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France

Ils ont décidé de ne plus fêter Noël

Noël, une fête au folklore immuable dans une société qui évolue.
Noël, une fête au folklore immuable dans une société qui évolue. Reuters

Ils ont fait le tour de la question. Le sapin, la débauche de nourriture, l’ambiance polie pour éviter la énième crise familiale, le déballage des cadeaux, très peu pour eux. Cette année, c’est décidé, ils feront l’impasse sur le réveillon de Noël. Témoignages de ceux qui ont décidé de ne pas subir cette figure imposée.

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« Donner du sens à ce que l’on fait », Emmanuelle, 50 ans, aide-soignante

C’est un ras-le-bol des contraintes que Noël engendre qui a poussé Emmanuelle, aide-soignante, à envisager autre chose. Depuis des années, c’est elle qui prépare le repas, qui cuisine, qui gère les achats de cadeaux pour l’ensemble de la famille. Un mois de décembre qui finit par coûter cher sans qu’on ait eu le plaisir de se détendre et sans vraiment en profiter : « Tout mon treizième mois de salaire y passait ». Cette année donc, elle arrête.

Elle l’a expliqué à ses trois filles, désormais en âge de comprendre : le 24 et le 25, elle a envie de se recentrer sur elle-même. Il faut dire qu’en raison de son métier, Emmanuelle est déjà très dévouée aux autres. « J’ai envie de donner du sens à ce que je fais », explique-t-elle. « Me gaver de foie gras, bûches pour les fêtes et ensuite enchaîner avec un régime pour l’été, je n’y vois aucun bienfait, aucun intérêt ». Emmanuelle passera ce moment en famille. Elle n’a rien prévu de spécial, juste un moment de partage. Tout simplement.

« Mon meilleur Noël ? Un Paris-Tokyo dans la nuit du 24 au 25 décembre », Fernando, 38 ans

Cela fait dix ans que Fernando ne fête plus Noël et cinq ans qu’il profite de ce jour-là pour voyager. Il prend un billet très en avance sur des compagnies aériennes low-cost et profite ainsi de prix très intéressants (environ 40 % moins cher). Ce 24 décembre 2019, il sera dans l’avion pour New York et économisera 700 dollars. Ce sera un moment calme. Son meilleur souvenir : un Paris-Tokyo où il a pu dormir tout son saoul avec une voisine qui lui a proposé d’échanger sa place contre la sienne car elle ne souhaitait pas être dérangée et pouvoir se reposer tout le long du vol. Une aubaine ! Sa démarche surprend sa famille brésilienne, très catholique. Mais pour lui, vouloir être seul, dans le calme, le relâchement à ce moment-là n’est pas contradictoire avec la religion. « Peu importe où je suis, je peux être avec Dieu. La religion n’est pas un objet pour moi. Je la pratique comme cela me convient ».

À ses proches qui pensent qu’il a une relation pathologique avec la fête de Noël, il demande le respect de son choix. « J’aime faire la fête, j’aime offrir des cadeaux. Mais les manières de faire la fête sont propres à chacun. Je n’ai pas besoin de l’hypocrisie du réveillon de Noël. Quand j’étais petit, on fêtait la naissance de Jésus. Le 25 décembre, tout était pardonnable. On voyait la famille. Et puis le 26, tout était oublié et on pouvait continuer à s’ignorer avec brio ».

« Réapprendre la tolérance », Thérèse, 69 ans

Thérèse ne fête plus Noël de la même manière que quand elle était petite. Le 24 au soir, elle ne va plus à la messe. Et ce depuis une quarantaine d’années. Écologiste convaincue (elle fut élève en faculté de Jean-Marie Pelt, célèbre pharmacien et botaniste français), et réfractaire aux pressions sociales, elle s’est orientée vers un Noël qui lui corresponde plus, loin de la frénésie des achats, loin de la religion. Elle n’a gardé qu’une seule chose, la joie de retrouver ceux qu'elle aime.

« Noël est la fête la plus célébrée dans le monde », soutient Thérèse. Et d'ajouter : « C’est tellement ancré dans les mentalités. Même pour ceux qui ne sont pas chrétiens. Donc je ne refuse pas l’esprit de Noël basé sur le partage, la tolérance, mais je mesure mes choix et je reste loin des apparences ». Et cela se travaille toute l’année. « Je n'ai pas envie de faire des cadeaux qui ne signifient rien. J'offre donc des graines à mes proches. Mais je ne le fais pas pour évangéliser sur l'écologie » . Tout au long de l’année, Thérèse a suffisamment partagé pour faire comprendre sa démarche. Elle est en confiance avec son entourage. Depuis de nombreuses années, elle aimerait que Noël ne rime plus avec poubelle. Elle bannit donc les excès, et tout ce qui pourrait occasionner un surplus de déchets.

