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Hommage Chirac / Invalides

Jacques Chirac: un hommage populaire intense et émouvant

Le cercueil de Jacques Chirac, recouvert du drapeau tricolore, a été placé dans l'entrée de la cathédrale devant une immense photo le montrant souriant au milieu d'une foule.
Le cercueil de Jacques Chirac, recouvert du drapeau tricolore, a été placé dans l'entrée de la cathédrale devant une immense photo le montrant souriant au milieu d'une foule. RFI/Geraud Bosman-Delzons

« Tous ceux qui l'ont aimé pourront venir » : les Français ont afflué par milliers dimanche aux Invalides, à Paris, pour honorer la mémoire de leur ancien président, Jacques Chirac, lors d'un hommage populaire organisé à la veille d'une cérémonie officielle en présence de nombreuses personnalités étrangères.

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Ce dimanche 29 septembre, le cercueil de l'ex-chef de l'État a quitté peu avant 13h en convoi le domicile de la rue de Tournon où Jacques Chirac s'est éteint jeudi dernier à 86 ans, arrivant aux Invalides quelques minutes plus tard. 

Le cercueil, recouvert du drapeau bleu blanc rouge, et entouré d'un drapeau français et d'un drapeau européen, sous un portrait géant de l'ancien président, a été placé à l'entrée de la cathédrale Saint-Louis des Invalides. Des représentants des cultes ont chanté une prière, aux côtés de la famille Chirac, dont sa fille Claude et son petit-fils Martin, mais sans son épouse Bernadette, affaiblie.

Les Français ont ensuite commencé à défiler devant le cercueil de l'ex-chef de l'État. Dès la matinée, plusieurs milliers de personnes avaient fait la queue sous la pluie et la file d'attente s'étendait sur des centaines de mètres.Entre le 26 et le 28 septembre, quelque 5 000 personnes ont déjà signé les registres de condoléances mis à disposition dans le vestibule de l'Élysée.

Dans la cour des Invalides, on aperçoit Jean-Louis Debré, ancien président du Conseil constitutionnel, ainsi que Cédric Villani, candidat dissident à la mairie de Paris. Plus tard, c'était au tour de Benjamin Griveaux, candidat officiel de LaRem dans la capitale, de venir s'incliner devant le cercueil de Jacques Chirac. En ressortant de la cathédrale où est exposé le cercueil, personnalités et anonymes vont signer ensuite le registre de condoléances. Les personnes présentes se prennent en photos, le sourire aux lèvres. Ils signent des registres neufs, contrairement à l'information qui circulait indiquant qu'il s'agissait des mêmes registres que ceux de l'Élysée.

On n'a plus ça en politique aujourd'hui.

Edgar, « né en 2000 », est ému. Il décrit une atmosphère de recueillement mais « pesante à l'intérieur ». Il dit que c'est « important de respecter un président de la République, sa stature » par-delà les idées politiques. Lui succède Jacky, qui se présente comme conseiller municipal de Pavillon-sous-Bois. Il a le sourire, mais fronce les sourcils en regardant la pierre jaune des murs des Invalides. Pour ce militant RPR de toujours, c'était important d'être là, car Chirac a incarné selon lui « l'image d'un président tel qu'il devrait être : l'humain d'abord ».

Marie-Paule HIGOUNET, de l'Association nationale des membres de l'Ordre national du mérite se souvient d'un homme simple.
Marie-Paule HIGOUNET, de l'Association nationale des membres de l'Ordre national du mérite se souvient d'un homme simple. RFI/Geraud Bosman-Delzons

Est présente également Marie-Paule Higounet, présidente de la section de Paris de l'Association nationale des membres de l'Ordre national du mérite. « L'ordre, qui est le deuxième ordre national, été crée en 1963 par le général de Gaulle, raconte-t-elle. Et Jacques Chirac a toujours soutenu notre association ». Elle se souvient d'un homme simple : « Nous étions à une inauguration ensemble. Un panneau est tombé. Nous l'avons ramassé tous les deux ».

Jocelyne Tamsson, elle, est venue avec sa fille Alexandra. « Chirac était mon président. Je l'ai suivi et soutenu toute ma vie, raconte-t-elle. J'avais 11 ans quand ma conscience politique s'est éveillée. Jacques Chirac devenait maire de Paris. C'est d'abord en tant que maire que je garde son souvenir. Il a insufflé une dynamique pour la ville et lui a redonné le rayonnement qu'elle avait perdu. Il avait une vision pour Paris. Il avait des convictions, il était dans l'air du temps. Moderne en fait ».

Cette employée de la mairie de Paris sous Jacques Chirac est venue témoigner son émotion lors de l’hommage populaire à l’ancien président aux Invalides, ce dimanche 29 septembre.
Cette employée de la mairie de Paris sous Jacques Chirac est venue témoigner son émotion lors de l’hommage populaire à l’ancien président aux Invalides, ce dimanche 29 septembre. RFI/Géraud Bosman

« Il a été condamné mais tout le monde le faisait, poursuit-elle. Il a fait partie de ceux qu'on a voulu rattraper. Ce qu'il a fait ne passerait plus aujourd'hui, c'était une autre époque. À part De Gaulle, il a été l'unique homme d'État ». Les 14 années de François Mitterrand qui ont précédé Chirac ? « Une catastrophe. À part les radios libres. La dette de la France, c'est Mitterrand » « Je suis une militante de cœur, déclare encore Jocelyne Tamsson. Il m'a rendue fière d'être française ».

