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France

Le cinéma français vit-il son moment #Metoo?

L'actrice française Adèle Haenel en mai 2017
L'actrice française Adèle Haenel en mai 2017 LAURENT EMMANUEL / AFP

Quel bilan tirer de l’année cinéma 2019 ? Des succès en salles, comme Hors Normes, La vie scolaire ou Les Misérables ? Le bouleversement induit par l’arrivée de nouvelles plateformes de streaming, Disney, Warner ou encore Apple, qui feront sans nul doute une concurrence féroce à Amazon et Netflix ?

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C'est un visage que l'on retiendra de l'année 2019. Celui de l’actrice Adèle Haenel révélant le 3 novembre dernier, sur le site de Mediapart, avoir été victime d’attouchements et de harcèlement sexuel par le cinéaste Christophe Ruggia quand elle avait entre 12 et 15 ans.

Deux ans après l’affaire Weinstein, le producteur américain accusé d’avoir violé, harcelé et menacé des dizaines d’actrices, deux ans après la création du hashtag #MeToo qui a contribué à libérer la parole de milliers de femmes à travers le monde, le silence dans le cinéma français continuait d'étonner.

Le témoignage d’Adele Haenel a fait l’effet d’une bombe, d’autant qu’elle n’accuse pas seulement un homme, Christophe Ruggia, mais tout un système.

« Le monde a changé et c’est pour ça que je parle, confiait l'actrice. Parce que je dois parler à toutes celles qui ont parlé avant moi dans le cadre de #MeeToo et qui m’ont fait changer de perspective sur ce que j’avais vécu. Je voudrais renvoyer ça dans l’espace public pour libérer d’autres paroles. Et quand on parle de parole, on ne parle pas juste de mots, mais de la vie des gens. »

Ce témoignage puissant a été accompagné par la publication d’une enquête très fouillée dans Mediapart. Une enquête dans laquelle d’autres actrices, des productrices, des professionnels et professionnelles témoignaient du sexisme et des abus qui règnent dans le cinéma français.

► À écouter  : #Metoo, et après?

La parole s'est libérée dans le cinéma français

Des accusations avaient déjà été portées contre des réalisateurs, entre autres Luc Besson par l’actrice Sand Van Roy. Mais le témoignage d'une actrice de premier rang comme Adèle Haenel a permis à la parole de se libérer.

Dans quelle mesure son témoignage fait-il bouger les lignes ? « Elle contribue à changer le monde, explique la productrice Sandrine Brauer. Adèle dit que le monde a changé, mais elle contribue aussi à le changer. Elle prend la parole 17,18 ans après les faits, c’est-à-dire certainement après une longue période de maturation, de réflexion intime et personnelle. Et elle parle au moment où elle apprend que Christophe Ruggia va refaire un film avec des adolescents. C’est là que sa parole est extrêmement politique. »

« Elle sait ce qui lui est arrivé, poursuit Sandrine Bauer. Elle sait qu’elle n’a pas porté plainte. Elle sait qu’elle a surmonté ses blessures comme elle a pu. Et tout d’un coup, elle doit prendre part au mouvement, elle doit prendre part au monde. C’est en cela que sa parole est éminemment politique. »

Quelques jours plus tard, la sortie du nouveau film de Roman Polanski, accusé de viol par 12 femmes, a été très bousculée. Des groupes féministes ont empêché des avant-premières. Certains cinémas, à Montpellier par exemple, ont déprogrammé le film. Inenvisageable un an auparavant.

Un référent harcèlement sur les tournages

Le collectif 50/50 propose une série de mesures. Mettre en place un référent harcèlement sur les tournages par exemple, avec cette idée que le cinéma possède une responsabilité particulière dans la construction de l’imaginaire collectif.

« Faire des films donne une responsabilité particulière parce que cela fabrique des grilles de lecture du monde, des représentations, affirme Sandrine Brauer. Donc nous avons une responsabilité sur les histoires qu'on raconte, comment on les raconte et qui les raconte, et se demander qui les raconte. C’est bien sûr poser la question du pouvoir. Parler de harcèlement, c’est poser la question d’un sentiment de supériorité, de prédation, d’impunité dans la prédation et donc ça vient interroger directement le rapport au pouvoir. »

Le collectif 50/50 se bat pour qu'en 2020 et au-delà, le cinéma soit moins sexiste et plus paritaire. Pour l’instant en France, seuls 17 % des films sont réalisés par des femmes.

► À écouter  : Retour sur le mouvement #Metoo en 2018

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