« La bienveillance et la solidarité du monde associatif m’a fait du bien », Jennifer, 32 ans

L’année dernière, Jennifer a passé Noël avec des bénévoles à distribuer des denrées alimentaires aux plus démunis. La sensation de ne pas perdre son temps, d’être utile à ce moment précis qui est un moment de fête pour tous, l’a comblée alors que sa famille était absente. Cela lui a tellement plu que cette année, elle a décidé de renouveler l’expérience. Avec l’association les Eco-Charlie, elle récoltera donc des produits invendus dans les boutiques de Nice pour venir en aide aux personnes dans le besoin. Sur son blog, elle avoue un ras-le-bol de la surexploitation de cette fête à des fins commerciales : « Il faut faire des cadeaux et beaucoup manger ». Décorations, enseignes lumineuses, vitrines, spots publicitaires, tout est mis en branle pour nous faire consommer et dépenser plus. Quand Jennifer partage son envie de dépenser autrement pour Noël, elle constate que sa démarche n’est pas toujours comprise. Pour elle, ne pas fêter Noël n’a rien de triste ou de déprimant. Au contraire...

« Être présent pour l’autre, comme un cadeau en soi », Thierry, 48 ans

Thierry vit en milieu rural. Il a fait de la protection de l'environnement, un mode de vie et refuse l'idée selon laquelle son bien-être découlerait de l’augmentation de ses richesses. Pour ce Noël, il a décidé d’offrir à ses proches ... sa présence. « On est tellement happé par nos tâches quotidiennes, par nos écrans qui font justement écran, que le fait de s’octroyer du temps pour être ensemble au même endroit sans avoir un téléphone pour communiquer est déjà un cadeau en soi ».

Thierry retrouvera donc sa famille, disséminée géographiquement, le 27 décembre. Les injonctions de la société à fêter Noël ne le touchent absolument pas. Ce qui l’anime lui, c’est de sortir de cette logique individualiste qui conduit à la surconsommation avec les problèmes qui en découlent : destruction de l’environnement pour produire, pour distribuer, pour vendre, pour détruire et enfin gérer les déchets. Il s’insurge notamment contre la surproduction de saumon, denrée de Noël imposée, avec des impacts sanitaires pour les consommateurs.

« Une journée sans obligation », Aude, 47 ans

Les apparences, les contraintes, les traditions, pour Aude, c’est bel et bien terminé. Son fils a 11 ans. Et depuis 10 ans, elle a décidé de mettre en commun des idées d’activités, de moments à partager pour le 25 décembre. Cette année, la journée sera consacrée à décorer la toute nouvelle chambre de Sacha. Quand il avait 8 ans, ce fut un réveillon passé à jouer, sans limite de temps. « Va pour le Monoply à 23h ! » Cela aurait pu être une journée où l'on ne mange que des desserts. Aude invente et se tient loin des apparences. Cette fête est liée à de mauvais souvenirs d’enfance. Elle met donc un point d’honneur à ne pas se laisser envahir par les obligations. Et cela semble plutôt bien fonctionner puisque les amis de Sacha lui envient ce Noël pas comme les autres .

« La vie mérite mieux que cela », Jean-Michel, 52 ans

Cela fait 25 ans que Jean-Michel ne fête plus Noël, « sauf accident », ironise-t-il. Il est animateur en grande surface. C’est dire s’il est confronté au grand déballage de Noël. Et pour lui, ce moment de l’année est l’occasion de constater de manière plus criante le fossé qui existe entre les différentes catégories sociales : « Noël pour moi, c’est presque une fête de la relégation sociale. Cet étalage de moyens est très impudique, indécent, sans créativité en plus ». Cette année, Jean-Michel va travailler le 24 décembre. Il avoue que se retrouver seul n’est pas simple non plus. Jean-Michel vient d’une famille de paysans modestes. Il se souvient qu’enfant, Noël était l’occasion d’un repas amélioré avec les oncles et tantes et de cadeaux simples échangés comme un ballon de football. « À la base, c’est une fête populaire. Ce n’est plus ça. C’est dommage. La vie mérite mieux que ça ».

►Sur RFI Savoirs : Le mythe du Père Noël

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