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France

France: la stratégie d'Emmanuel Macron à mi-mandat

Le président français Emmanuel Macron arrive actuellement à mi-mandat.
Le président français Emmanuel Macron arrive actuellement à mi-mandat. Reuteurs/Ludovic Marin via Pool

Emmanuel Macron est entré en fonction le 14 mai 2017 et arrive à mi-mandat avec un bilan mitigé. Après une période de réformes au pas de charge, il a dû affronter les « gilets jaunes ». Il doit maintenant réussir à retrouver une dynamique pour être en capacité de gagner à nouveau en 2022.

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À mi-parcours, Emmanuel Macron a forcément le tic-tac du temps qui passe dans la tête. Pour Philippe Moreau Chevrolet, professeur de communication politique à Sciences Po et dirigeant de l’agence MCBG conseil, cela ne fait aucun doute, la présidentielle est dans sa ligne de mire : « Emmanuel Macron aborde la deuxième partie du quinquennat avec une grande idée stratégique qui est d’être réélu en 2022 en captant 25 % de l’électorat, un quart des Français, plutôt sur une base de droite ».

Pour gagner face à Marine Le Pen en 2022, Emmanuel Macron estime qu’il doit siphonner l’électorat de la droite au premier tour. C’est ce qui le pousse à se positionner sur les sujets régaliens et surtout l’immigration. Mais en agissant ainsi prend-il le risque d’aller trop loin, de donner du crédit au Rassemblement national ?

Pour Jean-Yves Camus, directeur de l’observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean Jaurès, le président n’a pas forcément tort d’aborder ce sujet sensible : « On peut parler de l’immigration de façon républicaine… Il y a des arguments qui permettent de réfuter le programme du Rassemblement national sur ce sujet-là tout en parlant effectivement des conditions dans lesquelles un État a le droit, parce que c’est un des attributs de la souveraineté, de maîtriser qui vient sur son sol. Je crois que c’est la voie que le président de la République a choisie ».

Le pari du « pile ou face »

Emmanuel Macron prépare donc le match retour de 2017 contre Marine Le Pen et compte encore pour 2022 sur le réflexe du vote utile au second tour afin de conserver les voix des électeurs de centre gauche… Mais Philippe Moreau Chevrolet estime que, cette fois-ci, c’est risqué : « C’est vraiment un pari quasiment sur la moralité des Français. Ils vont se dire au fond, on ne peut pas confier le pouvoir au Rassemblement national, mais ça va être un peu à pile ou face ».

L’objectif de gagner la présidentielle est défini, reste la méthode. Et sur ce plan, Emmanuel Macron fait beaucoup d’effort pour montrer qu’il aborde la deuxième moitié de son mandat en ayant tiré les enseignements de la première. Il évite les petites phrases qui choquent, il se veut plus à l’écoute, plus dans le dialogue. Est-ce de l’affichage ou une vraie volonté d’associer les Français à sa politique ?

Benjamin Morel, maitre de conférences à l’université Panthéon-Assas, pose la question : « Est-ce qu’aujourd’hui, parce que justement il aura probablement besoin notamment des partenaires sociaux pour avancer plus loin, il peut y avoir une transformation de cette méthode… des échanges qui ne seraient pas que de la pédagogie, mais de vrais échanges pour obtenir un amendement des réformes ? Peut-être, pour l’instant, ce n’est pas tout à fait évident ».

Le test des réformes

Et des réformes difficiles, il y en a à l’agenda : assurance chômage, retraites… Elles vont faire office de tests qui vont montrer jusqu’à quel point Emmanuel Macron est prêt à négocier pour les faire passer sans mettre les gens dans la rue. Mais quoi qu’il en soit, selon Philippe Moreau Chevrolet, Emmanuel Macron n’a pas le choix, il doit continuer à réformer : « Lui, il s’est vendu comme l’homme qui agit, il est en marche. C’est un peu comme la bicyclette de Che Guevara. Che Guevara décrivait la révolution comme une bicyclette, si l’on arrête de pédaler, elle tombe. Le jour où il s’arrête de faire des mesures, même si c’est plus de la communication au final que de l’action vraiment parce que ça se durcit socialement, ce jour-là il est terminé. »

Les mois qui viennent sont donc déterminants sur le plan social, mais aussi politique comme l’explique Benjamin Morel : « On rentre maintenant dans une séquence qui va mener à la présidentielle. Cette séquence, elle va commencer par les municipales. Si jamais, la défaite d’Emmanuel Macron est constatée, à tort ou à raison, cette défaite montrera qu’il est vulnérable ».

Vulnérable, car sa base électorale est fragile, son image est brouillée, sa politique n’est pas toujours comprise. Pour Emmanuel Macron, le pari de 2022 est peut-être encore plus difficile que celui de 2017.

►À écouter aussi : Débat du jour - Quel bilan international pour Emmanuel Macron à mi-mandat ?

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