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France

Démissions administratives à l'hôpital: le «cri d'alarme» de 1000 médecins

Le docteur Grimaldi, lors de la conférence de presse du Comité inter-hôpitaux, le 14 janvier 2020.
Le docteur Grimaldi, lors de la conférence de presse du Comité inter-hôpitaux, le 14 janvier 2020. THOMAS SAMSON / AFP

Après plusieurs mois de crise, les médecins et chefs de service des hôpitaux publics français mènent une mobilisation d’un nouveau genre. Mardi 14 janvier, plus de 1 200 d'entre eux ont démissionné de leurs fonctions administratives pour alerter le gouvernement sur la crise hospitalière.

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« Gâchis », « cauchemar », « crise »… Un à un, les médecins et chefs de service des hôpitaux publics de toute la France ont dénoncé la dégradation des conditions de travail dans les hôpitaux publics français. Ce mardi 14 janvier, ils avaient des mots différents, mais un seul message à faire passer : l’hôpital public est en crise et ils attendent une réponse forte du gouvernement pour en sortir.

Pour alerter le ministère de la Santé, plus de 1 200 médecins et chefs de service hospitaliers ont démissionné de leurs fonctions administratives. Soit entre 10 et 15 % des effectifs nationaux, selon le décompte du Comité inter-hôpitaux (CIH). « Une décision qui a été difficile à prendre », confie Stéphane Dauger, chef de service de réanimation et surveillance continue pédiatrique à l’hôpital Robert Debré qui espère faire « passer un message fort au gouvernement ». « Après 10 ans de traitement de choc, il y a une augmentation de 14 % de l’activité dans les hôpitaux publics, mais seulement une augmentation de 2 % du personnel », explique-t-il.

« Un cri d'alarme »

Ils sont 44 à Rennes, 19 à Limoges, une vingtaine à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière de Paris ou encore une cinquantaine à Marseille… Le mouvement est national. Ce geste est « un cri d'alarme des chefs de service », selon M. Dauger, qui illustre le degré d’inquiétude de ces professionnels quant à la situation des hôpitaux français.

Cette prise de position intervient après plusieurs mois de mobilisation menée par les services des urgences et deux manifestations nationales du personnel hospitalier. Mais face aux décisions prises ces dernières années, les professionnels de la médecine regrettent que leur activité ne soit plus « corrélée à la qualité des soins », mais plutôt à « la tarification ».

« On regarde le nombre de patients qui rentrent et s’ils ne restent pas trop longtemps pour ne pas que leur passage coûte trop d’argent… Voilà la logique en place depuis une dizaine d’années. Aujourd'hui, on est au bout du système et donc on ne joue plus, on ne discute plus avec l’administration de tout ça », clame Olivier Milleron, cardiologue à l’hôpital Bichat et membre du CIH.

Continuer les soins

Pour autant, il n’est pas question pour eux d’arrêter d’accueillir et de soigner les Français. « Nous ne souhaitons pas prendre nos patients en otage », souligne le docteur Dauger. La démission administrative consiste à « refuser de discuter avec l’administration de tout ce qui concerne l’activité, l’organisation et la finance » des hôpitaux, explique le cardiologue.

« L’objectif c’est de mettre du sable dans les engrenages », confie Stéphane Dauger à RFI. En effet, le chef de service démissionnaire n’assurera donc plus la gestion du planning, des congés, des absences ou encore les réunions avec l’administration. « Ces réunions n’ont qu’un seul objectif, c’est de gagner quelques centaines de milliers d’euros tous les ans alors que la qualité des soins se dégrade à une vitesse majeure dans toutes les spécialités et sur tout le territoire », dénonce-t-il.

Aujourd’hui, les médecins et chefs de service assurent maintenir leur démission sur le long terme, mais se tiennent prêts à reprendre le travail rapidement si un dialogue avec le ministère commence. « Il nous semble inimaginable qu’il n’y ait pas de réponse d’Agnès Buzyn  », estime Stéphane Dauger. « La démission ne peut être suspendue que si la ministre reçoit d’abord les démissionnaires, ce qu'elle ne fait  », ajoute Andre Grimaldi, médecin et professeur à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, avant de préciser avoir déjà envoyé plusieurs lettres au ministère pour obtenir une rencontre.

Rassemblement de soutien aux médecins et chefs de service démissionnaires, le 14 janvier 2020, à Paris.
Rassemblement de soutien aux médecins et chefs de service démissionnaires, le 14 janvier 2020, à Paris. THOMAS SAMSON / AFP

Vers une nouvelle manifestation ?

En novembre dernier, l’exécutif avait annoncé un plan pour soutenir l’hôpital public. Entre autres, la reprise de 10 milliards d'euros de dette des hôpitaux publics sur les comptes de l'État et une prime annuelle de 800 euros pour les infirmiers et aides-soignants de la région parisienne les moins bien rémunérés avaient été mises en place.

Des mesures insuffisantes, selon le docteur Grimaldi, qui estime qu'il faut en finir avec cette politique qui dure depuis une décennie. « Vous commencez par de la rigueur, elle devient de l’austérité, puis l’austérité devient de la pénurie et maintenant, il y a des postes vacants, mais on ne trouve personne à embaucher. Il y a 400 postes d’infirmières au moins sur le service public qui ne sont pas pourvus », clame-t-il.

De son côté, pour subvenir aux besoins des hôpitaux, le CIH réclame, entre autres, une revalorisation des salaires à hauteur de 300 euros nets par mois pour les personnels non médicaux et les médecins de statuts précaires ainsi que des embauches supplémentaires. D’autre part, les professionnels de la santé souhaitent un Ondam 2020 (Objectif national de dépenses d'assurance maladie) « n’imposant pas de nouvelles économies aux hôpitaux » à travers un investissement de 600 millions d’euros en plus de celui annoncé dans le plan hôpital du gouvernement. Ils espèrent également obtenir une rénovation de la gouvernance des hôpitaux et souhaitent préparer un Grenelle de l’hôpital public.

Les membres du comité inter-hôpitaux doivent se retrouver le 26 janvier pour discuter de la suite à donner au mouvement. Une nouvelle journée de grève ou de manifestation pourrait donc être envisagée si aucun dialogue n’aboutit.

► À écouter aussi : Aujourd'hui l'économie - L’hôpital public en crise: le nouveau cauchemar de Bercy

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