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Voyage Découverte / France / Musique

Dans les pas de Claude François

Place Claude François à Paris
Place Claude François à Paris © Ludovic Dunod

40 ans après sa mort, Claude François est toujours bien vivant. Et toujours aussi populaire. A Dannemois, où il avait choisi de s’enraciner, sa tombe et sa maison sont visitées par des dizaines de milliers de personnes chaque année. A Paris, une place porte son nom près de son domicile. De nombreux fans suivent cette route comme un pèlerinage. Partons dans les décors de vie d’une idole chère au cœur des français.

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« Le moulin de son cœur »

Le moulin de Dannemois dans l'Essonne
Le moulin de Dannemois dans l'Essonne © Ludovic Dunod

C’est avec ce slogan inscrit sur la façade que les visiteurs sont incités à découvrir la résidence secondaire de Claude François à Dannemois, au Sud de Paris, près de Milly-la-Forêt. Il l’achète grâce à l’argent gagné avec « Belles, belles, belles », son premier succès.
Né et élevé en Egypte où son père travaillait pour le canal de Suez, Claude François n’a plus d’attache quand il débarque en France à 17 ans avec sa famille, chassés après la nationalisation du canal par Nasser. Cherchant un joli coin de France où se poser, il est séduit par le village et le moulin qu’il découvre en venant en week-end chez Brigitte Bardot qui possédait une maison dans la région. Cette maison, c’était sa parenthèse, son second souffle. Il y passait les fins de semaine loin de l’agitation de sa vie professionnelle.

C’est aujourd’hui le lieu de mémoire par excellence dédié au chanteur. « Si en mars nous recevons essentiellement des fans venus se recueillir autour de la date anniversaire de sa mort, le reste de l’année, les visiteurs sont surtout des curieux qui apprécient la vedette et viennent voir comment il vivait. Ils viennent peut-être aussi se rappeler leur jeunesse… Car, chose surprenante, tous se souviennent de ce qu’ils faisaient le 11 mars 1978 en fin d’après-midi quand sa mort a été annoncée à la radio. Comme quoi, cet évènement a vraiment marqué les français », explique Julien Lescure, le fils des propriétaires.

Sitôt passé le grand portail, on se croit dans un magazine de décoration des années 70 : Rivière serpentine, saules pleureurs, grande roue à aube, pierres apparentes…
L’impression se confirme à l’intérieur. On imagine bien Cloclo entouré de sa famille ou d’amis du show-business dans le grand salon décoré de mobilier Knoll et d’un canapé en vachette. A l’étage, derrière une lourde porte, se cache la chambre et la salle de bain en marbre bleu de Claude François. Les visiteurs sont venus découvrir l’intimité du chanteur. Dans ces pièces là, ils sont aux anges !

Vendu à la mort de la star puis laissé une dizaine d’année à l’abandon, le moulin de Dannemois est racheté en 1998 par un couple qui le restaure depuis et l’ouvre à la visite. Leur patient travail permet aujourd’hui d’avoir l’impression de rentrer chez Claude François comme s’il s’était absenté pour un gala. Meubles, tableaux, photos, objets d’époque donnent de la vie aux intérieurs.

La visite se poursuit autour de la piscine. Tout a été voulu et imaginé par l’artiste. « Cette piscine est la copie conforme de celle d’Elvis Presley à Graceland, explique Julien Lescure. Mais orgueil oblige, elle est plus grande et plus profonde ici ! Claude François avait fait installer des sonars qui permettaient de diffuser des bruits aquatiques sous l’eau. » C’est près de la piscine que Claude François a écrit avec Jacques Revaux une partie des paroles de la chanson « comme d’habitude ».

Un peu plus loin, une des guides montre un autre espace de détente : « Là, c’est le sauna. C’était un monsieur qui savait recevoir et les invités avaient à disposition maillots de bain et peignoirs. Tout était prêt d’avance. Et là-haut, c’était le solarium de Claude ». Oui, car ici, bien souvent, pour les guides comme pour les visiteurs, c’est tout simplement Claude…

Au fond de la propriété un espace est aménagé en musée. Costumes de scène, disques d’or, objets personnels, photos : tout évoque la carrière de Claude François, chanteur, show-man et homme d’affaire aussi. « Il y avait environ 140 personnes qui travaillaient pour lui à temps complet. Il possédait une maison de disque et d’édition musicale, plusieurs magazines, une agence de mannequins et il fallait du monde pour gérer le fan-club qui a compté plus de 4 millions de fans ! », souligne Julien Lescure.

