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France

Les traversées de la Manche par les migrants ont quadruplé en 2019

Trois migrants tentent de traverser la manche dans un canoë gonflable. (Illustration)
Trois migrants tentent de traverser la manche dans un canoë gonflable. (Illustration) STR / AFP

En 2019, malgré le « plan d’action » présenté en début d'année par Christophe Castaner, près de 2 500 migrants ont tenté de traverser la Manche pour rejoindre le Royaume-Uni, selon la préfecture du Pas-de-Calais. Une hausse de 300 % par rapport à 2018.

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Alors que dans les ports italiens, les arrivées de migrants ont baissé de 50 %, les traversées entre la France et le Royaume-Uni, elles, explosent. En 2019, quatre fois plus de migrants ont tenté de traverser la Manche que l'année précédente.

Cela représentait un total de 2 358 personnes, contre 586 en 2018, selon un bilan rendu public mardi 31 décembre par la préfecture du Pas-de-Calais.

C’est dans la région de Calais, dans le nord de la France, que les migrants s’élancent sur des bateaux de fortune avec l’espoir de rejoindre le Royaume-Uni. Plébiscité pour sa proximité avec l’île, le littoral du Calaisis est bien connu des réfugiés qui tentent de rejoindre l’Angleterre. Les 2 358 personnes recensées en 2019 faisaient partie des 261 « cas de traversées » ou « tentatives de traversées » répertoriés par les autorités des deux côtés de la Manche.

Surveillance renforcée sur le littoral

Pour faire face à la situation, le 4 janvier 2019, le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, annonçait un « plan d’action » franco-britannique censé « permettre de mettre fin à ces traversées ». Au programme : un renforcement de la coordination entre les différents corps de police dans les ports et sur les plages afin « d’assurer une surveillance 24h/24 des espaces maritimes », « des mesures de sensibilisation » et une lutte accrue contre les réseaux de passeurs.

François Guennoc, vice-président de l’association l’Auberge des migrants, qui opère dans la région depuis 2008, note effectivement une présence policière plus renforcée aux abords du littoral. « On voit très régulièrement des patrouilles de la gendarmerie équipées de drones et de motos tous terrains pour essayer de repérer les passages. Mais la motivation des exilés est si forte que lorsqu’un dispositif est mis en place, ils finissent par trouver un moyen de le contourner », confie-t-il.

« Une forteresse entourée de barbelés et de grillages »

Des migrants s'apprêtent à manger dans un camp, près de Calais, en mars 2018.
Des migrants s'apprêtent à manger dans un camp, près de Calais, en mars 2018. AFP/Philippe Huguen

« On n’est donc pas surpris par l’augmentation des passages », ajoute le bénévole, « tant que certains bateaux passent toujours, ça continue. Les autorités britanniques estiment le taux de réussite des traversées à 60 % ». De son côté, le préfet du Pas-de-Calais, Fabien Sudry, juge que le plan « produit des résultats » et est une réussite puisque « depuis un an, 55 % des traversées ont été mises en échec ».

Mais les associations ne voient pas d’un bon œil ce renforcement policier. « Calais est devenue une forteresse entourée de barbelés et de grillages », dénonce Yann Manzi, le cofondateur d’Utopia 56. Les migrants « vivent dans des conditions inhumaines et sont dans un tel désespoir que cela les pousse à aller vers plus de risques », ajoute-t-il.

Depuis le mois d’août, au moins quatre personnes sont mortes lors de ces traversées « extrêmement risquées », malgré les messages de prévention diffusés par les autorités. Durant la dernière semaine de décembre, plus d’une centaine de personnes ont été secourues en mer. 71 personnes réparties sur cinq embarcations ont été interceptées le 26 décembre, et trois jours plus tard, ce sont 31 personnes qui ont été sauvées. 19 migrants ont également été récupérés au large de Dunkerque ce même jour.

Un passage « très rentable » pour les passeurs

Cette augmentation est notamment due au renforcement des contrôles rendant le passage par camions de plus en plus ardu. Entre les contrôles aux frontières sophistiqués, les chiens, etc. « Les chances de réussite (par voie terrestre) sont assez faibles et expliquent donc une partie de l’augmentation du nombre de traversée par petits bateaux », estime François Guennoc.

Mais c’est également car les passeurs souhaitent exploiter la manne financière « très rentable » que représentent ces voyages maritimes. « Acheter un petit canot et un moteur coûte 2 000 à 3 000 euros et c’est à peu près ce que les passeurs font payer pour une personne », raconte le vice-président, qui se base sur des témoignages de migrants. Or, plus d’une dizaine de personnes peuvent être entassées sur un seul bateau.

De plus, les groupes de passeurs s’adaptent. Une nouvelle stratégie émerge sur les côtes calaisiennes d’après les associations. « Les passeurs lancent plusieurs bateaux à la fois sur différents points pour augmenter leurs chances. La gendarmerie ne peut pas surveiller partout en même temps », détaille François Guennoc. Une stratégie qui a été développée « ponctuellement » il y a près d’un an par des « mafias iraniennes » mais qui s'est rapidement généralisée.

La fermeté britannique, prompte à renvoyer les migrants

Les passeurs vont même jusqu’à forcer la main des exilés pour les pousser à franchir le pas. Le Brexit, par exemple, est devenu un argument de vente. « Les passeurs incitent les gens à payer et à passer maintenant plutôt qu’après le Brexit » sous prétexte que le trajet sera plus difficile une fois le Royaume-Uni sorti de l’Union européenne, relate François Guennoc, qui contredit cette réalité. « Si vous regardez le dispositif actuel, même après le Brexit, il pourrait difficilement être renforcé. »

Le Royaume-Uni assume d’ailleurs clairement sa fermeté sur la question. « Les individus qui entrent au Royaume-Uni illégalement ne doivent pas douter de notre détermination à les renvoyer en Europe car c'est un principe établi que les personnes en recherche de protection doivent demander l'asile dans le premier pays sûr qu'ils atteignent », a déclaré un porte-parole britannique dans un communiqué. Selon le ministère de l'Intérieur britannique, depuis janvier 2019, plus de 125 migrants ont été renvoyés vers le continent.

► Á écouter aussi Accents d'Europe – Destins de migrants de part et d'autre de la Manche

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