À ses côtés, Alexandra, sa fille, prend le relais : « J'ai 22 ans. Je suis née sous sa présidence. Il marque mes premiers souvenirs de vie politique. En 2002, je suis allée accompagner ma mère voter et on a attendu les résultats tout l'après-midi sur le canapé. Et les résultats se sont affichés à l'écran ».

Un livret d'une dizaine de pages intitulé Jacques Chirac par ses mots, préparé par la famille, est distribué à l'assistance, a indiqué son gendre, M. Salat-Baroux. « Vous l'aimiez, le respectiez. Il a fait partie de votre jeunesse, de l'idée que vous vous faites de la France. Il était le grand frère, le père, l'ami imaginaire. Essayons de le retrouver à travers ses mots », est-il écrit en préambule. Son discours du Vel' d'Hiv en 1995, celui de sa victoire au second tour de la présidentielle en 2002, celui du Sommet de la Terre la même année, et encore son au revoir aux Français en 2007 sont diffusés, avec une suite de Bach en intermède.

La voix de stentor de Jacques Chirac résonne dans la cour des Invalides, tel Malraux apostrophant Jean Moulin.

Mes chers compatriotes, au terme du mandat que vous m’avez confié, le moment sera venu pour moi de vous servir autrement. Je ne solliciterai pas vos suffrages pour un nouveau mandat.

Dans la file, on rencontre Fatou-Chimère Diaw, 49 ans, Sénégalaise. Elle est arrivée à 8h30 ce dimanche matin. Elle a rencontré le président Chirac à trois reprises à L'Élysée. Et pour cause : elle est apparentée par alliance à Abdou Diouf, le deuxième président sénégalais. Jacques Chirac est le parrain de sa fille, preuve de la proximité des deux chefs d'État.

Fatou-Chimère Diaw se souvient de très nombreuses lettres écrites par le couple Chirac.
Fatou-Chimère Diaw se souvient de très nombreuses lettres écrites par le couple Chirac. RFI/Géraud Bosman-Delzons

Fatou-Chimère Diaw se souvient surtout des très nombreuses lettres écrites par le couple Chirac. Elle est venue avec l'une d'elle. « J'adorais son élégance. Et sa femme aussi. », confie-t-elle.

«J'ai remercié Jacques, lui ai dit pardon d'utiliser son prénom. Je lui ai aussi dit que son cercueil me paraissait très petit par rapport à l'immensité de son personnage», témoigne avec une gravité sincère cet homme bien apprêté.
«J'ai remercié Jacques, lui ai dit pardon d'utiliser son prénom. Je lui ai aussi dit que son cercueil me paraissait très petit par rapport à l'immensité de son personnage», témoigne avec une gravité sincère cet homme bien apprêté. RFI/Géraud Bosman-Delzons
Après de nombreuses heures d'attente, en partie sous la pluie, le cercueil du président défunt se dévoile à l'entrée de la cathédrale. Certains s'agenouillent, d'autres prient, la plupart prennent des photos. On a également entendu un homme chanter.
Après de nombreuses heures d'attente, en partie sous la pluie, le cercueil du président défunt se dévoile à l'entrée de la cathédrale. Certains s'agenouillent, d'autres prient, la plupart prennent des photos. On a également entendu un homme chanter. RFI/Géraud Bosman

Deuil national le 30 septembre

Une journée de deuil national suivra le lundi 30 septembre. Un service solennel présidé par Emmanuel Macron sera rendu à 12h en l'église Saint-Sulpice à Paris, en présence des anciens présidents François Hollande, Nicolas Sarkozy et Valéry Giscard d'Estaing.

L'assistance sera à la mesure de l'afflux de messages parvenus du monde entier depuis jeudi midi : parmi la trentaine de chefs d'État, seront présents le président russe Vladimir Poutine, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, les présidents allemand Frank-Walter Steinmeier, italien Sergio Mattarella et congolais Denis Sassou Nguesso, le Premier ministre belge Charles Michel, ou encore les Premiers ministres libanais Saad Hariri et hongrois Viktor Orban.

Parmi les ex-dirigeants du temps de Jacques Chirac viendront l'ancien chancelier allemand Gerhard Schröder, l'ancien Premier ministre espagnol Jose Luis Rodriguez Zapatero et l'ancien président sénégalais Abdou Diouf.

À lire aussi, le webdoc:Chirac, l'Africain

La foule attend la cérémonie d'hommage au président Jacques Chirac, le 29 septembre 2019 devant la cathédrale Saint-Louis-des-Invalides.
La foule attend la cérémonie d'hommage au président Jacques Chirac, le 29 septembre 2019 devant la cathédrale Saint-Louis-des-Invalides. AFP/Philippe Lopez

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