Parmi les objets présentés, un sac orange, bien criard comme on savait les faire dans les années 70. Il arbore la photo du chanteur et le slogan de son principal magazine : « Woaw, je lis Podium ! ». Rien qu’à le regarder, on voit aussi l’adolescente en pantalon pattes d’éph’ et sous-pull moulant qui a dû le porter en bandoulière au lycée. Car Claude François a été un précurseur de la promotion par l’objet. Il a décliné son effigie comme une marque sur des tee-shirts, boîtes d’allumettes, verres… Il a même créé un parfum, « eau noire ».

La visite guidée se concentre surtout dans la maison américaine (une grange réaménagée pour recevoir les amis), les jardins et le musée, car l’immense moulin a brûlé en 1973. Il ne reste quasiment rien d’époque à l’intérieur. Au rez-de-chaussée, l’ancienne salle à manger sert de boutique et a gardé sa cheminée pseudo moyenâgeuse. Elle rappelle la tradition locale qui veut que Jeanne d’Arc se soit arrêtée dans ce vieux moulin. Pour bien signifier qu’il était le seigneur moderne de ces lieux, Claude avait fait poser sur son manteau un médaillon dont le profil n’est pas sans rappeler celui du chanteur…

Dans le vaste espace donnant sur la roue à aube et la rivière, les propriétaires ont aménagé un restaurant. Ils y organisent des déjeuners-spectacles et des dîners-spectacle en l’honneur de la star populaire française. Clou du repas : le show de Franck D’Auria qui revisite le répertoire de Claude François avec des danseuses.
Les propriétaires du moulin de Dannemois animent une véritable petite entreprise autour de la mémoire de l’artiste. Ils espèrent même ouvrir prochainement un hôtel dans les étages. Ils annoncent la reconstitution de la chambre que Cloclo possédait dans cette partie de la propriété. Les fans vont se battre pour y dormir !

Sa dernière demeure

A Dannemois, le pèlerinage Claude François continue à l’autre bout du pittoresque village, dans le cimetière qui abrite la tombe du chanteur.
La famille François ayant tout abandonné en quittant l’Egypte, Claude a voulu donner un lieu d’enracinement à sa famille en choisissant ce coin de l’Essonne. Sa mère dort à ses côtés.

Les fans viennent toujours se recueillir ici. Leurs envahissantes preuves d’amour sont particulièrement impressionnantes autour du 11 mars, à l’occasion de l’anniversaire de sa mort. Barrant une immense couronne de fleurs, la dédicace résume tout : « A Claude, éternellement ». On y croise des français moyens anonymes, quelques hommes et des femmes surtout. Elles viennent entre copines d’une même génération. Elles avaient entre 16 et 30 ans au milieu des années 70. Elles se souviennent (ou pleurent) leur jeunesse insouciante. « A chaque fois que je viens je lui écris un poème, Nous confie l’une d’elles. Ca peut paraitre ridicule mais il nous a donné 16 ans de bonheur. Aussi longtemps qu’on vivra, on sera là ». Une autre, très émue, en sanglots, lâche : « C’était mon idole, mon adoration. C’était Claude. Je l’ai toujours suivi. Dans les galas, partout… Tout me passionne chez lui. Il n’a pas vieilli. Il n’y a pas une ride sur Claude». Ces admiratrices sont des grand-mères aujourd’hui. Certaines ont passé leur « virus » à leurs filles ou petites-filles. Mais il ne faut pas avoir une grand-mère qui était amoureuse de Claude François dans sa jeunesse pour danser aujourd’hui sur ses tubes quand on a 20 ans. Claude François reste un des rois des soirées françaises entre amis, un ambianceur qui avait compris que le disco serait pour toujours une machine à danser et traverserait les générations.

