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France

Jacques Chirac, un homme de cultures

Jacques Chirac en décembre 1975 en compagnie d'Indiens de Maripasoula, en Guyane.
Jacques Chirac en décembre 1975 en compagnie d'Indiens de Maripasoula, en Guyane. AFP

C’est l’une des multiples facettes du personnage : Jacques Chirac était un passionné de culture. L’ancien chef de l’État qui s’est éteint ce 26 septembre était un féru d’arts primitifs, entre autres, et n’a eu de cesse de partager ce goût pour les arts lointains, voire « oubliés », avec les Français. La culture, dans toute sa diversité, est un pan insoupçonné de sa carrière, une page qui restera à tout jamais dans l’Histoire, à l’encontre du choc des civilisations.

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Si Jacques Chirac donnait l’image d’homme proche du peuple, avalant des tranches de saucisson en tâtant les fesses des vaches en compagnie des agriculteurs, c’était aussi un homme de cultures, au pluriel. Une passion découverte en 1947, à l’adolescence, lors de la visite du musée Guimet, un lieu consacré aux arts asiatiques à Paris. Un intérêt qu’il a d’abord gardé pour lui à une époque où l’Europe était en proie au colonialisme et au nazisme.

« Il a toujours tenté de dissimuler son intérêt pour la culture. C'est de la pudeur. Ce n'est que progressivement que s'est révélé son intérêt pour la Chine, le Japon, les arts premiers », racontait en juin 2016 Jean-Jacques Aillagon, ancien ministre de la Culture et proche de l’ancien président, sur RTL.

Pourtant, Jacques Chirac, pacifiste dans l’âme, tombe vite le masque de ce goût prononcé pour la culture. « L'engagement culturel est une passion, disait-il en 2002. Passion d'apprendre et de transmettre. Passion de donner et de découvrir. Passion de soi, de son histoire, de son patrimoine, de ses racines et passion de l'autre, que l'on rencontre dans sa beauté et sa vérité. »

Jacques Chirac, un passionné des arts primitifs

Celui qui se rêvait archéologue s’est en effet toujours passionné pour l’Extrême-Orient où il s’est maintes fois rendu et plus particulièrement pour le Japon (il y est allé une cinquantaine de fois) ainsi que pour les arts chinois. Féru entre autres de sumos, l’ancien président était aussi un expert en arts premiers africains, amérindiens. Il était aussi un passionné du monde arabe, découvert lorsqu’il fut envoyé en tant qu’officier en Algérie (avril 1956 - juin 1957).

Si Jacques Chirac est longtemps resté discret quant à ce culte qu’il vouait aux civilisations lointaines, il s’est par la suite attelé à faire comprendre au monde l’importance de ces cultures lointaines dans notre monde contemporain. « Plus que jamais, le destin du monde est là, dans la capacité des peuples à porter les uns sur les autres un regard instruit et à faire dialoguer leurs différences et leurs cultures », déclarait-il lors de l’inauguration du musée du Quai Branly en juin 2006.

Masques japonais exposés au musée du Quai Branly, «Jacques Chirac ou le dialogue des cultures».
Masques japonais exposés au musée du Quai Branly, «Jacques Chirac ou le dialogue des cultures». PATRICK KOVARIK / AFP

Mais auparavant, durant toute sa carrière politique, Jacques Chirac a donné de son temps pour faire vivre les cultures, que ce soit lors de l’inauguration en 1987 de l’Institut du monde arabe ou en accueillant en 1989 Raoni Metuktire, figure emblématique de la lutte pour la préservation de la forêt amazonienne et de la culture indigène ; ou encore durant des expositions consacrées à l’Asie (celle des bronzes chinois au musée Cernuschi en 1998, par exemple), l'ouverture du pavillon des Sessions et la création d'un département des Arts de l'islam au Louvre. Et l’homme de s’intéresser parallèlement aux personnages mythiques de son époque, tel que Claude Lévi-Strauss. Il était aussi un défenseur des idées d'Aimé Césaire et de Léopold Sédar Senghor.

Comme le rappelle le musée du Quai Branly, les positions culturelles de Jacques Chirac sont les témoins de la révolution qui a conduit l’Europe du XXe siècle à se défaire, peu à peu, de son ethnocentrisme et à considérer les cultures du monde avec plus d’intérêt et de respect.

Le musée du Quai Branly, une trace de Jacques Chirac pour l'Histoire

Jacques Chirac y tenait plus que tout : créer au coeur de la capitale un lieu dédié aux arts et civilisations d'Afrique, d'Asie, d'Océanie et des Amériques. Il voit le jour en juin 2006.

En 2016, dix ans après son inauguration, le musée prend le nom de l'ancien président. Le Quai Branly célèbre son fondateur en organisant une exposition intitulée « Jacques Chirac ou le dialogue des cultures ».

Un parcours balisé en une cinquantaine de dates clés symbolisant des repères majeurs rapprochant « l’histoire politique et culturelle française, européenne ou mondiale des positions et choix – professionnels et personnels – de l’homme politique français ». Ce sont les photos de zoos humains du jardin d’acclimatation de Paris à la fin du XXIe siècle qui ouvrent le parcours, ou comment la France a eu par le passé des relations pour le moins compliquées avec les peuples non-blancs.

Des dates mais surtout une sélection de quelque 150 œuvres d’art (masques, sculptures, tableaux, objets, etc) qui retracent la découverte par l’ancien chef de l’État des chefs d’œuvre de différentes civilisations. L’occasion de rappeler aux visiteurs comment « les fils d’un destin personnel croisent ceux de l’histoire des civilisations extra-européennes ». Toutes les cultures de toutes les époques sont présentes, un hommage à Jacques Chirac dans toute sa splendeur. « Jacques Chirac [était] plus à l'aise dans les horizons lointains que dans les réalités proches », confiait Jean-Jacques Aillagon, commissaire de l'exposition.

Jacques Chirac, qui a visité le musée en toute discrétion en juillet 2016, s'est montré « amusé » devant les masques traditionnels japonais, dont la ressemblance avec sa caricature n’est plus à démontrer, a déclaré l’une des porte-paroles du musée à l’AFP. « Il était heureux d'être là, très touché de ce geste du musée. »

La culture pour répandre la paix

Lors du discours inaugural de l’exposition, François Hollande a expliqué que l’ancien président avait toujours près de lui un tableau synoptique de la chronologie universelle. Jacques Chirac « voulait que ce projet muséographique puisse être aussi un projet politique, pour affirmer l'égalité de droits pour la diversité des cultures du monde, pour promouvoir le dialogue des cultures, contribuant, ainsi, à la compréhension entre les peuples, a déclaré François Hollande. Il avait à l'esprit un message qu'il fallait donner au nom de la France à cet enjeu culturel : message d'ouverture et message de paix. »

Jacques Chirac était bel et bien un personnage qui aimait les cultures, les hommes, les partages, l’ouverture aux autres. Il n’envisageait pas le monde autrement que pacifié. « C'est du respect de la diversité des cultures et de leurs dialogues que dépend la paix », disait-il.

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