies qui entrent en scène. Et c’est compliqué, très difficile à comprendre et à analyser.

Ce midi, Marisol Touraine dit qu’elle a discuté avec les syndicats et qu’elle prévoit une levée du préavis de grève. Vous confirmez ou pas ?

La levée du préavis de grève, ça va être décidé ce soir. On fait une assemblée générale téléphonique pour analyser. On a tous nos collègues qui sont en train de lire les textes qui nous sont parvenus il y a une heure et on va voir comment on lève le préavis de grève, et comment on fait.

Donc c’est envisageable. Vous confirmez qu’il y a eu négociations ?

Il y a eu des négociations évidemment. Il faut toujours faire attention à ne pas s’emporter et ne pas aller trop vite. J' entends certains à la télé qui sont en train de se réjouir et qui félicitent des syndicats qui n’ont ni appelé à la grève, ni participé aux négociations. Donc il y a plein de gens qui font des récupérations qui sont un peu lamentables, mais ça va avec leur intelligence.

Encore un mot, peut-être pour rassurer nos auditeurs, des urgentistes en grève, ça ne veut pas dire que vous n’intervenez pas ?

Bien sûr que non, parce que nous sommes respectueux de la loi. Nous sommes une organisation sociale et syndicale, donc on respecte la loi. Et nous faisons partie des métiers qui participent à la sécurité publique. Donc on répond à nos assignations et aux contraintes qui sont demandées par l’administration. Là encore, il n’y a aucun combat syndical qui mériterait qu’on regarde des gens mourir en disant 'je ne peux pas vous sauver la vie parce que nous sommes en grève'. Nous travaillons, nous répondons à nos assignations. C’est quelque part à la fois l’honneur du métier, une contrainte, mais quand on a un gouvernement comme le gouvernement actuel, qui nous respecte, qui nous reçoit, qui ne cherche pas à nous humilier et a priori qui tient parole, c’est quelque chose qui va de soi. Je me souviens du temps de Roselyne Bachelot [ministre de la Santé de 2007 à 2010], quand on faisait grève, on nous avait fait un gros doigt d’honneur en disant 'on vous réquisitionne, mais on n’en a rien à faire, vous pouvez faire grève'. C’est à ce moment-là que tout explose.

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