Accéder au contenu principal
France

Renseignement: une entreprise controversée fait la cour aux Français

Hacking Team, une société italienne controversée pour avoir proposé ses services de cyberespionnage à des entités (pays, services) peu recommandables (photo d'illustration)
Hacking Team, une société italienne controversée pour avoir proposé ses services de cyberespionnage à des entités (pays, services) peu recommandables (photo d'illustration) gettyimage

Piratée, la société Hacking Team voit ses mails étalés sur la toile. On y découvre l'étendue de ses contrats sécuritaires à travers le monde. En France, ses logiciels pour infiltrer ordinateurs et téléphones portables ont su capter l'oreille attentive de plusieurs services de l'Etat.

Publicité

« Imagine ça : une fuite sur WikiLeaks qui te montre TOI en train de décrire la technologie la plus diabolique sur terre ! » Le 8 juin dernier, David Vincenzetti, président de l'entreprise italienne Hacking Team s'amusait dans un courriel de cette idée. Le 7 juillet, elle se concrétisait pourtant avec le piratage et la diffusion des boîtes mail de ses collaborateurs.

Hacking Team propose à ses clients - des agences de renseignement, des forces de police ou des armées - une gamme de logiciels leur permettant d'infiltrer les réseaux de leurs cibles. Pour 40 000 dollars, vous pouvez profiter d'un programme pour accéder à l'ordinateur ou au téléphone portable d'un individu : utiliser sa webcam pour l'observer, son micro pour l'écouter, télécharger ses mails, ses carnets d'adresses...

Un extrait de la liste des logiciels proposés par Hacking Team.
Un extrait de la liste des logiciels proposés par Hacking Team. Romain Mielcarek/RFI

Parmi les clients de cette entreprise, on retrouve de belles enseignes comme le FBI américain ou le service de renseignement intérieur espagnol. On trouve une multitude de nations comme le Mexique, le Nigeria, le Maroc, la Malaisie ou le Luxembourg. Plus problématique, on y trouve, désignés comme des clients « secrets », un service russe et le Soudan. Ce dernier est pourtant soumis à des embargos sur les armements. Or les solutions de Hacking Team, en tant que logiciels « offensifs », pourraient être classées dans cette catégorie.

La loi renseignement française, une opportunité

Côté français, plusieurs démonstrations de produits de Hacking Team ont été faites au cours des dernières années. Au début du mois de mars 2015, les inquiétudes face à l'omniprésence de l'organisation Etat islamique sur les réseaux sociaux, ainsi que l'arrivée de la nouvelle loi sur le renseignement, font de Paris un client à démarcher plus activement. Des fonctionnaires français recontactent l'entreprise italienne, qui amplifie de son côté l’effort commercial. « Le temps est venu d'essayer d'établir une relation avec eux, glisse David Vincenzetti à l'un de ses commerciaux. Nous pouvons les aider, nous pouvons les avoir comme clients. »

Philippe V., le commercial en question, ouvre son carnet d'adresses pour trouver les bons interlocuteurs. Il essuie un premier refus auprès d'un certain Olivier N., officier de police judiciaire qui regrette poliment que « des solutions autres ont été adoptées ». Un meilleur contact est pris avec le chef de la cellule analyse des cyber-menaces, au secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), sous tutelle du Premier ministre. Un autre bon contact est noué avec un certain Benoît G., qui se présente comme employé de Sagic. Officiellement, cette société est présentée comme opérant dans la restauration d'entreprise et la cantine... tout en étant domiciliée boulevard de la Tour-Maubourg, à Paris, soit la même adresse que le Groupement interministériel de contrôle (GIC), chargé des interceptions téléphoniques. En cas de doute, un certain nombre d'employés de ces différentes structures affichent leurs réseaux professionnels communs sur Internet tout à fait publiquement.

Aucun contrat ne semble avoir été conclu avec les Français, malgré des devis tournant autour des 200 000 euros. Philippe V., dans ses compte-rendus de rendez-vous, se félicite de la bonne réception des produits par ses prospects. En mai dernier, le patron de la cellule analyse des cyber-menaces devait même venir à Rome et à Milan pour une dernière démonstration, en compagnie de carabiniers italiens utilisateurs des services de Hacking Team.

Un ennemi d'Internet ou un ami des gouvernements ?

Contacté par téléphone, le commercial Philippe V. refuse de s'exprimer sans être accompagné d'Eric Rabe, un porte-parole de Hacking Team. Ce dernier ne décolère pas : « Nous sommes victimes d'un crime majeur. Un criminel irresponsable a publié notre logiciel et maintenant, n'importe qui peut s'en servir pour faire n'importe quoi. »

Pas question pour eux, malgré la diffusion de leurs discussions internes, de commenter la situation de leurs clients ou de leurs prospects. Tout juste consentiront-ils à admettre que l'adoption de la nouvelle loi sur le renseignement en France représente pour eux une opportunité : « Nous serions contents d'aider les forces de l'ordre dans leurs missions. » Ils assurent que leurs produits n'ont rien de spécialement répressifs et qu'ils permettent justement de cibler au cas par cas, des individus qui auraient été identifiés par la justice.

Hacking Team reste pourtant désigné par Reporters sans Frontières comme un « ennemi d'Internet ». En cause, des contrats avec des pays qui n'hésiteraient pas à utiliser ces logiciels pour surveiller autre chose que des terroristes. Infiltrer les réseaux d'opposants politiques ou de militants pour les droits de l'homme reste un bon moyen d'exercer des pressions sur les voix dissonantes. L'ONG s'était notamment inquiétée de contrats avec le Maroc et les Emirats arabes unis. C'était avant de savoir que l'entreprise italienne vendait ses services à la Russie et au Soudan...

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.