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Environnement

Capter le CO2, une technique qui a de nouveau le vent en poupe

Démonstration d’un pilote miniature de capture du CO2 à l’IFPEn de Lyon.
Démonstration d’un pilote miniature de capture du CO2 à l’IFPEn de Lyon. RFI/Claire Fages

Capter et stocker le CO2 pour lutter contre le changement climatique ? Alors que la 25e conférence de l'ONU sur le climat se poursuit à Madrid, la solution revient au goût du jour pour lutter contre le réchauffement climatique. À l’Institut français du pétrole-Energies nouvelles (IFPEn), on travaille depuis plus de dix ans sur les techniques de captage.

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« Bonjour, je suis là pour présenter aujourd'hui notre projet 3D de captage et de stockage du CO2 ». Vania Santos-Moreau, ingénieur à l'IFPEn, a contribué à développer un mini-pilote, 4 mètres de haut tout de même. Il peut extraire le CO2 des fumées d'usines grâce à un solvant.

« Notre gaz qui a du CO2, il va être en contact avec notre solvant, dans un absorbeur, que vous voyez ici. Le CO2 va être transporté par ce solvant qui aime beaucoup le CO2. Le CO2 va déjà être un peu comprimé, ce qui va lui permettre après d'aller dans les étapes de transport et de stockage », détaille Vania Santos-Moreau.

Les techniques de captage intéressent ArcelorMittal, Total et la Chine

En 2021 un démonstrateur testera la technologie à plus grande échelle sur l'aciérie d'ArcelorMittal à Dunkerque. Autre technologie mise au point par l'équipe de Stéphane Bertholin : l'extraction de CO2 pur dès la combustion, par exemple, du charbon.

« Là, on va traiter le problème du captage dans l'installation elle-même. Dans une centrale thermique lambda, vous brûlez directement votre charbon avec de l'air : vous produisez des fumées qui contiennent énormément d'azote, que vous avez besoin de séparer pour pouvoir extraire du CO2 pur. Avec ce procédé, on fait ce qu'on appelle une "oxycombustion", donc on brûle la charge sans azote et les fumées qu'on obtient sont directement concentrées en CO2. On n'a plus besoin d'étapes postérieures pour extraire le CO2. »

Un coût du CO2 encore trop faible

Le projet associe le pétrolier français Total, mais aussi la Chine, qui participe au financement pour un démonstrateur de 40 mètres de haut sur le sol chinois. Le captage du CO2 bénéficie d'un regain d'intérêt, observe Cécile Barrère-Tricca, cheffe de l'IFPEn de Lyon.

« Il y a quand même une vraie prise de conscience sur cette thématique du réchauffement climatique, qu'il n'y avait peut-être pas suffisamment il y a encore dix ans. Il y a eu un moment donné une volonté forte d'y aller, donc nous, on a développé des technologies », explique Cécile Barrère-Tricca. « On a bien vu que le marché n'était pas là et qu'il y avait peu de chance que ça aboutisse à moyen terme, parce que la tonne de CO2 n'était pas chère du tout. Aujourd'hui il y a une vraie volonté politique, en tout cas affichée, d'augmenter le prix du CO2. Mais il faut que ça devienne une réalité. Si le prix du CO2 est à moins de 75 euros la tonne, ça va être compliqué. »

Des craintes encore fortes sur le stockage

À quelque 25 euros la tonne aujourd'hui, le CO2 ne coûte pas encore assez cher aux gros pollueurs pour qu'ils passent dès à présent à l'étape industrielle. Reste aussi à répertorier les lieux où l'on pourra stocker ce CO2, sous terre ou sous la mer. Ce stockage fait encore peur, reconnaît Pierre Porot, directeur de recherche à l'IFPen.

« Je crois qu'on peut dire que l'essentiel, c'est la crainte par rapport au stockage et aux fuites », dit-il. Puis d'ajouter : « Ça nécessite effectivement des études, que l'on mène également à l'IFP-Energies nouvelles mais aussi par ailleurs. Quels sont les réservoirs les plus étanches, les plus capacitaires, et comment on surveille ces réservoirs – on dit "monitorer" –, pour surveiller si il y a des fuites ou non, pour repérer les bons réservoirs également. Potentiellement, le CO2 peut rester stocké très, très longtemps. Des centaines d'années si on choisit bien le réservoir. Ou des dizaines d'années. Ou si on s'est trompé, pas très longtemps. Ce qu'on cherche à trouver ce sont des endroits où stocker le CO2 de manière définitive. »

L'AIE préconise de séquestrer 14 % des émissions totales

Seul projet abouti à ce jour, « Northern Lights » a permis de séquestrer, dans les anciens gisements sous-marins d'hydrocarbures norvégiens, l'équivalent des émissions annuelles de 10 millions de voitures. On est encore loin du compte. L'Agence internationale de l'Energie (AIE) estime qu'il faudrait séquestrer tous les ans 7 milliards de tonnes de CO2, 14 % des émissions totales, pour ne pas dépasser les deux degrés de réchauffement planétaire en 2040.

► À écouter aussi : Un bioréacteur pour résorber des tonnes de CO2

«Aujourd’hui, il y  a une vraie volonté politique d’augmenter le prix du CO2»

Reportage à l'Institut français du pétrole-énergies nouvelles

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