Tombe de Claude François, cimetière de Dannemois
Tombe de Claude François, cimetière de Dannemois © Ludovic Dunod

Face à toutes les preuves d’amour recouvrant la tombe, le simple curieux comprend alors que l’interprète du « lundi au soleil » est une véritable icône populaire, comme le sont le paquebot France ou le Concorde. Il symbolise la France gagnante et rayonnante des années 60 et 70.

Itinéraire parisien

Les plus accros continueront l’itinéraire sur les pas de Claude François dans la capitale. Il concentrait sa vie et ses activités dans le XVIème arrondissement, boulevard Exelmans.
Il achète un appartement au n°46 fin 1963. Il y reste fidèle et va y mourir accidentellement dans l’après-midi du 11 mars 1978. Dès l’annonce de sa disparition, les fans vont venir en masse devant cet immeuble. Ils –ou plutôt elles – connaissent bien l’adresse.

A l’autre bout du boulevard, près de la porte d’Auteuil, elles savent aussi que le meilleur spot pour voir l’idole c’est le petit hôtel particulier du n°122. Il abritait les bureaux de ses nombreuses activités entre 1969 et 1978. Une plaque commémorative le rappelle aujourd’hui sur la façade. « Le 122, c’était l’adresse la plus importante, celle où, d’abord, on écrivait pour recevoir une photo dédicacée, explique Fabien Lecoeuvre, biographe du chanteur. Il y avait du monde tous les jours devant les grilles que les fans avaient interdiction de dépasser. Elles faisaient l’aller-retour entre ici et son domicile, écrivant au feutre ou gravant avec leur clé des « Cloclo, je t’aime » sur tous les immeubles situés entre les deux adresses. Il y avait des inscriptions partout. Les habitants du quartier étaient fous de rage. Mais, plus les gens râlaient contre Claude François, plus les fans se vengeaient sur les portes et les façades, multipliant les preuves d’amour… »
De nos jours des graffitis sur la boîte aux lettres du n°122 montrent que le « culte » est toujours vivant !

Bureau de Claude François, boulevard Exelmans, Paris
Bureau de Claude François, boulevard Exelmans, Paris © Ludovic Dunod

Près de la Seine, au début du boulevard Exelmans, la mairie de Paris a inauguré en 2000 une place Claude François. Mais de nombreux admirateurs estiment que leur vedette préférée mérite mieux qu’un parking.
En lisant les différents livres et biographies que Fabien Lecoeuvre a consacré au chanteur, on peut aussi faire passer cet itinéraire parisien rue Véron à Montmartre (c’est là qu’il loge quand il arrive à Paris), rue Arsène Houssaye, près de l’Etoile (adresse du Caramel Club où il est batteur avant d’accéder à la célébrité), boulevard des Capucines, devant l’Olympia où il s’est plusieurs fois produit.
Nos pas peuvent aussi nous mener rue de la gaîté, à l’emplacement du studio Europa Sonor où il enregistra, entre autre, les voix de « Comme d’habitude », une chanson qui est devenue un standard mondial sous le titre « My way », grâce à Franck Sinatra qui en inonda la planète. 

La cloclomania ne se décline donc pas seulement grâce aux importantes ventes de disques encore enregistrées de nos jours. Elle s’incarne entre Paris et la campagne française pour le plus grand plaisir de visiteurs qui font mentir son tube quatre décennies après sa disparition. Pour sûr, ils témoignent que Claude François n’était pas « le mal-aimé ».

  • Le moulin de Claude François se situe à Dannemois, à 55 km au Sud de Paris (y aller en voiture, pas de transport ne commun). Il est ouvert du jeudi au lundi. Programme complet des animations sur le site moulindeclaudefrancois.info
     
  • Pour compléter cette visite : Maison et tombe de Jean Cocteau à Milly-la-Forêt, le Cyclop à Milly-la-Forêt, château de Courances, Château de Vaux-le-Vicomte, Château de Fontainebleau, forêt de Fontainebleau, Barbizon.
     
  • Retrouvez toute la carrière de Claude François sur RFI Musiques.

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