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Culture / Exposition

«Les Chambres des merveilles», un rêve d’aujourd’hui

Détail d'un cabinet de curiosités exposé dans l'exposition Les Salles des merveilles au Château de Maisons.
Détail d'un cabinet de curiosités exposé dans l'exposition Les Salles des merveilles au Château de Maisons. Siegfried Forster / RFI

Envie d’aventure ? Partez pour « Les Chambres des merveilles » à Maisons-Laffitte, à quelques kilomètres de Paris. Trois siècles après avoir séduit Louis XIV, le château de Maisons accueille jusqu’au 3 avril une exposition foisonnante sur les cabinets de curiosités. Un phénomène historique traité pour la première fois par des créations contemporaines insolites et animées. A découvrir en famille.

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Passé le portail en fer forgé devant ce petit « Versailles », l’intérieur fastueux du château de Maisons nous invite à descendre pour l’exposition. Au sous-sol voûté, on se retrouve nez à nez avec des dragons et des sirènes momifiés, mis en bocaux et placés dans une armoire. La Chambre des monstres et prodiges.

« Comme il n’existe plus des chambres des merveilles, sauf en Allemagne, j’ai recrée avec neuf artistes ce monde de magie et d’illusion, explique Francis Adoue, le commissaire de l’exposition et lui-même créateur de cette chambre. Les bocaux proviennent de pharmacies anciennes. Les créatures étranges restent le secret de l’artiste qui les a fabriquées. Il faut préserver le mystère. »

Cabinets du beau et du bizarre

Une démarche inspirée par l’histoire. La fascination pour ces cabinets du beau et du bizarre remonte au XVIe siècle, l’époque des découvertes et de la conquête du Nouveau Monde. Le premier cabinet de curiosité fut installé par le prince Ferdinand au château d’Ambras en Tyrol. Très vite, tous les princes de l’Europe voulaient ainsi créer et comprendre le monde, impressionner les autres. Certains, comme Rodolphe II de Prague (1552-1612), le « prince » des collectionneurs, furent dévorés par leur passion et perdirent la raison.

Entre-temps, au château de Maisons, notre voyage continue, nous sommes envoûtés par une petite musique féérique, des grognements, des tintinnabulements… 250 objets curieux et étranges, chinés par Francis Adoue sur des brocantes, se trouvent sur notre parcours ! Et chacun provoque une sensation, une rêverie, une stupeur, un imaginaire.

D’Arcimboldo à Harry Potter

Le buste de Rodolphe II composé de fruits et légumes, le fameux portrait réalisé par Arcimboldo en 1590, se trouve ressuscité par un assemblage de curiosités, concoctée par l’artiste Benjamin Bougleux. Il y a aussi du Harry Potter dans l’air. En tant qu’alchimiste de l’expo, le commissaire assume ce penchant pour les mélodies, les couleurs et les ambiances de l’« apprenti sorcier » : « C’est le seul film qui a récemment représenté les cabinets de curiosités. Un signe que le merveilleux peut toujours avoir cours. »

Aujourd’hui, il n’y a plus guère de princes et la science a dévoré la plupart des mystères. Néanmoins, le désir irrésistible pour la curiosité et les illusions est resté intact. Les sept Chambres des merveilles résonnent comme un lointain écho aux sept merveilles du monde antique. « Depuis une vingtaine d’années, l’engouement pour les chambres des merveilles est de retour, affirme Francis Adoue. Mais ici, tout est créé sur mesure et animé : des sons, des ambiances lumineuses, des éléments qui bougent. Cela n’a jamais été fait dans une exposition. Ce sont des objets avec une âme. »

Un visiteur regarde l’œuvre de l’artiste Benjamin Bougleux, exposée dans « Les Chambres des merveilles » au Château de Maisons.
Un visiteur regarde l’œuvre de l’artiste Benjamin Bougleux, exposée dans « Les Chambres des merveilles » au Château de Maisons. Siegfried Forster / RFI

Le commissaire de l’exposition Francis Adoue explique l’œuvre de l’artiste Benjamin Bougleux, un clin d’œil au célèbre portrait Rodolphe II en Vertumne (1590), le buste du prince composé en fruits et légumes, la célèbre peinture réalisée par Arcimboldo.

Rubens inspiré par des Chambres des merveilles

Des créations pour émerveiller notre époque : du Cabinet des mondes cachés jusqu’à la Chambre des muses, avec un décor inspiré des tableaux de Rubens : « Les tableaux de Rubens s’inspirent précisément de collections de princes et représentent des Chambres des merveilles. C’est que la restitution d’un univers foisonnant avec des malles remplies de bijoux, des statues antiques… dans un décor théâtral. »

Colas Reydellet, de profession éclairagiste pour la danse et le théâtre, a signé le Cabinet des sciences, une pyramide-étagère. Au centre, un point d’interrogation illuminé interroge ce théâtre du monde peuplé d’instruments scientifiques pour découvrir des créatures hybrides avec des loupes-lentilles ou d’imaginer la sphère céleste. Eclairer un spectacle ou éclaircir la science dans un cabinet de curiosité, s’agit-il du même principe ? « Oui, ce sont des scènes et des mondes en miniature, répond l’artiste. Il fallait cacher des kilomètres de câbles pour animer ce cabinet, pour que chacun puisse se créer son propre monde. »

La poésie du monde n’est pas Disneyland

Provoquer l’émerveillement est un art. Ne parlez surtout pas de « divertissement » au commissaire. Pour Francis Adoue, les Chambres des merveilles ne sont pas les ancêtres des parcs d’attraction ou des jeux vidéo. « Ah non ! s’emporte-t-il, ce n’est pas du divertissement. L’émerveillement fait appel à la connaissance. C’est la poésie du monde. Quand on met côte à côte un globe céleste et une statue antique, c’est un tableau magnifique. Un plaisir esthétique. Les jeux vidéo ne procurent pas cette sensation. » 

Notre voyage se termine dans une extraordinaire Chambre des songes, créée par les artistes Piet.sO et Peter Keene. Un rêve ludique sous forme d’un meuble automate animé. Un palais en miniature, habité par des mystères. Une scène de théâtre dirigée par une main invisible, où des tiroirs sortent et rentrent, le plafond s’ouvre, des oiseaux chantent et des fées apparaissent…

Pas facile de trouver la sortie dans le labyrinthe de nos illusions. Mais il faut bien repartir, avant que les Chambres des merveilles ne nous retiennent… 

Le château de Maisons à Maisons-Laffitte où se trouve l'exposition Les Chambres des merveilles.
Le château de Maisons à Maisons-Laffitte où se trouve l'exposition Les Chambres des merveilles. Philippe Berthé - Centre des monuments nationaux

« Les Chambres des merveilles », exposition au château de Maisons, jusqu'au 3 avril, à Maisons-Laffitte. Prix d’entrée : 7,50 euros. Gratuit pour les enfants.

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